
Tu sais, j’ai tout plein de photos de toi, toutes plus mignonnes les unes que les autres. Mais c’est celle là que je préfère. Celle où tu me fais les gros yeux méchants, parce que tu viens à peine de te réveiller de ton dodo d’après-midi, et que tu te demandes un peu c’est qui déjà celle là, avec ses lunettes de soleil et son appareil photo, qui est trop contente de te voir. J’te trouve tellement belle.
Des fois, j’ai l’impression que je suis née un peu en même temps que toi. Non, pas la première fois, mais la deuxième. Ça fera un an dans quelques jours. Ça va tellement vite. Il me semble que c’est hier que ton papa, mon petit frère à moi, me demandait d’être ta marraine, et que ta maman a pris ma main pour la mettre sur son ventre pour que je te sente bouger. T’as donné un coup de pied, mais moi je dis que c’est comme pour tes gros yeux, c’est de la frime tout ça. Parce qu’au fond, je sais que tu sais déjà que nous deux, c’est aussi pour la vie.
On est du même sang. Y’a des signes qui trompent pas, sur les liens, les ressemblances qu’on a, toi et moi. T’es toute calme, contemplative et réservée. Tes sourires, ta confiance, c’est des trucs qu’on doit gagner. Si tu savais à quel point je me sens privilégiée quand enfin, tes petites joues se retroussent vers le haut, que tu tends les bras pour que je te prenne et que tu colles ta tête doucement sur mon épaule, pour faire un câlin, ou pour t’endormir. Chacun de tes abandons sont des victoires. T’as la même rosette que moi, sur le côté droit de ton petit front, et la même petite veine, qui y est toujours visible, sous la peau mince. Comme moi, tu ne seras probablement jamais très grande, et tu ne marcheras sans doute pas avant tes 14 mois. Paraît aussi que tu fais la même grimace que moi quand on veut te faire manger des fraises. C’est dans ce temps là que tes parents et tes grands-parents t’appellent de mon prénom. J’aime autant te prévenir tout de suite, être difficile, ça complique drôlement la vie… Alors, fais-moi confiance là dessus, c’est vraiment pas la peine de vouloir m’imiter en tout.
Pour finir, il y a un autre truc que j’aimerais que tu saches. C’est à quel point t’es importante pour moi. À quel point le fait que tu existes me rend heureuse, me permet de vivre avec l’idée que peut-être, si la vie continue comme ça, je ne te donnerai pas de cousin ou de cousine. Parce que tu es là, avec une toute petite minuscule fraction de moi en toi. Et que je t’aime très très fort.
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