enfant

J

Photographe inconnu, archives familiales

Nous sommes entrées pour vider la chambre.  Peu de choses s’y trouvaient.  Des vêtements, quelques livres, des vieux carnets remplis de son écriture (si belle) de maîtresse d’école, ses vieilles lunettes, des bijoux de pacotille et des bouteilles de médicaments, par dizaines.  Dans le tiroir de la table de chevet, j’ai trouvé une vieille boîte de biscuits en métal.  À l’intérieur, quelques photographies d’une lointaine époque de sa vie, pêle-mêle.  Puis, cette photo là.  Un peu abîmée, pliée vers le haut, faute d’avoir été trop souvent manipulée, serrée, posée contre son cœur.  À l’endos, toujours de sa belle écriture, on pouvait y lire :  J. 22 mois et 7 jours, méningite.  Et parce que la vie, toujours, doit vaincre la mort, on a donné le même prénom à la fille suivante, ma mère.

La Vie continue

*Édité*

Heureusement, ou peut-être pas.  On verra ce que l’automne nous réserve.  Au moins, ça sera pas difficile de faire mieux.  Mais s’il y a quelque chose que j’ai appris en deux semaines, c’est que ça peut toujours être pire.  Ça commence même à devenir divertissant.  What’s next?  Les paris sont ouverts.  Sortez le pop-corn.

Je me sens comme si tout ça arrivait à quelqu’un d’autre que moi.  Avec un étrange détachement.  Je suis à côté de mes souliers et je regarde les choses aller.  Si ce n’était pas de ce poing, de cette lourdeur entre les épaules qui me surprend de temps en temps, je pourrais presque croire que je suis sur la voie d’être une bonne candidate pour la foi bouddhiste…  Bon ok, j’avoue, ne rien désirer, c’est beaucoup trop me demander…  Et la coupe de cheveux que j’avais en tête était moins radicale…

 *****

J’ai quitté la ville sous une chaleur écrasante dimanche dernier pour aller savourer les joies de la piscine 450 et les éclats de rires de mes nièces.  J’ai vu, dans une cour voisine, une splendide femme enceinte d’au moins 8 mois.  Elle s’est baignée dans un spa*, cigarette dans une main et vin rouge dans l’autre.  Et dire que je me pose toutes ces questions à savoir si j’aurais fait une bonne mère.  La vie parfois, c’est d’un ridicule.

*Le spa est non recommandé pour les femmes enceintes. 

Une envie de changement

Je connais une fille qui s’apprête à sauter dans le vide.  Elle a un travail super, un chum qui l’aime, une vie organisée au quart de tour.  Elle a décidé du jour au lendemain de tout quitter pour aller vivre à 3684km de son monde.  Laissant la job, le chum, les amis, la famille.  Laissant tout derrière elle, d’un seul coup.  Je ne sais pas si je l’admire ou si je la plains.

Probablement un peu des deux.  Peut-être que c’est plus facile de recommencer au loin.  Mais peut-être pas non plus.  Alors je fais le tour de mes options.

Changer de job?  Hummmm, c’est pas si simple dans mon cas.

Retourner aux études ? Hummmm faudrait que ça soit à temps partiel, parce qu’il faut bien continuer de vivre…  Mais avec une job à temps plein et des études à temps partiel est-ce qu’on a encore le temps de vivre?  C’est une pas pire question, je trouve.

Divorcer ?  Ah non, ça c’est déjà fait.

Enfanter ?  Non, je déconne, parce que là, élever un enfant en étant seule ne fait vraiment pas partie de mes projets de vie, et ça, même si l’homme aux gènes parfaits (qu’il dit) s’est déjà proposé pour me servir de procréateur.

Acheter un chien ?  M’semble que je me verrais bien avec un grand danois (oui oui, je parle du chien).  Ou encore avec un braque de Weimar.  Trop magnifique comme bête.  mais bon, je pense que mon proprio aurait l’air bête.  Et si y’a un changement dont j’ai pas envie pour l’instant c’est bien un déménagement.

Alors qu’est-ce qui me reste comme option de changement?

