We all want something beautiful

Samedi soir.  Je me suis décidée juste à temps pour la dernière séance d’un film, dans un trop chic cinéma du boulevard St-Laurent.  À peine deux heures plus tard, à la sortie, la frénésie était palpable sur les trottoirs.  Je me suis mêlée à la foule, puis l’overdose est vite arrivée.  Trop de peau, trop de parfums, trop de rires qui sonnent faux, trop d’artifices.  Je me suis demandé si tout ça était vraiment séduisant.  Sans doute que ça l’est.  Ça brille dans le noir.  J’ai quitté la scène.  Ce n’est pas mon univers.  Derrière le rideau, c’est plus confortable.

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Je ne sais pas pourquoi on tente si souvent de séduire en passant par le faux plutôt qu’en misant sur le vrai.  Ça m’a fait penser à ce garçon, timide, qui voulait prétendre ce qu’il n’était pas.  Fuyant les réponses, quand il ne savait pas ce qui plairait ou répondant à l’opposé de ce qu’il était.  Croyant que je le jugerais  peut-être sur un travail temporaire, qu’il n’aimait pas, sur sa vieille paire de souliers ou ses vêtements.  Misant sur la pacotille et l’artifice, sur le masque à la place de la tête et du cœur.  Ce n’est pas à moi, mais à lui-même qu’il n’a pas su faire confiance.

Coin Ontario, 23h48

Mademoiselle,

Je ne vous avais pas vue.  Une silhouette assise dans l’ombre d’un escalier qui mène au chaos.  Évaporée.  Les sens éparpillés.  L’esprit aérien, la voix terreuse, le sexe calciné et l’eau de vie dans les veines.  L’air de cette fin d’été était encore un peu tiède, chargé d’humidité.  C’est probablement le silence inhabituel du lieu qui vous a soudainement réveillée.  Ou pas tout à fait.  Je suis apparue à vos pupilles dilatées et c’est plutôt vous qui m’avez réveillée.  J’ai entendu votre voix m’appeller :  Heille!  Heille!, on est où?  Je me suis arrêtée et je vous ai regardé brièvement.  J’ai passé mon chemin sans dire un mot.  Je n’ai pas su quoi répondre.  Par où aurais-je bien pu commencer?

Boredom

Deux garçons, mi-trentaine sont assis à la table voisine du café.  L’air profondément ennuyés, ils se résument leurs projets du week-end passé.

Entre deux soupirs de découragement, l’un parle de pose de céramique « pour que ma blonde arrête de chialer » et l’autre du mur de l’entrée à repeindre.  Orange.  Échange de grimaces.  Évidemment, c’est elle qui a choisi, mais il a rien dit.  Il a « d’autres guerres à mener« .  Le samedi matin il y a eu les cours de piscine de la petite (baille, soupir).  Et là, paraît que ce qui est l’fun avec les cours de piscine, c’est que ça finit à l’heure où les magasins ouvrent [ndlr, je savais pas qu’ils faisaient ça au milieu de la nuit] , alors c’est pratique pour aller chez [grande surface de la madame contente] et chez [grande surface de rénovation]…  Ça c’était la grosse sortie du week-end…

Et ça continue pendant plusieurs minutes.  Le ton est morne, les visages sont gris.  L’ennui atteint des sommets inégalés.  Un ange passe.  En fait c’était plutôt une jolie blonde décolletée en talons hauts.  Regards.  Silence de connivence.  Re-soupirs.  Game over.

Est-ce qu’il y a encore quelqu’un qui se demande pourquoi je ne m’intéresse pas aux garçons d’à peu près mon âge?

Oviedo, Here I come.

C’est définitif.  Je vais renier tous ceux qui n’aiment pas le dernier film de Woody Allen.  Il s’agit de l’un de ses meilleurs films depuis longtemps.  Évidemment, Vicky Christina Barcelona ne concurrence pas les plus grands chefs d’œuvres du maître, mais il s’élève nettement au dessus des autres.  Les dialogues sont un feu d’artifices constant, les acteurs sont tous excellents et même l’aspect esthétique du film m’a semblé plus soigné qu’à l’habitude (si on fait exception des quelques films d’époques, Radio days, par exemple qui a une esthétique impeccable, ce n’est pas le point fort du cinéaste).  Peut-être est-ce dû à la magnifique ville de Barcelone? 

