Les Contradictions

Quand le langage gestuel est en totale contradiction avec les mots, à quoi faites-vous le plus confiance?
Moi j’me trompe souvent.
J’ai les bonnes réponses à l’instinct, mais ensuite, c’est le doute.
Et le doute, il parle plus fort que l’instinct.
J’ai expérimenté deux cas de figure contraires dernièrement.
Instructif.
.
Quelques trucs à retenir:
.
— Il y en a qui seront toujours doués pour dire ce que l’on veut entendre. En version explicite.
— Quand quelqu’un t’utilise pour se flatter de ton désir, c’est probablement parce qu’il doute.
— La partie la plus difficile c’est qu’après, c’est toi qui doute.
— Grand parleur, petit faiseur (sagesse populaire).
— Il n’y a pas toujours du feu sous la glace.
— Malgré les mots, la froideur du corps n’est pas toujours timidité.
— Les excuses sont souvent aussi indignes de l’intelligence de la personne qui les donnes, que de celle qui les reçoit.
— Parfois la poésie est juste décorative, la belle assiette est vide.
.
— Au contraire, quand le désir est fort, il est possible que les mots ne viennent pas.
— Quand les mots font défauts, ça fait peur et on ne se risque pas. On attend. Longtemps.
— Quand on se nourrit d’attentes, on crève de faim (sagesse populaire).
.
…Et quand les assiettes sont vides, on sort de table.
Publicités

Beauté Baroque

Je suis en train de lire ce roman (on peut appeller ça roman?) de Claude Gauvreau.
C’est pas beau. C’est sublime. Magnifiquement douloureux.
Bref, c’est triste à se tirer une balle dans la tête.

«Elle était pleine d’amour. Elle était encombrée d’amour. Son amour était en elle comme ces chiens énormes qui font éclater le ventre des petites chiennes enceintes: son amour a crevé dans ses flancs, il a pourri, il l’a empoisonnée

Rien pour aider ma déprime.
Je suis pas dans le bon mood pour lire ça, finalement.

Prédictions du jour

Horoscope du 28-04-2007
Capricorne
Les choses se passeront plutôt bien. Vous aimez et serez aimé en retour. Sinon, vous ferez une rencontre sentimentale troublante qui vous laissera sans voix.

Bon. C’est pas tellement à l’ordre du jour. Je vais passer une partie de la journée dans un petit village perdu de la montérégie, où auront lieu les funérailles de mon grand-père. Ça m’étonnerait beaucoup que j’y rencontre qui que ce soit d’intéressant…

De 15 à 17 ans, j’ai passé tous mes étés, et presque toutes mes fins de semaines pendant l’année scolaire dans ce village. J’ai une tante qui avait un dépanneur/club vidéo/bar laitier et travailler là c’était plus agréable et (surtout) plus payant que de garder des enfants.

Pour les gars de la place, j’étais la curiosité, « la fille de la ville » (gardons ici une certaine perspective, « la ville » c’était pas Montréal, mais plutôt la petite ville de banlieue snob, enfin pas si snob, mais aux yeux des campagnards, le monde « de la ville » a toujours l’air snob). Y‘avait une couple de gars toujours rendus au dépanneur, à essayer de faire les intéressants. Ils étaient tous nuls.

Moi, évidemment, j’ai flashé sur le seul gars de la place qui voulait rien savoir de moi. Il s’appellait Jean-Sébastien. Il était tellement beau, à chaque fois qu’il entrait au dépanneur pour s’acheter des JPS (John Player Special, oui, je me souviens encore de sa sorte de cigarettes, ça formait ses initiales dans le désordre), mon coeur faisait trois tours et mes genoux tremblaient. Moi qui était si habile à revirer les autres comme des crêpes, j’avais l’air d’une vraie tarte devant lui. Et il avait l’air tellement bête avec moi, vraiment hautain… un autre Narcisse. La fille snob de la ville en prenait pour son rhume.

.
Tiens donc, tomber sur lui, aujourd’hui, ça, ça me laisserait vraiment sans voix. Je serais curieuse de voir s’il a changé. Bon, comme il n’habite certainement plus dans le coin, c’est hautement improbable, mais puisqu’on sait jamais où, quand et sur qui on va tomber, on va quand même mettre la jolie robe noire hein?… des fois…

T’as de beaux yeux tu sais….

