De la bouche de l’évêque

« Dans le transport de l’amour humain, qui ne sait qu’on se mange, qu’on se dévore, qu’on voudrait s’incorporer en toutes manières et enlever avec ses dents ce que l’on aime pour s’en nourrir, pour y vivre. » — Bossuet

Bossuet? Décidément, les sermons prononcés au siècle de Louis XIV avaient un charme certain.

Take me on into the night [blow me away]

Il a d’abord dévoilé ma nuque où son souffle a fait naître les frissons, s’agrippant à mes cheveux, me renversant légèrement la tête, ses caresses de plus en plus puissantes libérant une horde de chevaux sauvages indomptables, une cascade, un torrent noir qui glisse jusqu’à la chute des reins. Il me bouscule pour mieux m’attirer à lui, soulevant ma robe, râpant mes cuisses. Il me prend toute entière, dévoilant ainsi des charmes indiscrets.
Le vent est un amant fort impudent ce matin.
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Trop d’observations pour une seule matinée

Sur Duluth, un homme visiblement ivre sort péniblement de sa voiture après l’avoir garée pas nécessairement dans les règles de l’art. Il est 8h30 du matin.

Un peu plus loin, dans une ruelle qui aurait pu être charmante, un vieillard crasseux pisse sans gêne, à cinq pas du trottoir, contre une clôture agrémentée d’une vigne.

Sur de Bullion, un homme en complet marche trop vite pour son fils qui peine à le suivre. Au moment de traverser la rue, l’enfant tend une main que le père fait semblant de ne pas voir.

Sur Sherbrooke, devant le pavillon de l’UQAM, deux jeunes autochtones qui ont probablement vu leur neurones diminuées de moitié par les vapeurs d’essence, disent des saloperies pendant que je hausse le volume du i-pod.

Sur l’heure du diner, deux américains, début vingtaine, qui pensent visiblement qu’on pige pas l’anglais à l’est de Bleury :

Gars 1 (en donnant un coup de coude à Gars 2) : Man, Check this out!
Gars 2 : Ho! That’s a nice look! … How’s the face? I missed the face!
Gars 1 : Face is cute. Eyes are great. Nice [bleep]
Gars 2 : Damn! I’d fuck every girl around here.
Gars 1 : Hell Yeah!

Ça doit être mon jour de chance…

Pandora

L’impression de toujours lire un livre dont on connaît déjà la fin. D’observer à distance, les mêmes histoires qui se répètent jusqu’à la nausée. L’ennui. Changer de cadre ne suffit plus pour surprendre, pour déstabiliser. Le rythme lent imposé par le monteur se perd, s’égare alors qu’il aurait dû conduire vers l’insoutenable frémissement.

Il y a quelques mois, j’avais noté cette citation, ici.

Ce n’était pas un amour qu’elle avait longuement, rêveusement contemplé par avance, en le regardant fermement dans les yeux; c’était un amour inattendu qui lui avait sauté à la nuque par derrière. (Milan Kundera, La vie est ailleurs)

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Désirer l’inattendu. Paradoxe.

La Théorie des couleurs [et des gars juste parfaits qui habitent toujours Québec]

Suite à une discussion enflammée (bof à peine, on est rendu comme un vieux couple) avec un ami sur le thème du célibat (pour faire changement), et pour voir si vraiment je manque quelque chose tant que ça (et parce que j’avais plus de Lost à regarder), je suis allée (roulements de tambour) zieuter les fiches sur réseau-contact.

Ce qui m’a vraiment frappé cette fois-ci, c’est à quel point vous avez du mal à distinguer les couleurs. Je ne compte plus le nombre de fiches où on essaie tant bien que mal de faire passer des yeux franchement marrons pour des yeux pers et des cheveux à peine châtains pour des cheveux noirs. Est-ce que vous pensez qu’on s’en rendra pas compte? Sérieux, (on jase, là) c’est quoi votre problème avec le brun? (ok, on poussera pas la psychanalyse).

Pour vous aider (je suis généreuse comme ça) quand on dit pers, ça veut dire une couleur où le bleu domine, mais c’est pas tout à fait bleu pur, donc mélangé avec du vert et /ou du gris. Les yeux pers sont clairs. Si y’a pas de bleu, ou dès qu’il y a du brun, ça peut juste pas être pers, désolée.

Et noir, ben c’est noir. Y’a pas de nuance possible. Noir pâle, ça n’existe pas. Comme dans la phrase : « Avant de te connaître, je pensais que j’avais les cheveux noirs« . (Je compte plus le nombre de fois où on me l’a sorti celle là). Alors bref, si vous connaissez quelqu’un qui a les cheveux plus foncés que vous, c’est un signe incontestable que vous n’avez pas les cheveux noirs. Too bad. On dit brun, ça fait pas mal.

Bon, et plus concrètement, je suis tombée sur LA fiche du gars qui serait donc juste parfait pour moi. Enfin, presque parfait, puisqu’il mentionne qu’il a un petit chien jaloux… Il est cute, on aime et on déteste les mêmes trucs, on travaille dans le même domaine, il n’est pas gai, on a presque le même âge, il n’a pas d’enfants, il écrit bien, il a de l’humour, il sait distinguer les couleurs, est-ce que j’ai dit qu’il était cute? Mais bon, anyway, il habite Québec (non mais c’est quoi l’idée???)… pfffff…