J’avais 17 ans

Tous les matins je prenais l’autobus scolaire, le walk-man jaune sony (yes, I’m THAT old) vissé aux oreilles, j’écoutais Staring at the Sea (The Cure) en boucle, volume au maximum, jusqu’à ce que le ruban usé de la cassette se brise sur A Few Hours after this.

Lui, il devait avoir 15 ans. Chaque matin, il montait à l’arrêt suivant le mien. J’ai vite remarqué son regard, souvent posé sur moi. Lorsque je m’en rendais compte, il détournait les yeux, en rougissant un peu. Je trouvais ça cute.

Il était mignon, ses cheveux presque noirs contrastaient avec ses yeux bleus et sa peau claire, un peu rosée. Mais à l’époque je ne pensais qu’au beau Stéphane. Toutes les filles de l’école rêvaient du beau Stéphane, un grand brun aux yeux noirs, un drop-out de 18 ans qui grattait de la guitare sans savoir que j’existais. Et puis de toute façon, s’intéresser à un gars plus jeune, ça ne se faisait pas sous peine d’être bannie de la caste supérieure à la polyvalente…

L’année scolaire avançait et mon regard surprenait de plus en plus souvent le sien. Vers la fin de l’année, après plusieurs matins d’hésitations, il a enfin osé s’asseoir à côté de moi. Je lui ai souri, mais il semblait tellement troublé que j’ai détourné les yeux de peur de le faire rougir davantage. Vers les dernières semaines de cours, en juin, il en avait maintenant pris l’habitude. Chaque matin, lorsque la place était libre, il s’assoyait près de moi. On se regardait à peine mais je devinais son désir au rose de ses joues, à la nervosité de ses mains et à la petite veine qui tressaillait dans son cou. Un jour, son genou s’est appuyé accidentellement contre ma cuisse pendant quelques secondes.

Le lendemain matin, il s’est assis plus près de moi. Après quelques minutes de trajet, sa cuisse a tout d’abord frôlé la mienne, puis, délicatement, il l’a laissé retomber contre moi. Ma jupe était légèrement remontée et j’ai senti que toutes les émotions de son corps étaient concentrées sur les quelques centimètres où sa peau, à la limite de son bermuda, était en contact direct avec ma peau. Émue, je n’ai pas bougé du reste du trajet. Lui non plus. Dans mes oreilles, Robert Smith chantait:
A few hours after this and we’re apart again
like two white checks
like opposite poles
in a secret game
(like nothing like these i suppose… )

On ne s’est jamais parlé. Après la fin de l’année scolaire, je ne l’ai plus jamais revu. Je me demande parfois s’il se rappelle de ce moment, s’il se souvient de moi.

Quant au beau Stéphane, je me demande si en le croisant par hasard sur la rue, j’arriverais à le reconnaître. J’en doute.

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