ivresse

About a girl

Au début de l’automne, je suis entrée dans une zone de turbulences.   J’me suis un peu étourdie, j’ai couru, j’me suis essoufflée et finalement, un peu perdue aussi.  On m’a tendu des nouvelles perches.  J’en ai échappé quelques unes.  J’ai tiré la courte paille.  J’ai eu les coups de cœurs, les coups de chaleur, les coups de fouet et surtout, les coups de vent.  Des personnes importantes ont quitté ma vie.  Mais plusieurs autres affinités sont nées.

Quelque part vers la fin de l’ouragan, j’ai reçu un courriel d’une lectrice, drôle et allumée.  Plusieurs points en commun, histoire semblable, contexte différent.  En gros ça disait :   Tu sais quoi?  J’pense qu’on pourrait être amies! Après deux ans et demi de blog, de rencontres passionnées passionnantes, plein de découvertes sur les autres, mais surtout sur moi-même, je perdais un peu mes repères habituels.  C’était la première fois qu’une femme voulait me rencontrer.  Elle a fait ça dans les règles de l’art.  On a échangé quelques courriels, puis, elle m’a envoyé sa photo.  Bon, j’étais pas encore sûre si elle me cruisait ou pas, mais au moins, elle était fucking cute! Aller prendre un verre?  pourquoi pas!  Best blind date ever.  Même ma tête de lendemain de veille me faisait bien!  Ses histoires sont encore plus folles que les miennes, ça me change.  Je la regarde aller et j’apprends.  Elle dit les choses que je pense.  Même avec mille attaches plus lourdes que les miennes, elle a une facilité et un mouvement, une énergie que j’envie.

Samedi soir dernier, elle m’a tiré d’un demi-sommeil.  On va danser! t’es game? Et on a dansé, en se foutant du reste.  Ça nous donnait une odeur de miel (et y’avait pas que des mouches qui tournaient autour), mais on avait pas la tête à ça.  Ou si peu.  Merci, vraiment (du fond du coeur!), mais non merci.  Juste danser.  C’est tout.  Et c’est peut-être ça la vraie liberté.  L’amitié.

De la déclaration amoureuse [libidineuse?]

« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre.  C’est comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots.  Mon langage tremble de désir.  L’émoi vient d’un double contact : d’une part, toute une activité de discours vient relever discrètement, indirectement, un signifié unique, qui est « je te désire », et le libère, l’alimente, le ramifie, le fait exploser (le langage jouit de se toucher lui-même); d’autre part, j’enroule l’autre dans mes mots, je le caresse, je le frôle, j’entretiens ce frôlage, je me dépense à faire durer le commentaire auquel je soumets la relation. »

— Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

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Les actions (et/ou l’alcool ;) ) invalident le propos.  La curiosité est parfois dévorante.  Mais qu’est-ce qu’il y a sous la peau?  (sous le masque des mots?)  Protect me from what I want*.  Le désir alimenté à petit feu.  Petite flamme qui vacille, à qui on refuse la mise à mort.  Le signifié, tour à tour dévoilé et refoulé, exposé et renié.  Supplice raffiné.  Peaux sensibles s’abstenir (tu me fais rire,  tu me chatouilles).  Monsieur le loup, vous avez oublié de mettre vos dents.

Du pouvoir féminin… [par un soir de pleine lune]

C’est maintenant un fait établi.  Il n’y a pas de déprime qui peut survivre à un girls night out.  Aujourd’hui, j’aime même la pluie!  Mon conseil aux gars matchés : ne laissez pas sortir vos blondes par un soir de pleine lune, elles sont déchaînées! ;)

Je suis pas saoule, mais j’ai pas les mêmes réflexes

Après quelques verres (jolis, sucrés, non-non y’a presque pas d’alcool là dedans je sens rien du tout, t’es sûre qu’il a mis du rhum?) et plus de deux heures intenses de conversations de sexe filles, quand, arrivées sur le quai du métro,  ma meilleure copine me dit d’un ton triste que c’est plate, parce qu’on se verra pas la semaine prochaine (elle sera out of town, pour le boulot) et que d’ici là, je vais sûrement avoir eu le temps d’apprendre 4-5 positions de plus…  Il se passe de longues secondes avant que je réalise qu’elle veut parler du cours de yoga qu’elle va manquer…

Mais bon, j’étais pas la seule, je peux jurer que le gars plutôt mignon qui attendait à côté de nous a eu un doute lui aussi.

Un mal pour un bien?

Si tout avait fonctionné comme prévu, je me serais envolée aujourd’hui pour une semaine à Cuba.  À défaut d’avoir eu mon party de divorce il y a un an, j’aurais pu fêter la fin de cette première année avec mon nouveau statut de divorcée… ce que je déteste ce mot qui m’apparaît toujours une coche en dessous du statut de célibataire…

Mais je devrais pourtant savoir maintenant que jamais rien ne se produit comme prévu, c’est probablement la seule constante des trois dernières années.  Il y a au moins une chose qui me réconforte cette fois-ci, je crois que j’aurais trouvé ça vraiment une malchance incroyable d’être sous antibiotiques avec interdiction d’alcool pendant la presque totalité du séjour (j’en ai encore jusqu’à jeudi).  Alors, un mal pour un bien?

Si on y va avec la même logique : « Rien n’arrive pour rien… »  Espérons qu’il y a une raison (aujourd’hui encore obscure, mais néanmoins formidable) qui me retienne ici cette semaine et qui nécessite mon entière sobriété…  Et on ne parle vraiment pas du résultat probable des élections provinciales…

Coin Ontario, 23h48

Mademoiselle,

Je ne vous avais pas vue.  Une silhouette assise dans l’ombre d’un escalier qui mène au chaos.  Évaporée.  Les sens éparpillés.  L’esprit aérien, la voix terreuse, le sexe calciné et l’eau de vie dans les veines.  L’air de cette fin d’été était encore un peu tiède, chargé d’humidité.  C’est probablement le silence inhabituel du lieu qui vous a soudainement réveillée.  Ou pas tout à fait.  Je suis apparue à vos pupilles dilatées et c’est plutôt vous qui m’avez réveillée.  J’ai entendu votre voix m’appeller :  Heille!  Heille!, on est où?  Je me suis arrêtée et je vous ai regardé brièvement.  J’ai passé mon chemin sans dire un mot.  Je n’ai pas su quoi répondre.  Par où aurais-je bien pu commencer?