La coupe de cheveux.  Ça fait maintenant quelques jours que ça me travaille.  Et là, j’essaie vraiment de me souvenir que la dernière fois que cette crise de changement m’a prise, j’ai sangloté pendant les six mois qui ont suivis…  Je me donne encore quelques jours pour y penser…

Lettre à Lauralie

Tu sais, j’ai tout plein de photos de toi, toutes plus mignonnes les unes que les autres.  Mais c’est celle là que je préfère.  Celle où tu me fais les gros yeux méchants, parce que tu viens à peine de te réveiller de ton dodo d’après-midi, et que tu te demandes un peu c’est qui déjà celle là, avec ses lunettes de soleil et son appareil photo, qui est trop contente de te voir.  J’te trouve tellement belle.

Des fois, j’ai l’impression que je suis née un peu en même temps que toi.  Non, pas la première fois, mais la deuxième.  Ça fera un an dans quelques jours.  Ça va tellement vite.  Il me semble que c’est hier que ton papa, mon petit frère à moi, me demandait d’être ta marraine, et que ta maman a pris ma main pour la mettre sur son ventre pour que je te sente bouger.  T’as donné un coup de pied, mais moi je dis que c’est comme pour tes gros yeux, c’est de la frime tout ça.  Parce qu’au fond, je sais que tu sais déjà que nous deux, c’est aussi pour la vie.

On est du même sang.  Y’a des signes qui trompent pas, sur les liens, les ressemblances qu’on a, toi et moi.  T’es toute calme, contemplative et réservée.  Tes sourires, ta confiance, c’est des trucs qu’on doit gagner.  Si tu savais à quel point je me sens privilégiée quand enfin, tes petites joues se retroussent vers le haut, que tu tends les bras pour que je te prenne et que tu colles ta tête doucement sur mon épaule, pour faire un câlin, ou pour t’endormir.  Chacun de tes abandons sont des victoires.  T’as la même rosette que moi, sur le côté droit de ton petit front, et la même petite veine, qui y est toujours visible, sous la peau mince.  Comme moi, tu ne seras probablement jamais très grande, et tu ne marcheras sans doute pas avant tes 14 mois.  Paraît aussi que tu fais la même grimace que moi quand on veut te faire manger des fraises.  C’est dans ce temps là que tes parents et tes grands-parents t’appellent de mon prénom.  J’aime autant te prévenir tout de suite, être difficile, ça complique drôlement la vie…  Alors,  fais-moi confiance là dessus, c’est vraiment pas la peine de vouloir m’imiter en tout.

Pour finir, il y a un autre truc que j’aimerais que tu saches.  C’est à quel point t’es importante pour moi.  À quel point le fait que tu existes me rend heureuse, me permet de vivre avec l’idée que peut-être,  si la vie continue comme ça, je ne te donnerai pas de cousin ou de cousine.  Parce que tu es là, avec une toute petite minuscule fraction de moi en toi.  Et que je t’aime très très fort.

 

De la Politesse

Aujourd’hui, j’ai bravé les fausses prévisions d’orages gracieuseté Météomédia, et je suis allée lire au jardin botanique (oui, je suis vraiment aventurière).

J’ai choisi un banc près de l’étang aux canards. Un emplacement idéal qui me permettait de profiter à la fois des rayons du soleil de cette fin d’après-midi ainsi que des effluves de ces milliers de pivoines, mêlées à celles des derniers lilas du japon. Magique.

Puis, une femme portant un enfant dans ses bras, suivie par ce qui devait être la grand-mère s’est approchée de moi.

"Sorry, can I share your place, I need to feed him, he’s hungry"

Bon, il y a beau y avoir un autre banc libre à quelques pas derrière, qu’est-ce qu’on peut bien répondre à cela sans avoir l’air d’une mégère. J’ai donc souri de manière amicale avant de replonger la tête dans mon livre.

La femme s’est donc installée à l’extrémité du banc, puis, la grand-mère a pris place entre moi et la femme, tendant un immense drap entre moi et la sainte madone à l’enfant. Non mais quoi? Est-ce qu’elles s’imaginaient que j’allais regarder???

J’ai repris, donc, mon livre, mais le charme était rompu, par les bruits de tétée du petit roi affamé.