She was thirty something [loving nothing]

J’ai passé les derniers jours à fermer des fenêtres.
Une fenêtre que je croyais déjà fermée.
Une fenêtre que je n’étais pas certaine d’avoir envie d’ouvrir.
Une fenêtre coincée, entrecroisée, ni complètement ouverte, ni complètement fermée.

J’espère, un jour, un doux vent d’été.
Qui saura éviter de donner tête première dans la fenêtre.
Et s’il passait par la grande porte, pour changer?

***

Après un temps, on dirait que plus rien ne surprend.  On devine tout d’avance.  Sinon, on se tient au beau milieu d’une pièce vide, regardant dans tous les sens jusqu’à s’étourdir, mais toujours, en ayant le temps nécessaire pour deviner l’imprévisible.  Pour l’accueillir, comme une vieille connaissance, d’un simple haussement d’épaule.

***

Une observation.
Dans ces deux dernières années et demi, je n’ai jamais rencontré autant de gens passionnés par les mots.  Curieusement, je n’ai jamais rencontré autant de gens qui utilisaient les mots en les détournant de leur sens, ou en les détachant de leurs actions.  Les poètes sont d’éternels bâtisseurs de châteaux en Espagne…  Des châteaux faits de mots qui ne veulent plus rien dire.  Des hommes qui ne valent pas leurs mots.  Je suis peut-être due pour un vrai gars de chantier.  Étant donné l’état actuel du centre-ville, ça devrait pas être si difficile que ça à trouver.

***

I’m gone out the window /  Catch me if I’m falling

J’me suis (encore) écorchée les genoux, j’aurais préféré m’écorcher le coeur.

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De la récidive

Mon facteur qui recommence son petit manège.  Il m’a d’abord apporté le courrier d’un certain Ronald qui habite 2 rues à l’est, puis d’un Olivier à nom de famille composé, du triplex d’à côté.  Là, hier, c’était le passage à l’ouest (3 rues) avec un Jonathan.  Je commence à me demander où s’en va mon courrier.

La poisse aussi est de retour.  Oui, j’avoue, j’ai tenté de prendre le métro hier soir.  Ça m’arrive de rentrer sous la pluie, le soir, mais hier j’étais chargée de sacs.  Je me suis dit que c’était une belle journée pour profiter de l’efficacité du transport en commun…  Finalement, j’ai dû marcher du centre-ville à chez-moi, sous la pluie et le vent, encombrée de mes sacs, après avoir (encore) payé un titre de transport pour rien.

En chemin, je suis entrée dans une bouquinerie.  C’était certain.  Suffit d’entrer avec l’idée de juste regarder (le temps de me reposer du vent et de la pluie), pour être certaine de tomber sur 3 livres que je veux depuis longtemps sans réussir à les trouver.  Alors j’en ai acheté quatre.  Tant qu’à devoir marcher chargée comme un mulet, autant que ce soit pour quelque chose qui en vaut la peine.     

*****   

Des événements anodins (ou pas) qui se produisent à intervalle réguliers.  Un loup qui rôde à distance, pour tester le mécanisme.  Les barrières levées, la vitre de protection qui résiste à la pression, les roues à engrenages qui semblent d’une précision sans faille.  Inutile.  Effort risible.  Il sait trouver la brèche,  le fermoir à ressort, la serrure moulée sur sa griffe.  Le système qui déraille.  La voix qui chante, I’ll be your whatever-you-want.  Le plus sûr moyen de le voir disparaître à nouveau pour un temps.  Échappée belle.

We should have each other for tea [We should have each other with cream]

La sensation du temps qui se défile trop vite.  Mai qui déjà se termine et j’ai l’impression de ne pas avoir assez profité du parfum des lilas.  Pourtant je les vois bien partout, en fleurs, mais l’odeur que j’aime tant n’arrive plus jusqu’à moi.

Il ne faut pas laisser traîner de bouquin avec un crayon à mine coincé entre les pages quand on reçoit un ami.  C’est possible qu’il interprète cela comme une invitation à laisser une marginalia complètement indécente que l’on retrouve après son départ.  Je suis même tentée de croire que les mots inscrits sont souvent aussi efficaces que le vaudou.  Comme quand on parle du loup.

Nous sommes encore en mai, mais j’ai la tête en septembre.  Un septembre avec des lilas en fleurs.  J’ai la neige en été, l’orage au corps, la pluie sur la langue et le redoux dans sa main.  Mes quatre saisons qui s’emmêlent, Vivaldi en sourdine.  Je ne vois qu’une solution…  Mettre le feu au violon et crier, comme un chant, à l’oreille du loup.

We bite and scratch and scream all night…  Let’s go and throw all the songs we know…

One of them would be me [watching you run]

Je suis partie tard du boulot hier soir.  Le ciel était gris et le vent plutôt désagréable, mais au bout de 5 minutes, ça ne me dérangeait plus.  Il faut dire  aussi que le vent est tombé, quelque part en chemin. En traversant le so-called plateau, passage obligé entre le centre-ville et mon quartier, j’ai fait deux rencontres, coup sur coup en l’espace de deux coins de rues.  Comme s’il n’y avait que deux avenues.

