De l’amnésie [Did you wake from your dream with a wolf at the door?]

En architecture, aux lendemains d’un désastre naturel ou d’une folie humaine destructrice (par exemple, les bombardements de la 2e guerre mondiale), il est arrivé que l’on ait eu à reconstruire des villes entières.  Et on l’a parfois fait pierre sur pierre.  Triant minutieusement les débris, en étudiant et en numérotant les pièces.  Réutiliser le maximum pour reconstruire une cathédrale, une forteresse.  Sauvegarder une part d’histoire par la réinvention.  Sublimer les blessures.

On a tous une manière différente de réagir aux événements douloureux.  Ça ne nous est pas enseigné.  C’est quelque chose qu’on fait d’instinct, à partir de ce que nous sommes.  Ma solution à moi, c’était l’amnésie.  Par deux fois.

Ça fonctionne pour un temps.  Un court temps.  Et puis on réalise que l’on n’avance plus, parce qu’on ne peut se construire que sur la somme de nos expériences.  Faire comme si le passé n’existait pas, ne pas voir les ruines, ça ne les empêche pas d’être là.  Comme s’il suffisait de vouloir être ailleurs.  C’est impossible d’y échapper et ça me rattrape.

Mon problème c’est que j’en ai marre de mes vieilles histoires.  J’ai pas envie de les fouiller.  J’ai pas envie de les raconter.  J’ai pas envie de la victimisation qui vient avec tout le processus.  J’ai pas envie de prendre cette peine et de la faire mienne.  Je l’ai toujours refusé.  Pourquoi c’était pas une peine d’amour?  Ça aurait été tellement plus simple.  J’achève de trier mes pierres.  C’est maintenant le temps de construire autre chose avec ça.  Moi.  Et si je n’ai pas encore trouvé comment faire, du moins, j’ai trouvé un angle :

«Faire œuvre d’historien [to articulate the past] ne signifie pas « savoir comment les choses se sont réellement passées ».  Cela signifie s’emparer d’un souvenir, tel qu’il surgit à l’instant du danger.» (Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire)

*****

Il y a bien des années, une nuit, j’ai fait un rêve étrange qui a produit une impression tellement forte sur moi qu’il m’habite toujours.  J’étais perdue dans une ville en ruines.  Des gens autours de moi, des chercheurs en blouses blanches me demandaient de bien regarder autour, d’essayer de me souvenir et d’identifier laquelle de ces maisons en ruines était la mienne.  Un sentiment de panique montait en moi, je fouillais les décombres sans rien reconnaître.  Soudainement, je me suis retrouvée seule.  Le bourdonnement a cessé.  Silence.  Ça m’a calmée.  Puis, au détour d’un mur, j’ai reconnu une pièce de la maison.  Une lampe allumée.  Je me suis approchée.  Des dizaines de papillons aux couleurs somptueuses sont apparus, attirés eux aussi dans la même lumière.  J’avais jamais rien vu de si beau.  C’est fou le sentiment de bien-être que j’ai ressenti au même moment. 

Je me suis toujours douté que la réponse se trouvait là.

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3 réflexions au sujet de « De l’amnésie [Did you wake from your dream with a wolf at the door?] »

  1. Bâtir du neuf avec des morceaux du passé, c’est une bonne idée… Ces morceaux qui survivent les désastres sont les plus solides.

    Et j’aime bien le rêve que vous avez fait!

  2. Oui, c’est à espérer que la prochaine construction sera solide! ;)
    Moi aussi, j’aime beaucoup ce rêve. Je l’ai fait il y a plusieurs années et l’impression est toujours aussi vive que si c’était la nuit dernière.

  3. J’ai un bloc ici, il y a un numéro dessus. Peut-être peut-il servir !

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