Mois: décembre 2008

La Vérité toute nue [facebook]

J’ai re-rejoint la colonie facebook.  Ça m’amuse un peu.  Surtout quand ça me permet d’établir hors de tout doute qu’un garçon m’a menti il y a quelques mois.  Il s’était vieilli de deux ans au cours d’une conversation, probablement dans l’espoir d’être (à court terme, s’entend) davantage pris au sérieux…

Si c’était pas mal me connaître, ça!

Le Plaisir du texte : notes de lecture [autant partager le plaisir]

Si je lis avec plaisir cette phrase, cette histoire ou ce mot, c’est qu’ils ont été écrits dans le plaisir (ce plaisir n’est pas en contradiction avec les plaintes de l’écrivain).  Mais le contraire?  Écrire dans le plaisir m’assure-t-il – moi, écrivain – du plaisir de mon lecteur?  Nullement.  Ce lecteur, il faut que je le cherche (que je le « drague »), sans savoir où il est.  Un espace de la jouissance est alors créé.  Ce n’est pas la personne de l’autre qui m’est nécessaire, c’est l’espace : la possibilité d’une dialectique du désir, d’une imprévision de la jouissance : que les jeux ne soient pas faits, qu’il y ait un jeu.

[...]

Le texte que vous écrivez doit me donner la preuve qu’il me désire.  Cette preuve existe : c’est l’écriture.  L’écriture est ceci : la science des jouissances du langage, son kāmasūtra.

[...]

Sade : le plaisir de la lecture vient évidemment de certaines ruptures [...] des messages pornographiques viennent se mouler dans des phrases si pures qu’on les prendrait pour des exemples de grammaire. [...] Le plaisir du texte est semblable à cet instant intenable, impossible, purement romanesque, que le libertin goûte au terme d’une machination hardie, faisant couper la corde qui le pend, au moment où il jouit.

Roland Barthes, Le Plaisir du texte

Parlons de tout, de rien [mais surtout pas du temps des fêtes]

J’ai fait la grasse matinée.  Encore.  C’est fou ces détails qui changent tout.  Comme des oreillers de luxe, grand format et une couverture de plus.  Le lit me parait enfin moins grand, et moins froid.  Le quitter est donc d’autant plus difficile…

***

Je me suis tout de même habillée et je suis sortie pour aller nourrir une chatte complètement névrosée, abandonnée à elle-même.  Cette chatte est probablement la seule de sa race à me vouer une haine féroce et indéfectible.  Je ne croyais pas la chose possible, puisqu’on me surnomme affectueusement « la mère aux chats » depuis l’âge vénérable de 3 ans, c’est dire si je n’étais pas prédestinée à finir (après un petit détour) vieille fille.  J’ai tourné la clé dans la serrure et je suis entrée.  Je l’ai appelée.  Elle m’a répondu d’un feulement féroce, du fond de sa cachette, sous la couverture qui pend au pied du lit.  Je dois passer quatre fois près d’elle pour changer ses deux bols d’eau fraîche et à chaque fois c’est les coups de pattes bien sentis sur mes pieds accompagnés de grognements et de crachats.  Encore heureux qu’elle n’ait plus ses griffes.  Ingrate.

***

Puis, je suis allée m’acheter des mots.  Plus de mots que je ne pourrai jamais écrire ici.  J’ai fait la grande tournée des bouquinistes.  À mon retour, mon sac pesait une tonne (bon, c’est vrai qu’il y avait aussi une bouteille de rouge au fond…).  Une tonne de rêves.   C’est donc dire que je ne connaîtrai pas l’ennui pour les semaines et même les mois à venir.  Je suis dans un tel état d’excitation que je ne sais pas par lequel commencer.  J’adore ça.

Peut-être j’écrirai moins… mais aussi, peut être j’écrirai plus… qui sait.

De la nécessité de l’inertie

Je discutais avec une amie.  Toujours cette impression qu’il n’y a rien qui avance assez vite à mon goût.  Des siècles que je lui dis.  Des siècles…

Puis, elle me fait remarquer que mon divorce a été prononcé il y a tout juste un an ce mois ci.  Que c’est encore dans la dernière année et demi que ma vie a fait un virage à 180º.  La rupture (coupure) finale, la vente de la maison, le déménagement, le retour de la campagne vers la ville.  Un changement total non seulement de rythme et de style de vie, mais aussi de projet de vie.

Un an et demi.  Selon elle, c’est tout juste assez pour laisser la poussière retomber.  Une nécessité, qu’elle dit.  Un temps d’arrêt pour me questionner, chose que je n’avais jamais vraiment eu à faire avant la trentaine.  Mon choix de carrière tout autant que ma vie sentimentale s’étaient jusque là tracés tout seuls.

Elle a peut-être raison.  Les questions que je me pose sont de plus en plus claires et les réponses, maintenant, sont à peines voilées.  C’est pour bientôt je vous dis…  C’est écrit dans mon horoscope.

L’Appel de l’exil

Recevoir un courriel d’un ex collègue de travail maintenant exilé depuis huit mois dans une nouvelle grosse job à Québec qui dit qu’il s’ennuie (professionnellement) de toi, ça réconcilie avec la vie (surtout après une soirée comme hier, et tant qu’à confesser, après tout le mois qu’on vient de passer).  J’étais tellement émue que j’en ai profité pour l’appeler.

Et il en manquait pas gros pour que je lui demande s’il n’y avait pas une job pour moi là bas.  Quand on regarde les choses froidement, ça serait le bon temps pour moi de faire un move de ce genre là.  Ma carrière stagne un peu ici, mes amours sont sans attaches…  Mais… maudit que c’est frette Québec…  Ça mérite peut-être réflexion pareil…  Faut ben qu’il se passe quelque chose un moment donné…

Physique 534 [I am a concrete woman]*

Je t’ai reconnu à la seconde où je t’ai vu.  Ça m’a semblé étrange que mes pas croisent les tiens, comme ça, un simple soir de milieu de semaine, à l’heure où tout le monde rentre du boulot, sur une avenue presque aussi éloignée de chez moi que de chez toi.  Un bond du cœur, inexplicable, que je voudrais taire.  Parce que j’ai toujours su qu’entre toi et moi, la proximité des corps est inversement proportionnelle à la distance (non, j’ai pas fait ma physique 534).

Tout s’est passé très vite, mais malgré la foule qui se pressait sur le trottoir, je ne pouvais détacher mon regard de ton visage.  Tu n’as jamais baissé les yeux pour rencontrer les miens, comme quoi, c’est bien beau les grands garçons de six pieds trois pouces, mais vraiment, s’il faut qu’ils regardent toujours bien droit devant, Houston we have a problem (un déficit de treize pouces).

Et je t’ai laissé filer sans réagir, toute invisible que j’étais, contenant même mon envie de me retourner sur tes pas.  Peut-être, si j’osais te raconter, tu dirais que j’ai été bête, mais moi je dis (humblement!) que justement, c’est que je ne le suis pas assez.  Parce que les phéromones, y’a que ça de vrai.

Plus tard cette nuit là, tu as glissé tes mots d’alchimiste par cette fenêtre que je laisse entre ouverte, faute d’avoir la force nécessaire pour la refermer.  La transmutation des corps est réussie, je ne suis plus matière, mais qu’un rêve dans ton esprit un peu fumiste (tu vois, j’étais bien meilleure en chimie).

« I am suspicious of words.  They do not interest me.  They do not satisfy me.  I suffer from the ways in which words wear themselves out.  I am a very concrete woman.  The forms are everything »  — Louise Bourgeois