hommes

You write such pretty words [Do you like to hurt?]

J’ai une copine qui me dit souvent que la vie nous apporte toujours ce qu’on a besoin, au moment où on en a besoin, qu’il suffit tout simplement d’être attentif.  D’habitude, je lui réponds bullshit.

Mais…

Cette semaine, j’en ai eu ma claque des "écrivains".  Et c’est le moment qu’une ancienne fréquentation a choisi pour réapparaître.  On s’est vus quelques fois, jamais sur une base régulière, jamais de façon vraiment planifiée et ça nous convenait comme ça.  Quelque chose de simple, d’honnête dans le procédé.  Quelqu’un de fondamentalement différent des autres hommes que j’ai connu.  Pas un intellectuel, malgré ce qu’il en pense.  Et c’était peut-être là sa plus belle qualité.  Un sensuel, instinctif (et pas seulement au sens qu’on imagine).  Bon, reste qu’on se tapait un peu mutuellement sur les nerfs aux lendemains matins, mais en même temps c’est ce qui nous gardait les pieds sur terre, j’imagine.

La conversation a pris le tour habituel et assez rapidement après le qu’est-ce que tu fais, qu’est-ce que tu deviens, est venu le t’as envie d’aller prendre un verre ce soir? J’ai commencé par dire non, en me rappelant les raisons pour lesquelles j’avais cessé de le voir.  Puis, la discussion est repartie de plus belle.  Passé un certain point, j’ai eu envie de changer d’idée.  Revoir un gars comme lui, si différent des autres, me ferait peut-être du bien.  Pas de stress, pas d’attentes, pas de déception.  Au fond, je n’ai pas grand-chose à perdre.  Je l’ai questionné sur son nouveau travail et il m’a appris son retour aux études.  Je lui ai demandé quel domaine.  Études littéraires… Profitant du fait que j’étais devenue muette, il m’a demandé si j’écrivais encore…  Puis il m’a annoncé qu’il écrivait un roman qu’il aimerait bien me faire lire.

Des fois la vie…  bullshit.

My moon, my man [The song's out of key again ]

On ne devrait jamais planifier une première date, un soir de pleine lune, avec un gars qui a le même prénom que l’ex.

On ne devrait jamais se fier aux apparences.  Même quand on juge qu’on n’a pas d’lair d’être ce genre de fille là pantoute, ça se pourrait qu’un gars décide, tout à fait out of the blue, de nous surnommer affectueusement "tweety" et cela, après seulement 5 minutes de conversation.

On ne devrait jamais devenir trop rapidement l’amante d’un gars qui revient d’un voyage en Asie, la tête encore pleine de fantasmes sur les jolies petites taiwanaises.

On ne devrait jamais faire une blague à un gars qui a choisi RogerGingras comme user name sur un site de rencontre.  Même s’il est beau comme un cœur et s’il a moins de 30 ans, des fois, ça se pourrait que ça soit son vrai nom.

On devrait toujours montrer un flash mob à un gars avant de le dater, s’il est pas ému le moindrement, ça vaut pas la peine, son cœur est déjà mort.

On ne devrait jamais avoir à expliquer à un gars pourquoi il ne peut pas espérer nous ramener chez lui s’il refuse de nous dire son nom de famille.

On devrait toujours se méfier d’un gars qui a plus de 600 amis facebook, surtout s’il est maintenant ami avec 15 nouvelles filles dans les événements récents dont trois juste après nous, même s’il nous a ajouté il y a moins de deux minutes et qu’il continue à nous jaser msn intensivement pendant tout ce temps là. Great at multi-tasking isn’t always convenient.

On ne devrait jamais se gêner pour faire du ménage dans nos amis facebook.

On ne devrait jamais lâcher un soupir de soulagement quand RogerGingras finit par dire que ce n’est pas vrai nom.  Ça se pourrait qu’il ajoute dans la phrase suivante qu’il vient tout juste de reprendre avec sa copine, qu’il ne croit pas aux rencontres sur le net, mais qu’il aimerait bien continuer à jaser avec nous…

On devrait toujours vérifier si c’est pas écrit fucking back-up plan, click here for great savings! quelque part sur notre photo.  Avec une loupe.

