Beethoven, hélas

À première vue, le choix semblait parfait. Se réveiller au son du deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven. Ça commence tout doucement. Les cordes sont d’une beauté bouleversante. Les accents les plus puissants ne contreviennent pas au rythme lent du réveil progressif chez ceux qui comme moi, n’ont pas la forme matinale. Même la durée était parfaite. Un huit-neuf minutes de relaxation (parfois même répété), pour mieux reprendre ses esprits avant la poussée hors du lit.

Une musique comme il y a trop peu de mots pour la décrire, pour la ressentir. Un génie qui va tellement au-delà de l’anecdotique victoire sur le handicap. Et pourtant, je ne pourrais même pas dire que Beethoven est mon compositeur préféré. Brahms est toujours celui que je nomme en premier, mais Beethoven reste un monstre incontournable. Ça me fait toujours penser à quand on a demandé l’avis de Baudelaire, à savoir quel était le plus grand écrivain du XIXe siècle. Il a répondu en deux mots : « Hugo, hélas! ». Immensité écrasante.

Il n’y a pas si longtemps que ça, si on voulait entendre de la musique, il fallait que quelqu’un en joue. Quand la musique jouait, la vie s’arrêtait. On ne faisait rien d’autre qu’écouter. Il y avait donc un temps pour la musique, et son absence, plus ou moins le reste du temps. Ça donne un caractère cérémonial, presque sacré. Combien de contemporains de Beethoven ont pu entendre le deuxième mouvement de la 7e? Peu, sans doute. Cette symphonie a été un succès phénoménal dès la première présentation. À la fin du deuxième mouvement, les applaudissements étaient tellement enthousiastes qu’on a dû le reprendre en entier une deuxième et une troisième fois avant que la foule permette l’enchaînement des 3e et 4e mouvements. Paraît que ça s’est terminé dans le délire. Déchirement. Entendre un air grandiose tout en sachant que l’occasion de l’entendre à nouveau ne se représentera probablement jamais. Intensité du moment présent. Mais ça fait tout de même apprécier l’accessibilité de la musique (et des grands enregistrements) à notre époque. Je pourrais dire que j’ai entendu le 2e mouvement de la 7e symphonie plus souvent que Beethoven lui-même, mais ça serait une blague de mauvais goût. Vous comprenez ce que je veux dire.

À première vue, donc, le choix semblait parfait. Où est le problème? La première musique du réveil, elle reste là, dans la tête. Elle nous suit toute la journée, elle donne le ton. Les airs les plus beaux sont toujours les plus tristes. Et avec Beethoven, la tristesse prend toujours une dimension vertigineuse.

Je marche sur un fil.

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