Parce que tout est dans la manière

Tout de suite en tournant le coin, j’ai vu qu’il était là, accoudé au comptoir. Gueule d’amour. Ce qui est différent cette fois, c’est que lui aussi m’a vu. Mes yeux ont plongés dans les siens, et au même moment (hélas!), mon soulier rouge a dérapé dans la flaque d’eau, trop occupée que j’étais pour la remarquer. Vision au ralenti, alors que l’équilibre tente désespérément de se rattraper, ses yeux (oh la honte!) toujours sur moi. Lui craignant peut-être que je me fasse mal, gâchant ainsi le fou rire de la situation et moi, craignant d’étaler à sa vue ma petite culotte, puisque décidément c’était pas le bon jour pour la jupe un peu courte (bon, lui montrer ma petite culotte peut bien rester un objectif, mais comme on dit, tout est dans la manière…). Après une petite valse d’un comique certain, c’est avec toute l’élégance dont je suis capable que j’ai, pour une fois, chose rare s’il en est, réussi à garder le pied.

Dans l’éclat de rire libérateur, tant pour moi que pour lui :

Lui : Il faut que je te dises que t’as vraiment bien fait ça, dis-moi t’es championne de patinage artistique ou quoi?

Moi : Non, pas du tout, mais je pense que je mérite une médaille d’or aujourd’hui!

Essayons de voir le bon côté des choses. Ce qui compte, c’est qu’il va toujours se rappeler de moi à partir d’aujourd’hui et que j’aurai l’occasion de revoir son sourire en coin ainsi que la petite étincelle malicieuse qui brille au fond de ses yeux. Non? Non! Ok, c’est pas l’image de moi que je voudrais qu’il garde, mais maintenant que c’est fait, qu’est-ce qu’on peut faire, à part se dire qu’au moins, j’ai pas gâché la première fois où il a vu ma petite culotte…
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Le Bisou

J’me souviens de cette journée là comme si c’était hier. J’avais 5 ans ½. C’est pas tous les jours qu’on porte une robe de princesse comme ça. Je pense que je me prenais un peu pour Cendrillon, mon conte de fée préféré (HA! Ça doit venir de là, les souliers!). C’était mon deuxième contrat de bouquetière, je l’avais aussi fait quelques mois avant, pour le mariage d’une tante. J’ai toujours pensé que le bleu m’allait mieux que le rose pâle.

Mais là, le truc différent, c’est qu’on m’avait attribué un petit copain. C’est lui sur la photo. Je ne le connaissais pas, je pense qu’il était de la famille du marié. J’ai oublié son nom, mais je me souviens qu’il avait 4 ans ½. Avant la cérémonie, le photographe amateur (je sais, j’avais pas besoin de préciser) attitré nous a fait prendre quelques poses ensemble, dont celle là. Puis, dans un éclair de génie, il nous a demandé de faire semblant de se donner un petit bisou, parce que ça ferait une belle photo. Ayant le sens du théâtre et du jeu depuis le berceau, toute dévouée à la cause (car franchement non, n’y voyez pas autre chose!), je me retourne vers mon partenaire, prête à procéder. Et là, l’horreur. Blondinet pleure. Il veut pas. On a beau essayer de le convaincre, rien à faire. Totalement insultée, je me souviens lui avoir dit : « t’es donc ben bébé! » Et je l’ai complètement snobé le reste de la journée.

Pour la réception (et parce que non, je ne pouvais pas garder la robe de princesse), ma mère m’avait acheté une jolie robe rouge. Avec mes cousins, on a couru partout et fait les 400 coups pendant toute la soirée. Blondinet s’est joint au groupe, mais j’ai continué de l’ignorer. Avant la fin de la soirée, il avait changé d’avis sur les bisous, mais pour moi, c’était trop tard, je n’ai jamais été du genre à pardonner les affronts.