On ne devrait jamais répondre à la porte un dimanche matin en tenue indécente.  Ça pourrait être un voisin qui veut emprunter du sucre.  Ça pourrait aussi être un témoin de Jéhovah.  Mais ça pourrait surtout être un amant qui a quitté un peu tôt (ou un peu tard, c’est selon) la veille et qui vient avouer candidement sa confusion d’apprendre que la jolie taiwanaise qu’il a rencontré deux jours avant la fin de son périple (et avec qui il ne s’est rien passé là-bas, mais qu’il gardait dans son msn même s’il pensait très honnêtement ne jamais la revoir de sa vie) a acheté un billet d’avion et débarque dans son minuscule 3 ½ avec juste un lit la semaine prochaine.

On ne devrait jamais s’étonner du fait que je ne suis pas une morning kind of gal

On ne devrait jamais considérer le online dating comme autre chose qu’un crash course sur la bêtise nature humaine.

A box full of suggestions [for your possible heart]

Je m’en vais à la Grande Bibliothèque, je te ramène quel livre?

Ma réponse lui a plu.  Il a proposé un premier rendez-vous devant la porte principale, coin Maisonneuve et Berri, 22h30.

Je suis arrivée presque à l’heure.  Je dois bien être la dernière fille qui sait faire ça, arriver presque à l’heure à ses rendez-vous.  Remarquez, ce n’est pas un talent qui sert à grand chose.  Je m’avance donc vers le banc en jetant un coup d’œil aux deux occupants.  Il y en a un qui pourrait fitter la description, mais j’ai un doute.  Il avait dit une chemise, mais le gars porte une veste.  Il fait quand même un peu froid, il a peut-être changé d’idée.  Les couleurs concordent.  Je passe près de lui, nos regards se croisent, il me sourit, mais ne retire pas ses écouteurs.  C’est pas lui, je passe mon chemin.  Je m’assois à quelques places de distance.  22h38 On échange un regard, un sourire, de temps en temps.  22h40 Il est vraiment mignon, mais je sais que c’est pas ma date.  Oups, un autre sourire.  Il a retiré ses écouteurs.  22h42 Prochain sourire, je fonce.  C’est tellement pas mon genre de faire ça, qu’est-ce qui me prend?

22h42 et ⅞ sec.  C’est à croire qu’il m’a entendu, j’ai eu droit au sourire qui tue.  Ok, je prends mon courage à deux mains et je décide de faire l’innocente (ça me va plutôt bien).  Je lui ai demandé de ma petite voix timide, si c’était avec lui que j’avais rendez-vous.  Alors comme ça t’as un rendez-vous ce soir?  J’en suis vraiment malheureux, mais c’est pas avec moi… Puis, sans même que je puisse avoir le temps de me défiler ou de penser à mes joues probablement trop rouges, il a enchaîné les questions une après l’autre et on a discuté quelques minutes, jusqu’à ce qu’une fille se pointe.  Petit moment de malaise alors que la fille, visiblement peu fière que je sois là, me regarde de travers pendant qu’il insiste pour avoir ma réponse à sa dernière question.  C’est moi ou il aurait aimé qu’elle soit plus en retard que ça?

