Between the bars

Look at the stars [Drink up, baby]

J’étais de retour à Montréal depuis presque un an et l’euphorie des premiers temps était retombée pour me laisser avec l’angoisse de la grande question. Now what? Et pas une maudite réponse.  Un aller-retour épuisant de la pensée qui se perd entre l’idée que tous les espoirs sont maintenant permis (ok, sauf peut-être devenir la voix de Cat Power dans le corps de Salma Hayek maniant la guitare basse comme Kim Deal…) et l’épais brouillard d’un matin d’Irlande comme dans l’expression « j’ai pas le début de l’ombre d’une crisse d’idée où ma vie s’en va ».  Même pas un chantier.  Un putain de terrain vague après la démolition.  J’étais exactement rendue là où la guerre avec la mauvaise herbe commence.

Et dans ces moments là, quand t’es une fille, t’as toujours une amie sur qui compter pour te proposer le truc infaillible pour te donner le début de l’ombre d’une piste.  « V, prépare-toi, je sais ce qu’on va faire ce soir!  La sœur de l’amie de ma cousine est allée voir un voyant et bla bla blah… »  Ok, ok, je sais déjà ce que vous pensez.  C’est probablement pour ça que je l’avais pas raconté avant aujourd’hui.  C’est un peu honteux de s’abaisser à ça.  En même temps, à ma défense, je dirais qu’il y a toujours moyen de m’attirer facilement là où il y aura des éclats de rire et du vin.  Simple de même.  Et puis, d’accord, jugez-moi!  J’étais un peu curieuse, je l’avoue.  Pas que je croyais qu’il dirait réellement ce qui allait m’arriver, mais curieuse de l’histoire qu’il allait me raconter.  De savoir comment j’allais être perçue par quelqu’un dont c’est la job (si on veut), de percevoir les gens.

J’ai pris place sur la chaise devant lui.  C’était un vieil homme d’environ 75 ans aux petits yeux de fouine.  Rien à voir avec ça.  La première chose qu’il m’a dit c’est : « T’es seule toi. »  Devant mon regard perplexe dont il a confondu la signification, il a ajouté de sa voix chevrotante : « Je veux dire t’as pas d’ami intime en ce moment. »  Ok, j’étais assise devant un médium un vendredi soir, j’avais le décolleté qui criait ma disponibilité (ben quoi, j’avais quand même d’autres plans pour le reste de la soirée), on voyait encore sans doute un peu l’ancienne marque laissée par l’alliance à mon doigt (crime que ça a été long à partir cette trace là!) et je puais encore le bad break-up à plein nez, c’était donc pas si difficile à deviner, champion.

Il a continué : « Tu as eu un calvaire avec un ami certain, je peux voir ça. »  Là j’ai commencé à avoir peur qu’il lise dans mes pensées alors, j’ai mis mes résistances de côté et je l’ai juste écouté.  Il m’a ensuite fait le coup classique en parlant d’une personne décédée que j’ai beaucoup aimé (avec une grand-mère, il pouvait pas vraiment se tromper), en disant tellement de belles choses qu’on pouvait pas lui en vouloir.  C’est normal de juste vouloir y croire non?  Ok, non, peut-être pas.  Heureusement, il a fini par enfoncer son clou quand il s’est attaqué à ma vie amoureuse, avec sa drôle de façon de parler :

Je vois un grand châtain un peu timide autour de toi, tu l’as déjà rencontré, ça va être la personne idéale pour toi.  Il a eu des difficultés, aide-le, mais embarque pas trop.  Il faut que tu le laisses passer ses peines.  Garroche-toi pas en avant.  Attend.  Sois patiente.  Laisse-le passer un peu.  Il va finir par avoir beaucoup de sentiments pour toi.

C’est là que je me suis enfin réveillée.  What???? C’est quoi ces niaiseries là?  Quand tu me regardes, c’est ça que tu vois?  Mère Teresa qui a un faible pour les chatons jaunes abandonnés?  (Ok, coupable une fois, mais pas deux!)  T’as pas une meilleure histoire que celle là à me raconter parce que fuck, j’en veux pas, moi, de celle là!  Non mais où t’as appris ton tarot?  Personne t’as dit qu’il fallait donner au minimum l’envie d’y croire?  Puis, juste avant que le flot sorte de ma bouche, j’ai compris ce qui venait de se passer.  J’ai regardé le vieux renard qui avait un petit sourire au fond des yeux et j’me suis dit ok, ça va, t’as perdu la partie, Miss rationnelle.

Maintenant, pour les questions sur l’avenir, je me réserve une nuit par année.  On prend des couvertures de laine, des bouteilles de vin, des filles de coeur puis, on part voir les étoiles du mois d’août.  Du vin et des éclats de rires, c’est si simple.  Et quand on peut plonger toute nue dans un lac sous la pluie d’étoiles, c’est encore mieux (sincèrement, je vous le souhaîte).  Ces nuits là sont toujours les plus belles de l’année (sans vouloir rien vous enlever, messieurs).

Et trois ans plus tard, je dirais que ma vie est encore comme un terrain vague, par un matin brumeux d’Irlande, mais je sais pas, j’pense qu’avec le temps, j’ai enfin appris à trouver ça beau.

Peut-être même presque autant qu’un grand châtain.

 

(Ok, ok, j’ai dit presque!)