La Spirale

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Il n’y avait que des pierres, à perte de vue. Je les ai prises, une à une, pour construire un chemin dans ce paysage intérieur impraticable, impitoyable de mes pensées. À chacune, j’ai murmuré un nom, un désir, une vulnérabilité, un accomplissement, une chimère, un plaisir, une fierté, une blessure, une douceur, une attente, une passion, un oubli, un savoir, un émoi, une peur, un rêve, un aveuglement, une complicité, un attachement. Ces pensées, je les ai alignées comme des pierres assez lourdes pour m’ancrer au sol, mais me laissant toujours maître de marcher sur l’eau. La spirale est une tentative de contrôler le chaos.
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Vol de nuit [pour un baiser]

***Désolée, c’est plutôt long comme billet. J’avais pensé l’écrire en deux épisodes et puis finalement, je me suis dit que si ça vous embête, vous n’avez qu’à prendre 2 jours pour le lire :P

C’était l’été de mes 15 ans. Par une très chaude journée de la fin juillet, on a déserté la petite ville de banlieue sans histoires en prenant le bus pour notre annuelle journée (une tradition incontournable entre 13 et 17 ans) à La Ronde. On était un quatuor plutôt intéressant en contraste. Il y avait C la blonde aux yeux bleus qui ressemblait à une poupée, G la grande brune sportive, M la rousse extravertie et moi, V la noire au tempérament d’artiste. Différentes, complémentaires, inséparables.

Puis, on les a remarqués. Ça devait faire un bon moment qu’ils nous suivaient, de manège en manèges, sans trop de subtilité. Le soir tombait déjà, ne restait plus que deux heures avant la fermeture du site. C’est dans la file du Disco Ronde qu’ils sont enfin passés à l’attaque. Celui qui semblait le leader du groupe, plutôt blond, du genre grande gueule charismatique légèrement bad ass et derrière lequel les autres s’effaçaient, a commencé à nous parler, avec deux trois phrases pour nous faire rire. Il a vite proposé que chacune d’entre nous monte à bord avec l’un d’eux, jetant lui-même son dévolu sur C, la jolie blonde, évidement.

Je n’ai pas eu vraiment le temps de montrer ma déception qu’une voix me glissait timidement à l’oreille : « Je peux monter avec toi? » C’est là que je l’ai vu. Je ne vous dirai pas s’il s’agissait d’un beau grand brun aux yeux verts, puisque j’aurais décidément l’air d’en faire une obsession (ce qui est loin d’être le cas!). Je me souviens d’avoir entendu un autre protester : « Criss t’as donc ben faite ça vite, t’avais peur que je lui demande avant, salaud? » Il avait souri en me disant : « Ne l’écoute pas, c’est un con. » Il avait 16 ans, il habitait Pointe-aux-Trembles, il trippait autant que moi sur l’album Violator de Depeche Mode qui venait de sortir, fallait voir ça comme un signe du destin.

Pendant le reste de l’été, à toutes les semaines, il faisait le long trajet pour venir me voir et régulièrement, je faisais aussi le trajet inverse. Il fumait des Export A (le paquet bleu) et il disait qu’il avait décidé de ne pas retourner à l’école en septembre. Malgré ses charmantes manières de garçon bien élevé, ma mère l’a tout de suite détesté. Je crois qu’il n’en fallait pas plus pour me faire succomber…

Je vous dis pas les factures d’interurbain que mes parents ont reçu (et m’ont gentiment refilé) cet été là. Ouais, je suis vieille, c’était avant internet et msn. Un soir donc, vers la fin de l’été, à quelques jours de la rentrée des classes, il m’a appelé pour me dire qu’il avait envie de me voir et qu’avec son copain (le blond bad ass qui voulait en profiter pour revoir G, parce que oui, il s’était déjà lassé de la blonde), il prendrait la route pour venir me voir, là, maintenant. Il était déjà très tard lorsqu’il est arrivé, et j’ai toujours trouvé qu’avoir ma chambre au sous-sol était infiniment pratique pour contourner le couvre-feu en sortant par la fenêtre.

Il semblait plutôt nerveux et il disait qu’il ne pouvait pas rester longtemps. Dans le petit parc, on s’est embrassé pendant une bonne demi-heure puis, il m’a raccompagné chez moi. Au moment de repartir, ça a été la catastrophe. La voiture est tombée en panne. La police municipale s’est pointée, et comble de malheur, le chat est sorti du sac : l’automobile, qui appartenait au beau-père du blond, avait en fait été « empruntée » en douce pendant son quart de travail de nuit. Elle venait tout juste d’être déclarée volée…

La romance s’est terminée à peine une semaine plus tard (au grand soulagement de ma mère), alors que le père de mon grand brun avait posé un ultimatum à son fils, qui décidément ne faisait plus que des bêtises (comme voler une voiture pour aller embrasser une fille) depuis qu’il était revenu de La Ronde très tard un soir, fébrile, ne pouvant s’empêcher de réveiller sa mère pour lui confier qu’il venait de tomber en amour.