*****

22h54 Ok, encore une minute et je me tire.  Y’a toujours bien des limites.  J’allais me lever quand j’entends une voix qui m’interpelle :

—    Excuse-moi! Est-ce que tu es espagnole?
—    Non, pas du tout.
—    Ah! Tu me rappelles les belles femmes de mon pays
—    [Sourire poli, mauvais feeling]
—    Mais t’es pas québécoise hein?
—    Oui, absolument
—    Non, j’aurais jamais cru ça.  Mais qu’est-ce que tu fais toute seule, tu attends quelqu’un?
—    Oui, c’est ça…
—    Moi, je ferais jamais attendre une femme comme toi…
—    [yeah, right!] …
—    J’ai un grand condo sur Sherbrooke, y’a un party en ce moment, tout ce qui faut pour faire la fête pendant des jours et des nuits, des filles à poil qui m’attendent et moi, plutôt que d’aller là bas les rejoindre, quand je t’ai vu j’étais de l’autre côté de la rue et je me suis dit, faut absolument que j’aille parler à cette femme là, moi tu vois, je te ferais jamais attendre comme ça, avec moi, tu serais une princesse, une reine.  Je laisse tout tomber pour toi, la fête, les filles à poil, tout!  Tu viens je t’offres un verre? Je t’offres tout ce que tu veux, des rubis, des diamants…  Tu viens?
—    [OMFG!!!!, je dois vraiment avoir l’air d’une innocente et je suis plus aussi sûre que ça me va si bien que ça…] euh… non merci.
—    Non???
—    Non.

Il s’est mis à marcher de long en large devant moi en gesticulant… freaky.

—    Tu vois, moi je suis comme ça, je sens les choses, alors je les dis, ton refus, ton dédain, il me touche pas, j’ai mon égo tu sais, ça me fait rien, j’ai dit ce que j’avais à te dire, ce que j’ai ressenti quand je t’ai vu…
—    [Alors si ça te fait rien, j’aimerais vraiment que t’enlèves les kalachnikov de tes yeux, je serais beaucoup plus à l’aise pour respirer] …

*****

Et c’est là que j’ai vu l’homme de mon rendez-vous.  Je n’ai jamais eu autant envie de me jeter au cou d’un homme de 6’2" qui venait de me faire attendre plus de 30 minutes (retenez l’astuce, ça peut toujours servir).

Le bonheur a été de courte durée.  Imaginez la prétention faite homme, donnez lui une bonne dose de condescendance et coiffez le tout de la citoyenneté française.  En désespoir de cause, j’ai repris mon air vaguement innocent, question de ne pas trop le déranger pendant qu’il s’écoutait parler.  J’ai bu mon vin tranquillement, alors qu’il monologuait sur sa vie de français au Québec.  Puis, on a parlé un peu de musique.   Parce qu’il était musicien.  N’y tenant plus, je lui ai quand même  demandé s’il jouait du jazz.  Il m’a demandé comment j’avais fait pour deviner.

It’s not safe out there [Conversation de filles]

M : Tsé là, le gars que tu trouves cute…

V : Ben, lequel?

M : Le jeune…

V : Ça, ça m’aide pas ben ben, lequel???

M : Celui de la photo là!

V : Aaaaah!

M : Ben finalement, t’avais raison, c’est vrai qu’il est pas mal cute!

V : Je sais!!!!!!

M : Je l’ai croisé une couple de fois dernièrement, j’ai jasé avec, il faut que je te dise qu’il m’a vraiment impressionnée!

V : Je le savais!!!

M : Non mais d’habitude, moi, je les trouve niaiseux à cet âge là!  Lui il est vraiment pas comme les autres.

V : Avoue que j’ai l’œil pour les repérer…

M : Oui oui, d’accord, mais sans farces, il est vraiment bien.  Il est pas juste beau, il a de la conversation, il est cultivé, intelligent, intéressant…

V : Ok, maintenant est-ce que c’est mon tour de te rappeler qu’il va avoir 19 ans à la fin du mois???

M : Pffffff, ben non!!!

V : M’semble oui!

M : Non, en fait, je voulais juste te dire qu’il vient de déménager tout près de chez toi…

Des maux d’amour [et d'esprit]

"L’amant, par définition, est réduit au silence.  On lui répond, on l’agace, on l’égare, on le défie, on ne croit jamais ce qu’il dit sauf pour lui demander d’en dire plus, sa parole est de toute façon en défaut, l’esprit est délégué aux femmes pour donner des leçons aux hommes, quoi qu’il arrive."