Dans un restaurant de la rue St-Denis.
Un garçon, une fille.
Il est assis à contre-jour alors qu’elle est aveuglée par l’intensité des rayons du soleil couchant.
Ça fait ressortir la couleur de ses yeux, ni bleu ni vert (on dit pers*), ou alors turquoise, si on se sent inspiré.

Lui : Tu dois souvent te faire complimenter sur tes yeux…

Elle : [roule des yeux]

Lui : ahah, oui ça doit être dûr…

Elle : en riant, oui, c’est ça, c’est pénible…

En fait, ce qu’elle n’a pas osé dire c’est que 9 fois sur 10, c’est cette phrase qu’on lui sort. Tu dois souvent te faire complimenter sur tes yeux… Ça joue safe. C’est t’accorder que t’es digne de recevoir un compliment sans se donner la peine de le faire véritablement. Ouais, c’est comme s’il avait dit : Des yeux comme les tiens, ça doit plaire à beaucoup de monde, mais pas à moi. Pfffft.

*pers : adj. m. Se dit de diverses couleurs où le bleu domine (surtout en parlant des yeux). Petit Robert.

Chasser la déprime…

Merci encore, ça me touche beaucoup.
Je voulais juste vous dire aussi que je vais bien, malgré tout.
Sa vie a été bien remplie, il a été très actif et en pleine forme jusqu’à ses 90 ans. Le plus dur sera sans doute d’être confrontée à la peine de mon père, mais là encore, ça ira. Même pour lui, c’est, je pense, plus facile de le voir partir que de le voir souffrir et diminué.

******
Bon, après les photos de pierres tombales, la mort du chat et celle du grand-père, je suis sûrement en passe de raffler des prix pour le blog le plus déprimant en ville. Bon, ok techniquement c’est pas encore en ville (ouais, ça aussi ça me déprime)…

Alors je vais parler de ma vie amoureuse…. [Dans quelle vie là??? Pas la tienne assurément…]. Oui, ok, encore un sujet de déprime, mais je sais pas pourquoi, mes péripéties amoureuses, y’en a toujours au moins un que ça fait rire ;)

Textes à venir…

Avec Elle

Il était assis dans son fauteuil préféré, près de la grande fenêtre de sa chambre. Dans le corridor on entendait les pas des autres bénéficiaires qui se dirigeaient vers la salle à manger. Lui, il restait là, méditatif, à contempler le mouvement du vent d’automne dans les arbres centenaires aux feuilles or et orangées. Il caressait distraitement le chat de l’étage (zoothérapie oblige) posé sur ses genoux, il était ailleurs, perdu dans ses pensées, perdu dans le passé.

Je me suis approchée doucement et je me suis assise près de lui. Dérangé, mais pas tout à fait sorti de sa rêverie, il a soudainement posé ses yeux verts, lumineux sur moi. Ses yeux qui se sont transmis de père en fils, le même regard que mon père et mon frère. Avec un grand sourire comme j’avais rarement vu chez cet homme sévère, il a dit : Ah! Ma belle noire!!!

Ça m’a fait tout drôle. C’était le nom qu’il donnait à ma grand-mère. On m’a déjà dit que je lui ressemblais beaucoup, moi, je ne sais pas, mes souvenirs vagues sont ceux d’une vieille femme aux cheveux blancs avec des bras immenses qui me serraient fort. On m’a cependant montré, une fois, une photo d’elle, à l’âge de 22 ans, où c’est assez frappant.

L’éclair dans les yeux du vieil homme est resté pendant quelques secondes encore. J’ai attendu un peu. Puis il a réalisé. Pris conscience du temps passé, écoulé entre la vision et l’incarnation, et il m’a fait un petit sourire qui voulait dire : oui, là je sais que tu n’est pas Elle. Plus tard, une infirmière est passée pour l’aider à se coucher. Je l’ai bordé, en lui donnant un baiser sur la joue. Je lui ai dit au revoir. Alors que je m’éloignais de lui, il a agrippé ma main. Il l’a serré un peu de sa main tremblante de vieil homme de 93 ans et il a dit : T’as des belles mains douces comme ma Marie-Jeanne.

Mon grand-père a eu un ACV hier matin. Dans les heures qui viennent, si ce n’est pas déjà fait au moment où j’écris ces lignes, il ira enfin rejoindre sa Marie-Jeanne, qui l’attend quelque part depuis maintenant 20 ans et 4 mois.