Le Plaisir du texte : notes de lecture [autant partager le plaisir]

Si je lis avec plaisir cette phrase, cette histoire ou ce mot, c’est qu’ils ont été écrits dans le plaisir (ce plaisir n’est pas en contradiction avec les plaintes de l’écrivain).  Mais le contraire?  Écrire dans le plaisir m’assure-t-il – moi, écrivain – du plaisir de mon lecteur?  Nullement.  Ce lecteur, il faut que je le cherche (que je le « drague »), sans savoir où il est.  Un espace de la jouissance est alors créé.  Ce n’est pas la personne de l’autre qui m’est nécessaire, c’est l’espace : la possibilité d’une dialectique du désir, d’une imprévision de la jouissance : que les jeux ne soient pas faits, qu’il y ait un jeu.

[…]

Le texte que vous écrivez doit me donner la preuve qu’il me désire.  Cette preuve existe : c’est l’écriture.  L’écriture est ceci : la science des jouissances du langage, son kāmasūtra.

[…]

Sade : le plaisir de la lecture vient évidemment de certaines ruptures […] des messages pornographiques viennent se mouler dans des phrases si pures qu’on les prendrait pour des exemples de grammaire. […] Le plaisir du texte est semblable à cet instant intenable, impossible, purement romanesque, que le libertin goûte au terme d’une machination hardie, faisant couper la corde qui le pend, au moment où il jouit.

Roland Barthes, Le Plaisir du texte

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4 réflexions au sujet de « Le Plaisir du texte : notes de lecture [autant partager le plaisir] »

  1. J’aime, non je suis en total accord avec la deuxième citation plus particulièrement. Certains textes provoque une véritable jouissance, une sensation de plaisir et d’excitation, qu’on lit et relit comme on prend plaisir à retourner dans les bras d’un vieil amant.

  2. :) l’écriture, effectivement la plus belle invention de toute l’histoire de l’humanité tant qu’à moi!

  3. Le commentaire sur Sade est en plein dans le mille. Et c’est, je crois, l’un des aspects les plus pervers de l’œuvre de Sade et, dans une plus large mesure, de la bonne littérature libertine des Lumières, les Liaisons dangereuses au premier chef (même si on peut difficilement les cantonner à ce genre).

    L’oeuvre de Sade est le fruit d’un long siècle qui a longuement poli et poli de nouveau sa raison, qui a valsé entre sentimentalisme moral et amoralité raisonné; elle rejette le corps autant qu’elle le crie. Enfin, je sais pas si c’est clair, ça fait 24 heures que je n’ai pas dormi, et j’y vais de ce pas.

    Mais bon, une nana qui lit Barthes pendant les Fêtes? La demande en mariage est déjà dans le courrier.

  4. @Benoît : C’est tout à fait ça. Un des plus grand plaisir, c’est de lire Candide en parallèle avec Les Infortunes de la vertu. Une demande en mariage? hahaha Tu plais déjà à ma mère, là :P

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