— Philippe Sollers, Le Style et l’amour (tiré de Liberté du XVIIIe siècle)

Gimme some salt

Un loup est un loup, qu’est-ce qu’il y a d’autres à espérer?  À part peut-être en apprendre plus sur soi.  Parce qu’on ne fait jamais que ça, du premier souffle jusqu’au dernier.  Le reste n’est qu’artifice, poudre aux yeux.

Alors j’apprends la distorsion.  La distance entre ce que je pense et ce que je dis et qui n’a peut-être même rien à voir avec la différence entre moi et l’image qui flotte dans ses yeux lorsque qu’il me regarde.  Lui ou un autre, mille traductions, interprétations, tout fantasmes confondus (oui, souvent les mêmes).

J’ai auditionné, j’ai appris mon rôle, mes partitions par cœur.  J’improvise parfois un peu.  Je brode sur le même thème.  Mais depuis un certain temps j’ai perdu tous mes repères.  On ne me propose plus que des rôles que je n’aurais jamais cru écrits pour moi.  Je ne sais pas vraiment les jouer, mais on insiste.  Et je ne sais pas à quel point je suis responsable de ça.  Peut-être qu’on me voit d’une façon dont je ne me suis jamais vue…  Enfin, il faut que j’avoue que je ne couvre pas tous les angles.  Je suis la seule qui n’aura jamais une aussi belle vue sur mon tatouage.  Je ne sais plus qui a raison, je n’ai plus d’instinct.

J’aurais pu être l’entrée, le plat principal ou le dessert.  Mais aujourd’hui, dans leurs yeux, je suis le sel.  Sel qui rehausse le goût du reste.  Sel qui rend addict et qui fait cruellement sentir son absence.  Mais aussi, celle qui ne suffit jamais par elle-même.

De la poste restante

Le facteur poursuivant sa tâche maléfique (entreprise ici et ici) à un rythme régulier, j’ai encore reçu du courrier destiné à un voisin.  3 rues à l’ouest.  Un Simon cette fois-ci.  J’ai toujours aimé ce prénom là.

Mais je pense que découragé devant mon inaction, il a appelé du renfort.  Le gars de Fedex s’est mis lui aussi de la partie.  J’ai eu un peu peur, j’avoue, parce qu’on s’entend qu’on ne reçoit quand même pas de déclaration d’amour anonyme via Fedex.  J’avais pas commandé de trucs par la poste alors restait la probabilité d’un avis d’expulsion du proprio voulant récupérer son mon merveilleux appartement.  Une injustice sans fin si on considère que son logement est merveilleux seulement depuis que je l’ai arrangé (ok, avec l’aide et les talents manuels de papa, mais quand même, il faut parfois donner autant de crédit sinon plus au concepteur qu’à l’exécutant…  Oui, je suis calée question art conceptuel).  Finalement, après vérification téléphonique, le colis Fedex était plutôt destiné à un Carter, deux cent adresses plus au sud.  Carter.  Ça peut être cool aussi, un anglo.  Surtout quand ça french kiss et quand ça veut bien fêter la St-Jean.

Mais sans doute, tout ça, ce n’était pas suffisant.  Ma boîte courriel s’est aussi enflammée.  Ça disait :

Madame,  Nos échanges actuels ne sauraient perdurer dans la qualité qui les caractérisent sans une extension du domaine de la lutte.  Il me revient les échanges de Musset et Sand, voire plus récemment de Françoise Rey et un inconnu dont je me suis empressé d’oublier le nom. Vous sachant joueuse et romantique, je vous propose une rencontre pour fixer les règles ce de tournoi courtois qui me tente, littéraire, musical ou festif, à voir.

Oui, ça me vouvoie.  Je ne sais pas pourquoi, mais je provoque souvent cet effet là.  Finalement, la suite de la missive gâchait vraiment la sauce.   L’intérêt n’y est pas.  Ni là, ni ailleurs.  Je sais bien que l’été, c’est fait pour jouer, mais pow-pow, mon cœur est mort.  Je ne joue plus.

