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Désintégration

Photo : AP

La photo était sur tous les fils de presse.  On les avait trouvés dans la campagne près de Vérone, ou ailleurs, qu’importe.  On pense tous qu’on connaît l’histoire, comme on pense qu’on connaît la chanson.  Mais qu’est-ce qu’on en sait vraiment.  Le pianiste joue les notes obstinément silencieuses.  On sait que les étoiles existent sans les avoir jamais vues.  Ce n’est pas une belle histoire.  Un peu d’hormone, beaucoup de bêtise et du poison, sans aucun doute.  Du rêve à vendre.  Pendant quelques semaines, j’ai attendu l’annonce du canular, tout en jetant les yeux, de temps à autres, sur sa photo.  Deux corps enlacés, désintégrés dans la poussière du temps.  L’architecture, c’est tout ce qui reste.

Dix-sept heure quarante huit

Le ciel était coupé en deux.  Noir d’un côté, et lumineux de l’autre.  La pluie et les rayons du soleil se sont mélangés quelques secondes.  Sur le bord du trottoir, une clôture métallique rouillée, avec derrière elle, une maigre rangée d’arbre.  Puis, ce vaste espace boueux qui se transformera bientôt en condo, enfin, je ne sais pas trop, c’est écrit sur l’affiche verte.  Le vert, c’est chic, ça donne bonne conscience.

Puis, j’ai vu l’arc-en-ciel, dans ce ciel étrange, presque irréel.  J’ai fouillé au fond de mon sac, pour sortir l’appareil photo.  Une envie futile de fixer le temps.  Quand j’ai relevé la tête, il était déjà trop tard.  L’instant fugitif était passé.  Le ciel s’était assombri à nouveau.  Ça m’a soudainement fait penser à cette phrase, de Wilde : « Les femmes gâchent toutes les histoires d’amour en tentant de les faire durer à jamais. »