carré St-Louis

Dans un semblant de nuit (creepy jerk)

Ce soir, le temps était quand même bon pour la marche. La neige ralentissait les pas, mais le grésil avait cessé. L’air n’était pas trop froid, juste assez vivifiant. L’idée de l’hiver me rebute toujours un peu, mais il faut admettre que c’est beau. Sous la neige, le carré Saint-Louis était tout simplement féerique. La nuit rend les choses magiques. J’aime tellement marcher sous les étoiles. Je ne l’ai pas fait tant que ça depuis que je suis en ville (alors que je le faisait tous les soirs en campagne), mais ces journées qui raccourcissent me donnent un semblant de nuit, alors que je rentre du boulot à pied. Contrairement à mon habitude, là, je n’écoute pas de musique. On dirait qu’il y a des moments où le besoin de penser, de retourner les mots dans ma tête se fait tellement intense que le moindre son me dérange.

Depuis quelques rues, il y a un homme qui marche derrière moi mais je ne m’en suis pas préoccupée. Je suis ailleurs, dans mes pensées. Immobile, j’attendais le feu vert pour traverser la rue. Soudainement, il s’est plaqué contre mon dos et passant sa main par-dessus mon épaule, il a touché une mèche de mes cheveux. J’ai sursauté en bondissant à presque deux mètres de lui. J’aurais voulu hurler, mais pratiquement aucun son n’est sorti, c’est toujours comme ça quand j’ai vraiment la trouille. Avant de me retourner vers lui, j’ai eu le réflexe de me dire que ça devait être quelqu’un que je connaissais qui avait envie de rigoler à mes dépends. Non. Une chose pour moi incompréhensible. Là, sur le coin de la rue, un illustre inconnu, du genre le plus anodin qu’il soit possible d’imaginer, (genre bon monsieur, classe moyenne, âge moyen, propre de sa personne, rien à ajouter), rit tout seul de sa mauvaise blague. Et plus je le regarde d’un air furieux et plus il rit. Je me demande bien ce qui peut passer par la tête d’un type comme ça. Il s’est peut-être dit : Tiens, je vais terroriser une jeune femme ce soir, ça va être drôle. Non mais quel con.