Je ne sais pas s’il y a un lien, mais je n’ai, finalement, jamais embrassé un blond…

Petit plaisir nocturne

« Elle dort, me tournant le dos. Les stratagèmes habituels, les changements de positions répétés n’ont pas réussi à m’apporter le sommeil, si bien que je décide de me couler contre les doux zigzags de son corps. Tandis que je me déplace et commence à glisser mon tibia contre un mollet aux muscles détendus par le sommeil, elle sent ce que je suis en train de faire et, sans se réveiller, lève la main gauche afin d’enlever les cheveux de son épaule pour les mettre sur le sommet de son crâne, dégageant ainsi un espace nu où je peux me nicher. Chaque fois qu’elle le fait, je sens un frisson d’amour me parcourir à cause de la parfaite précision de cette politesse nocturne. Des larmes me montent aux yeux et je dois faire un effort pour m’empêcher de la réveiller afin de lui redire mon amour. A ces moments-là, sans le savoir, elle actionne quelque levier secret relié aux sentiments que j’ai pour elle. Elle ne le sait pas, évidemment : je ne lui ai jamais parlé de ce petit plaisir aux contours merveilleusement précis qui enchante mes nuits. »

Julian Barnes, Une histoire du monde en 10 chapitres 1/2.

***

Ok, est-ce possible d’être plus cute que ça?

L’Alchimiste

Une question toute simple, tracée à la mine de plomb sur la ligne du temps, quelque part entre 5h17 et 5h42 pm.
« Am I limited to who I am?« 
La seule limite, c’est la surface de l’autre.

***

Peut-être un jour il y en aura un pour saisir l’absolu.
Ou peut-être pas.
L’envers des apparences enfin révélé à l’œil de l’alchimiste.
Transmutation des corps.
En attendant, je suis bien désolée de devoir vous dire, Messieurs, que vous manquez cruellement d’imagination.

Bonding experience

suite de ce texte là

Finalement, on a décidé de ne pas attendre les séries. C’est hier soir qu’a eu lieu mon baptême de hockey.  Ça tombait mal hein? Quand j’vous dis que j’suis pas une fille chanceuse. Sauf peut-être pour les billets.  Super bien placés, section 112 vis-à-vis la ligne bleue, du côté du but du CH en 1ere et en 3e, alors c’est dire si j’avais une belle vue à chaque fois qu’ils se sont fait scorés. Y’avait pas tellement d’ambiance dans la place, sauf quand on tournait la tête tout en haut, dans le fin fond du poulailler, au dessus du but. La gang qui avait les billets les plus poches était sur le gros party, j’pense qu’ils regardaient pas la même game que nous (et puis qu’eux autres, ils leur restait du cash pour la bière).

À défaut de vivre la bonding expérience avec la foule lors d’une victoire (ou même d’un simple but compté par la bonne équipe), j’ai pu observer celles des fanatiques entre eux. Mon père, cet homme d’un naturel timide et réservé qui sous l’influence de sa grande passion pour ce sport, se transforme en un être capable de lier des conversations avec des inconnus portant le chandail du CH dans le métro, alors qu’on se dirige vers le Centre Bell. Puis, pendant le match, jetant ici et là ses commentaires de connaisseur éclairé, alors que les autres se retournent vers lui et approuvent d’un signe de tête. Plus tard liant conversation avec son autre voisin de siège, au sujet de Smolinski, joueur le plus inutile de l’équipe. Un gars payé pas cher de la ligue américaine aurait pu faire la même job (enfin, paraît).

Au retour, métro Lucien L’Allier, un charmant jeune homme entame la discussion avec… mon père! Cette fois-ci c’est Price qui a perdu sa confiance du début de saison, suivi de diverses spéculations sur un possible échange d’ici mardi. « Toi, est-ce que tu serais prêt à laisser aller Higgins pour aller chercher [insérer ce joueur d’Anaheim dont j’ai oublié le nom] ? » J’y connais rien, mais ma réponse concernant Higgins, c’est non. Bon je pense que si j’avais pas fait signe à mon père qu’il fallait descendre à Rosemont, ces deux là auraient pu se ramasser à Laval. De mon côté, pas le choix, si je veux les voir gagner, faudra y retourner…