Tu le sais…

(extrait du scénario de Duras, Hiroshima mon amour)

Elle le regarde en face.
Lentement, il lui enlève sa coiffe d’infirmière. Le geste de l’homme est très libre, très concerté. On devrait éprouver le même choc érotique qu’au début. Elle apparaît, les cheveux aussi décoiffés que la veille, dans le lit.
Et elle le laisse lui enlever sa coiffe, elle se laisse faire comme elle a dû se laisser faire, la veille, l’amour. (Là, lui laisser un rôle érotiquement fonctionnel.)
Elle baisse les yeux. Moue incompréhensible. Elle joue avec quelque chose par terre.
Elle relève les yeux sur lui. Il dit avec une très grande lenteur.

Lui. — Tu me donnes beaucoup l’envie d’aimer.

Elle ne répond pas tout de suite. Elle a baissé les yeux sous le coup du trouble dans lequel la jettent ses paroles. Elle dit, les yeux baissés, très lentement aussi (même lenteur).

Elle. — Toujours… les amours de… rencontre… Moi aussi…

Lui. — Non. Pas toujours aussi fort. Tu le sais.

On entend des cris au loin. Puis des chants enfantins.
Ils ne sont pas distraits pour autant.
Elle fait une grimace incompréhensible (licencieuse serait le mot). Elle lève les yeux encore, mais cette fois vers le ciel. Et elle dit, encore une fois, incompréhensiblement alors qu’elle essuie son front couvert de sueur.

Elle. — On dit qu’il va faire de l’orage avant la nuit.

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