Beauté naturelle

Je n’ai jamais pensé que je pouvais être le genre de fille qu’on qualifie de beauté naturelle. Tsé celle qu’on trouve belle même quand elle est vêtue d’un vieux sweat pants le plus souvent oversized, les cheveux simplement attachés en queue de cheval, pas maquillée, mais qui persiste à être simplement radieuse. Bon, j’avoue qu’elles ne sont pas si nombreuses que ça, mais elles existent ces filles là.

Moi, je me suis toujours sentie plus à mon avantage dans une petite robe d’été, les cheveux bien coiffés, et légèrement maquillée. Comme un minimum requis pour me sentir en confiance. Et puis, dernièrement, je me suis surprise à croiser mon reflet dans le miroir, juste au moment où je quitte le vestiaire du gym. Une image qui m’étonne à chaque fois. L’œil me semble encore plus vif qu’à l’habitude, la joue encore un peu rose, le corps entièrement détendu, la satisfaction devant l’effort donné est inscrite dans mon sourire. Ça ne dure qu’un instant, fugace, mais c’est bien présent. Ok, je ne porte toujours pas un vieux truc oversized, mais là, pendant ces quelques secondes, malgré les cheveux attachés et l’absence totale de maquillage, oui, je me trouve quand même belle. Même peut-être plus que d’habitude.

Mais sans trop comprendre pourquoi, je trouvais qu’il y avait quelque chose d’intimidant dans ce reflet. Presque indécent. Puis, j’ai réalisé que c’est probablement le même air radieux que j’ai, juste après l’amour.

Miroir, miroir…

« I have a total confidence in what I am doing because I have none in what I am. My feminity is eaten up by the rats. »

Qu’on le veuille ou non, c’est un fait établi en psychologie qu’on ne peut se définir qu’à partir du regard de l’autre. Notre perception de nous même, négative ou positive, ne peut que se construire et se mesurer à la lumière de notre rapport à l’autre, un peu comme nous avons besoin d’un miroir pour connaître les traits de notre visage. Sans les autres, tout concept identitaire fout le camp.

L’idée, donc, c’est de savoir choisir les miroirs qui nous entourent. Et je réalise que mes talents restent limités quand vient le temps de choisir les miroirs amoureux. J’en ai flushé un définitivement la nuit dernière. Je devrais être fière de moi, mais le cœur n’y est pas.

De la nécessité de l'arrogance

Sam Taylor-Wood, Fuck, Suck, Spank, Wank, 1997

Devant son regard dévorant, sans traces aucune de sentiments, je n’ai eu d’autre choix que de me revêtir d’arrogance. Impossible pour lui de lire mes yeux cachés derrière ces lunettes qui lui renvoient son image, son désir, me laissant maître du mien. Écrit en grosses lettres sur mon corps, une invitation sans possible équivoque, que je lui lance au visage, sans pudeur. On se sent toujours un peu pute lorsqu’on baisse soi-même son pantalon, mais c’est encore la meilleure façon de les faire tomber à genoux.

Les Souris dansent

C’est les vacances au boulot, enfin, façon de parler puisque c’est plutôt les patrons qui sont en vacances. C’est donc tranquille et dans nos bureaux sans fenêtres, honnêtement, on s’emmerde quand même un peu là, ça manque d’action. Alors qu’est-ce qu’on fait? Eh bien on s’est trouvé une soundtrack super classy, on chante à tue-tête et d’ici la fin de la semaine (c’est à dire jeudi soir pour moi), je vous parie qu’on a une chorégraphie…
Enjoy!

Lanaudière

Lundi dernier, j’ai franchi une frontière psychologique. J’ai pris le chemin de la rive-nord. En digne fille de quelque part pas trop loin sur la rive-sud, je pense que je n’avais même jamais conduit la voiture au nord de Jean-Talon. Je me suis retrouvée dans une petite maison bleue, tout en haut, là où les oreilles se bouchent, au sommet d’une montagne qui surplombe un lac, dans la forêt, en compagnie d’une amie, d’alcool et de vin, d’une multitude d’oiseaux chanteurs, des cigales, des maringouins et des mouches à chevreuils qui à mon grand désespoir, m’aiment bien. Cette idée aussi, d’hydrater ma peau avec une crème qui sent un peu la vanille… On a failli aller se baigner dans le lac, de l’autre bord du quai « parce que de ce côté là y’a presque jamais de sangsues« , mais j’avais comme « oublié » mon maillot, mais pas encore assez bu pour oublier les convenances (ou les sangsues).

Une journée comme un baume, dans un ciel chargé d’orage qui s’est éclairci après à peine quelques gouttes malgré le tonnerre qui gronde. Une journée où on m’a dit les mots que j’avais besoin d’entendre. Une journée pleine de poésie, jusque sur les pancartes vertes de la 25 nord annonçant le rang du ruisseau des anges, ou encore, dans la visite nostalgique d’une plage, en face de l’ancien couvent, avec à côté, la vieille baraque où l’adolescente avait fumé son premier joint en compagnie d’un gars surnommé Ti-beu.