Et Javier…  « Pas mon genre » que je me disais.  Faut dire que je l’avais surtout vu dans Mar adentro et dans No Country for Old Men…  On ne remet pas en cause ses grandes qualités d’acteur, mais le sex appeal???  Et puis je m’entend encore dire : Je suis tellement pas du type « latin lover« …  I was sooooooooooo wrong.  Dès sa première réplique du film, j’étais complètement sous le charme.  I’m in love!

J

Photographe inconnu, archives familiales

Nous sommes entrées pour vider la chambre.  Peu de choses s’y trouvaient.  Des vêtements, quelques livres, des vieux carnets remplis de son écriture (si belle) de maîtresse d’école, ses vieilles lunettes, des bijoux de pacotille et des bouteilles de médicaments, par dizaines.  Dans le tiroir de la table de chevet, j’ai trouvé une vieille boîte de biscuits en métal.  À l’intérieur, quelques photographies d’une lointaine époque de sa vie, pêle-mêle.  Puis, cette photo là.  Un peu abîmée, pliée vers le haut, faute d’avoir été trop souvent manipulée, serrée, posée contre son cœur.  À l’endos, toujours de sa belle écriture, on pouvait y lire :  J. 22 mois et 7 jours, méningite.  Et parce que la vie, toujours, doit vaincre la mort, on a donné le même prénom à la fille suivante, ma mère.

Rien ne va plus

Je viens de réaliser cruellement que ça fait plus de deux ans que mon budget de magasinage de fringues est entièrement dévoué aux robes d’été.  Il fait froid et j’ai plus rien à me mettre.  On croirait entendre la cigale de la fable.  Ça fait deux semaines que je vide ma garde-robe tous les matins dans l’espoir de trouver un truc portable.  Et le pire, c’est que j’ai pas le goût d’aller magasiner (mais depuis quand c’est devenu un problème ça?!?).  Je trouve rien qui me plait, rien qui me va.  Y’a définitivement quelque chose qui tourne pas rond avec moi.  Mais là ce n’est plus une question de goût, c’est rendu à l’étape : on a plus le choix, il faut y aller.  C’est ce soir que ça se passe.  J’ai besoin de chandails à manches longues, d’une veste et d’au moins une jupe.  Alors combien on gage que je vais revenir avec une autre paire de talons hauts?  Je sens déjà que l’expédition sera catastrophique…  Au moins, y’aura Woody Allen pour me remonter le moral en fin de soirée…

Chaque chose à sa place…

Je pense que plus je me fais vieille, plus j’ai du mal à endurer le désordre.  J’ai toujours eu peur que ça vire à l’obssessif, ma mère étant un bon exemple dans le genre. Elle m’a tellement énervée avec ça, que je me suis juré de ne jamais prendre le pli.  Alors de temps en temps, je laisse trainer un truc ou deux.   Comme une mise-en-scène, pour me berner l’esprit, le temps de me dire, tu vois, t’es pas comme elle.  Tu peux survivre sans avoir une boîte de rangement pour chaque chose, chacunes clairement identifiée sur le devant et alignées à égale distance sur une tablette, par couleur assemblées parce que ça fait plus joli.

Alors, quand je suis passée à WordPress, j’ai laissé traîner un petit désordre en fusionnant les deux blogs que j’avais sur Blogspot.  J’ai essayé de me raisonner en me disant que c’est pour ça qu’il y avait des catégories.  Mais y’a une partie de moi qui ne s’est jamais faite à l’idée.  Les ruptures de tons m’énervent.  Tellement que j’en suis devenue moins motivée.  Alors j’ai donné du lousse à l’obssessive du rangement et du classement.  Dans le menu de gauche, à « Résidence secondaire« , un lien qui mène vers un autre site, Fictions : Petits crimes littéraires.  Les anciens billets y sont donc regroupés, mais malheureusement, les commentaires se sont perdus en chemin.  Deux modus operandi pour l’instant.  Il y a toujours les fictions illustrées, mais il y aura aussi Note à un inconnu, courts textes inspirés par tous ces inconnus qui croisent mon chemin…