Playground love

Ça faisait presque un an que j’avais pas mis les pieds dans ce bar sympa de mon quartier.  On est arrivées au bon moment, il n’y avait qu’une table de libre.  À l’instant où je m’assoyais, le serveur (arrivé de nulle part) se penchait pour débarrasser la table.  On s’est retrouvés face à face à seulement quelques pouces.  Gros plan sur ses yeux (dans les miens), le coin de sa bouche et sa fossette. 

Lui : Bonsoir
Moi : [Wooouuuuaaaaawwwww] gulp, merci [bravo!]

Ok, les barmen sont toujours incroyables, mais là, celui là, c’est comme presque trop.  Tellement que je suis sûre que tous les autres gars le détestent jusqu’au moment où il se rendent compte à quel point il est chill…  [Je viens-tu vraiment d'écrire chill?  Ouais, bon, je ne recommencerai pas].  J’ai à peine le temps de me remettre de mon trouble, qu’il revient pour prendre la commande.  Puis, la surprise…

Lui : Dis, on n’allait pas à l’école ensemble?
Moi : heu…. Non, je pense pas…
Lui : Tu viens pas de St-X?
Moi : [après quelques secondes de surprise et Oh! Illumination!!!] Martin?

Non, il s’appelle pas Martin pour vrai.  Mais je viens tellement de revoir mon plus gros kick de secondaire 5.  Encore plus beau qu’à l’époque.  Après toutes ces années, il m’a tout de suite reconnue (lui!).  Il se souvenait de moi alors qu’on ne s’est jamais vraiment fréquenté.  Ça fait un velours quand même… 

One of them would be me [watching you run]

Je suis partie tard du boulot hier soir.  Le ciel était gris et le vent plutôt désagréable, mais au bout de 5 minutes, ça ne me dérangeait plus.  Il faut dire  aussi que le vent est tombé, quelque part en chemin. En traversant le so-called plateau, passage obligé entre le centre-ville et mon quartier, j’ai fait deux rencontres, coup sur coup en l’espace de deux coins de rues.  Comme s’il n’y avait que deux avenues.

Le premier, c’est un gars que je croise au moins une fois par semaine dans un café où je vais souvent sur l’heure du midi, en plein centre-ville.  Un jour, il m’a abordé en jurant qu’il était sûr de me connaître.  Moi, sa tête ne me disait rien du tout et pourtant j’ai habituellement une très bonne mémoire des visages.  Il a émis l’hypothèse qu’on se soit croisés à l’université.  Bon, on a fréquenté la même université, fait bac et maîtrise dans le même département, mais pas dans les mêmes années…  Finalement il a trouvé.  On a déjà eu le même employeur pendant 6 mois… il y a huit ans.  Et son visage m’est resté complètement anonyme.  Depuis ce jour là, j’ai continué de le croiser régulièrement, toujours au café.  Curieusement, même après qu’on se soit parlé, je me rend compte que j’arrive jamais à reconnaître son visage.  Ni beau, ni laid, mais sans caractéristiques particulières.  Alors je le reconnais à l’air qu’il me fait lorsqu’il me voit.  À sa timidité naturelle qui laisse pourtant filtrer un air content de me voir.  Hier, donc, on s’est retrouvés face à face sur un coin de rue.  Paraît qu’on habite à une dizaine de minutes.  On s’est dit que c’était quand même un drôle de hasard.  Il a l’air gentil, mais gentil comme dans : "c’est ben plate mais j’ai pas envie de lui arracher son linge".

Une rue plus loin, j’ai revu un amant d’une nuit, au volant de sa voiture.  Il m’a regardé, mais sans me voir.  Alors j’ai fait pareil.  J’ai jamais compris ce  goût du mensonge, ce besoin méprisant qu’éprouvent certains amants pour l’enrobage romantique de pacotille, un plaqué d’or sur des histoires passagères.  C’est le vrai lieu du vulgaire.  Du toc qui ne s’assume pas.  Je n’ai pas besoin qu’on me joue la grande scène de l’amoureux transi devant sa muse si c’est pour mieux disparaitre au lendemain.  On se plait, on se fait plaisir, c’est tout.

