Pourquoi dormir quand on peut passer la nuit avec Giorgio Agamben?

Parce que j’ai envie de magie

« [Walter] Benjamin dit quelque part que la première expérience que l’enfant a du monde, n’est pas que les adultes sont plus forts, mais qu’il est incapable de magie. Cette affirmation faite sous l’effet de la mescaline, n’en est pas moins exacte. Il est probable en effet que l’invincible tristesse dans laquelle sombrent parfois les enfants naisse précisément de cette prise de conscience qu’ils ne sont pas capable de magie. Ce qu’il nous est donné d’atteindre à travers nos mérites et nos efforts ne peut nous rendre véritablement heureux. Seule la magie en est capable. C’est ce qui n’avait pas échappé au génie infantile de Mozart. Dans une lettre à Bulliger, il indique avec précision la secrète solidarité qui lie la magie et le bonheur : « Vivre bien et vivre heureux sont deux choses différentes, et la seconde, sans magie, ne m’arrivera certainement pas. Pour que je sois heureux, il faudrait qu’arrive quelque chose de vraiment extérieur à l’ordre naturel.« 

[…]

« Et ainsi lorsque Zeus s’unit à la belle Alcmène en prenant les traits d’Amphitryon, ce n’est pas en tant que Zeus qu’il jouit d’elle. Et ce n’est pas non plus en dépit des apparences, en tant qu’Amphitryon. Sa joie est tout entière dans l’enchantement et on ne peut jouir consciemment et pleinement que de ce qu’on a obtenu par les chemins de traverse de la magie. Seul celui qui est enchanté peut dire moi et le seul bonheur que nous méritions vraiment est celui que nous ne saurions rêver de mériter jamais.« 
*****
« [Les magiciens] ne s’expriment que par gestes »
Giorgio Agamben, Profanations
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2 réflexions au sujet de « Pourquoi dormir quand on peut passer la nuit avec Giorgio Agamben? »

  1. J’ai failli faire une syncope en voyant « Walter Benjamin », souvenir de trop de nuits à me cogner la tête sur les murs en vue d’un examen.

    Sans aller jusqu’à penser que seule la magie peut être à la source du bonheur, il suffit de regarder autour de soi pour voir que les bonheurs les plus francs ne sont pas ceux qui sont construits, mais bien les bonheurs inopinés, qui « arrivent par la bande ». C’est à se demander si l’éphémère n’est pas constitutif du bonheur.

  2. L’éphémère, et assurément, l’imprévisible (plus le facteur d’improbabilité est grand, meilleur c’est), la surprise…

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