Can’t you see my walls are crumbling?

Pendant plusieurs mois, un lundi sur deux (ou sur trois), mon regard a croisé le sien.  À chaque fois, le désir criant, conscient et avoué de part et d’autre, accompagné de banalités muettes, un sourire, un signe de tête, un bonne journée lu sur ses lèvres.  Il était emmuré dans une cage de verre et moi, bien protégée dans mon carrosse métallique.  La conviction qu’il existe, de l’autre côté de la vitre (ou ailleurs), un monde de possibles, semblait en elle-même suffisante.  Puis, je ne l’ai plus revu pendant un an.

Je l’ai croisé hier, dans l’air frais et à la lumière douce, un peu vaporeuse, du matin.  Tous deux maintenant désarmés, à nu.  J’ai vu son regard transformé, privé du sentiment d’invincibilité, devenir timide et fuyant, se poser sur moi à la dérobée.  Je ne sais pas, même, s’il m’a reconnu ou s’il m’a regardé, à nouveau, comme si c’était la première fois.  Un éternel recommencement.  Lui et tous les autres hommes, confondus, comme autant de répétitions générales avant le grand soir, d’une performance sans cesse reportée.

Est-ce parce que je ne t’ai pas encore rencontré, ou parce que nous sommes restés invisibles l’un à l’autre, dans nos abris, dans nos asiles trop confortables.

Les frontières imperceptibles à l’œil sont plus infranchissables que lorsqu’elles sont réelles et tangibles.  Elles qui paradoxalement, encouragent toute transgression en les invalidant.  Des frontières-armures faites de métal étincelant, de pierres ciselées, de verre dépoli, de miroir sans tain, des boucliers-écrans d’ordinateurs qui, certains soirs embués ou enfumés, s’imaginent dévoiler les secrets les mieux gardés, mais se contentent plutôt de rejouer les grandes scènes théâtrales, faute de savoir faire mieux, de savoir faire vrai.  Comme autant de t’es belle, tu me plais, j’ai envie de toi, qui s’évaporent à la minute où la possibilité de le dire à l’oreille plutôt qu’au clavier prend forme.  On n’est jamais si audacieux que lorsque l’on se sait insaisissable.

Ma cage, mes murs, même craquelés de toutes part sont impossibles à pulvériser.  Tout ne tient qu’à un fil, ou qu’à la peau des fesses, mais tout reste quand même inébranlable, avec le cœur, machinal, qui bat au rythme régulier de l’horloge, dans cette mince fuite en avant, à tout petit pas, de l’éternel funambule.

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4 réflexions au sujet de « Can’t you see my walls are crumbling? »

  1. Serait-ce ce fameux garçon qui surveille l’entrée des « machines », au sous-sol d’un certain bâtiment? Ou ma mémoire me trompe, cette fois…

  2. « Les frontières imperceptibles à l’œil sont plus infranchissables que lorsqu’elles sont réelles et tangibles.  »

    Vous êtes brillante des fois Mlle V. C’est ce que je me dis aussi. On est notre propre ennemi la plupart du temps. On s’invente des excuses, on se limite. On se fait comme une zone de confort de « faisaibilité » des « futurs possible » et on reste avec prudence la-dedans. Une frontière contruite avec notre mental.

    L’expression qu’on utilise souvent pour ça c’est « se voir à telle place, faire telle chose ».
    On fabrique vraiment les limites de notre personnalité sans lui donner l’occasion de s’épanouir sans frontières.

    Le virtuel comme les ordis et Internet donne des sentiments de compensation. Cela peut être dangereux à la longue. Je suppose que dans 100 ans, les gens vont faire comme dans le film de Woody Allen où il est dans le futur et faire l’amour tout seul avec des gadgets qui vont remplacer la présence humaine. Juste pour pas s’investir er jouir égoistement.

  3. Pour beaucoup, le clavier donne en effet de l’audace (j’en fais un peu partie). Sans cette arme, on évite le combat. C’est con, mais c’est humain.

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