Du synchronisme

J’étais chez elle dimanche dernier.  On parlait du bonheur (éphémère), des fleurs (fortes et fragiles), de la vie (surtout), de la mort (le moins possible), de l’amour (pourquoi pas), de l’amour du sexe (ça va de soi) et de la fois où en prenant un taxi, en quittant son tout nouvel amant (qui est encore son amoureux aujourd’hui) par un beau dimanche matin de printemps ensoleillé, le chauffeur lui avait dit, sourire moqueur, en l’observant par le rétroviseur : «Aujourd’hui, c’est une belle journée pour montrer aux filles l’envers des feuilles».  Il ne se trompait pas.

Alors qu’elle est rentrée quelques instants pour remplir les verres, mon œil a été attiré par un livre déposé sur la petite table, près de sa chaise.  C’était les correspondances de Karen Blixen.

—  C’est toi qui est en train de lire ça?

—  Oui j’ai trouvé ça totalement par hasard, faut que je t’explique.

Et elle me raconte que la semaine d’avant, en faisant le tour des chaînes à la télé par un soir d’ennui, elle est tombé sur le magnifique Out of Africa, un film qu’elle adore.  Deux jours plus tard, elle décide d’aller se chercher des livres à la bibliothèque du quartier, pour meubler ses journées de repos forcé.  Elle cherche des livres sur le Danemark.  Elle a toujours rêvé d’aller là bas.  Elle ne sait pas trop pourquoi.  C’est un de ces désirs inexplicables qui vit en elle depuis toujours.  Moi, je dis que les grands danois (non, pas ceux là), ont peut-être quelque chose à voir là dedans.  M’enfin.  Elle regarde les quelques livres disponibles de la section consacrée au Danemark et elle est attirée par la couverture de celui là.  En lisant à l’endos elle découvre que Blixen, une écrivaine d’origine danoise est l’auteur de La Ferme africaine, roman autobiographique dont le film Out of Africa est tiré.  Hasard de ce qu’on trouve sans même le chercher.

*****

Un soir très tard de cette semaine, j’ai terminé le livre que j’étais en train de lire.  Le lendemain matin, au moment de partir pour aller travailler, j’ai pris le premier livre au sommet d’une pile qui traîne sur mon bureau pour le mettre dans mon sac (c’est comme le tube de rouge à lèvres, il m’en faut toujours au moins un dans mon sac).  Ce n’était pas celui avec lequel j’avais l’intention d’enchaîner, mais c’est celui qu’une main étrangère, parcourant mes richesses, avait redéposé le dernier, reconfigurant inconsciemment l’ordre de mes lectures.  L’attrape-cœurs (The Catcher in the Rye), de J.D. Salinger.

Hier midi, en prenant le soleil sur une place publique, je me suis plongée dedans…  Et à la page 27, j’ai lu :

«Le livre que je lisais, c’était un bouquin que j’avais eu par erreur à la bibliothèque.  Ils avaient fait une erreur et je m’en étais aperçu qu’une fois de retour dans ma chambre.  Ils m’avaient donné La Ferme africaine par Karen Blixen.  Je pensais que ça allait être dégueulasse mais pas du tout, c’était un bon livre.»

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Une réflexion au sujet de « Du synchronisme »

  1. Difficile de ne pas croire à quelque chose de plus grand que soi…

    Sur ce coup-là, mes mots ne parviendraient pas à exprimer ma pensée.

    *sourire, l’oeil humide*

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