Je n’ai jamais compris la game…  Je ne l’ai jamais joué "pour vrai" non plus.  J’ai jamais eu de véritables blessures d’amour, juste des blessures d’orgueil.  Honnêtement, je pense que ça serait souvent plus facile si je pouvais me dire au moins j’ai aimé.

Puis, le ciel, dans un élan de générosité après la journée grise, a laissé filtrer quelques rayons rosés, lors de la traversée du parc.  La scène semblait cinématographique.  Les couples d’amoureux, les jeunes enfants, les cris, les rires.  Passé le bâtiment, à ma droite, les joueurs de balle-molle bedonnants qui me reluquent pendant que je regarde courir, à ma gauche, les joueurs de soccer qui laissent voir leurs beaux mollets.  Oui, j’ai développé une passion du mollet parfait, un jour je vous expliquerai (quoique c’est peut-être pas si nécessaire).  Sur le sentier, près du dog park, je suis passée entre deux chiens qui aboyaient furieusement.  Une femme est intervenue pour ramener sa bête à l’ordre.  Elle m’a sourit quand je lui ai confirmé que je n’avais pas eu peur.  Depuis longtemps, je n’ai plus peur des chiens.  Son chien est venu me quêter une caresse puis, excité, il est reparti aussi vite.  Il a foncé en direction d’une poussette de bébé.  Au dernier moment, il a freiné, s’est retourné face à moi (je pourrais presque jurer qu’il m’a tapé un clin d’œil) et il a couvert de pisse une des roues du carosse.  Avant même que le papa ait pu réagir, il était reparti, laissant sa maîtresse confuse, et moi, éclatant de rire, le coeur léger, je suis restée un peu là, à regarder le chien fou courir.

De l’effort récompensé

Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête d’une fille célibataire qui vit seule (en l’occurrence, moi) pour qu’elle décide d’acheter une robe à peu près impossible à agrafer sans l’aide de personne.  Je sais pas ce qui m’a pris.  J’imagine que le cerveau a ramolli pendant que je me regardais dans le miroir de la boutique.  C’est qu’elle me va vraiment bien cette robe.

Je me disais qu’avec un peu de pratique, ça irait.  Et de toute façon, les filles pas célibataires, comment elles font?  Parce que franchement, c’est quand même pas des gros doigts d’hommes qui vont réussir à attacher ces minuscules agrafes là!

Alors pendant quelques soirs, je me suis rigoureusement entraînée dans la discipline olympique du marathon d’agrafes de la petite robe verte.  D’épreuve d’endurance à longue haleine, au bout de quelques jours, alliant technologie miroir de pointe, précision de l’œil et dextérité de la main, c’est devenu épreuve de 800, puis de 400 mètres.  5 minutes.  C’est pas encore le sprint (ça c’est quand je l’enlève), mais c’est acceptable.

Fière de mes derniers chrono, je me suis lancée pour la grande compétition, inauguration officielle de la petite robe verte ce matin…  Failed.  Angoisse de performance, j’imagine.  J’ai pathétiquement échoué, en gossant et pestant un bon 30 minutes pour fixer la robe.  Disons que je ne me donnerais pas de médaille sur ce coup là.  Designer stupide.  Achat stupide.

Puis, j’ai quitté pour le travail, avec un bon 10 minutes de retard sur mon horaire habituel.  Mais quelque part en chemin, j’ai changé d’avis.  Ça doit être quand le charmant jeune policier a spontanément décidé d’immobiliser le trafic pour me permettre de traverser le boulevard St-Joseph à une intersection sans feu de circulation.  Quand même, l’effort aura tout de même servi à quelque chose.