Le premier, c’est un gars que je croise au moins une fois par semaine dans un café où je vais souvent sur l’heure du midi, en plein centre-ville.  Un jour, il m’a abordé en jurant qu’il était sûr de me connaître.  Moi, sa tête ne me disait rien du tout et pourtant j’ai habituellement une très bonne mémoire des visages.  Il a émis l’hypothèse qu’on se soit croisés à l’université.  Bon, on a fréquenté la même université, fait bac et maîtrise dans le même département, mais pas dans les mêmes années…  Finalement il a trouvé.  On a déjà eu le même employeur pendant 6 mois… il y a huit ans.  Et son visage m’est resté complètement anonyme.  Depuis ce jour là, j’ai continué de le croiser régulièrement, toujours au café.  Curieusement, même après qu’on se soit parlé, je me rend compte que j’arrive jamais à reconnaître son visage.  Ni beau, ni laid, mais sans caractéristiques particulières.  Alors je le reconnais à l’air qu’il me fait lorsqu’il me voit.  À sa timidité naturelle qui laisse pourtant filtrer un air content de me voir.  Hier, donc, on s’est retrouvés face à face sur un coin de rue.  Paraît qu’on habite à une dizaine de minutes.  On s’est dit que c’était quand même un drôle de hasard.  Il a l’air gentil, mais gentil comme dans : « c’est ben plate mais j’ai pas envie de lui arracher son linge ».

Une rue plus loin, j’ai revu un amant d’une nuit, au volant de sa voiture.  Il m’a regardé, mais sans me voir.  Alors j’ai fait pareil.  J’ai jamais compris ce  goût du mensonge, ce besoin méprisant qu’éprouvent certains amants pour l’enrobage romantique de pacotille, un plaqué d’or sur des histoires passagères.  C’est le vrai lieu du vulgaire.  Du toc qui ne s’assume pas.  Je n’ai pas besoin qu’on me joue la grande scène de l’amoureux transi devant sa muse si c’est pour mieux disparaitre au lendemain.  On se plait, on se fait plaisir, c’est tout.

Je n’ai jamais compris la game…  Je ne l’ai jamais joué « pour vrai » non plus.  J’ai jamais eu de véritables blessures d’amour, juste des blessures d’orgueil.  Honnêtement, je pense que ça serait souvent plus facile si je pouvais me dire au moins j’ai aimé.

Puis, le ciel, dans un élan de générosité après la journée grise, a laissé filtrer quelques rayons rosés, lors de la traversée du parc.  La scène semblait cinématographique.  Les couples d’amoureux, les jeunes enfants, les cris, les rires.  Passé le bâtiment, à ma droite, les joueurs de balle-molle bedonnants qui me reluquent pendant que je regarde courir, à ma gauche, les joueurs de soccer qui laissent voir leurs beaux mollets.  Oui, j’ai développé une passion du mollet parfait, un jour je vous expliquerai (quoique c’est peut-être pas si nécessaire).  Sur le sentier, près du dog park, je suis passée entre deux chiens qui aboyaient furieusement.  Une femme est intervenue pour ramener sa bête à l’ordre.  Elle m’a sourit quand je lui ai confirmé que je n’avais pas eu peur.  Depuis longtemps, je n’ai plus peur des chiens.  Son chien est venu me quêter une caresse puis, excité, il est reparti aussi vite.  Il a foncé en direction d’une poussette de bébé.  Au dernier moment, il a freiné, s’est retourné face à moi (je pourrais presque jurer qu’il m’a tapé un clin d’œil) et il a couvert de pisse une des roues du carosse.  Avant même que le papa ait pu réagir, il était reparti, laissant sa maîtresse confuse, et moi, éclatant de rire, le coeur léger, je suis restée un peu là, à regarder le chien fou courir.

I’m riding all over this island [Looking for something to open my eyes]

J’ai toujours été fascinée par les rêves.  Par les détours que l’inconscient prend pour nous envoyer des messages.  Et je commence à être drôlement bonne pour interpréter les miens.  En fait, on dirait que mon inconscient a adopté un pattern, ça me simplifie la tâche.  Ce n’est pas un rêve récurent, mais plutôt une métaphore sans cesse réinventée.  Ma vie se résume à un paquet de problèmes avec des moyens de transports.  Je les ai tous essayés ces dernières années.  De l’auto au camion lourd en passant par l’autobus, le taxi, la bicyclette et les running shoes, du train à l’avion jusqu’au bateau, sans oublier l’hélicoptère, la montgolfière et les ailes (oui oui, j’en ai, parfois).

Tout ça a commencé il y a quatre ans, avec le début de la procédure de divorce.  À l’époque, les rêves avaient tous un point en commun.  J’étais aux prises avec un conducteur fou, un train en retard, un bateau qui coule ou une voiture en panne.  Que des moyens de transports défaillants, dangereux ou détournés comme cet avion avec des billets pour l’europe qui se transformait en cour de route en salle et billets de cinéma, si c’est pas vendre du rêve, ça…  Puis, les mois ont passés.  Au même moment où je reprenais le contrôle sur ma vie, ça se traduisait aussi dans mes rêves.  J’ai appris à conduire, littéralement (malgré ce qu’on en dit).  Et la nuit, je quittais aussi enfin le rôle du passager (passif) pour reprendre le contrôle.  Je conduisais désormais non seulement ma voiture, mais les camions, les trains et les bateaux.  Ces rêves ont été très présents jusqu’au moment où le divorce a été finalisé, 3 ans plus tard (oui, j’en ai fait, des kilomètres), puis, ils sont presque disparus.

L’automne dernier, après un événement éprouvant, la métaphore est revenue dans un rêve qui m’a laissé une profonde impression.  J’étais au volant de ma voiture, mais la route était congestionnée par un chantier (un peu comme la 20 en ce moment, à la hauteur du pont de Beloeil).  Des travailleurs creusaient de chaque côté.  Puis soudainement la route est devenue très étroite, avec un virage en épingle, de chaque côté, plus personne, mais un précipice.  Le cœur battant, j’ai manœuvré la voiture tout doucement.  À la sortie du virage, la route devenait une grande ligne droite, avec cinq voies de large où j’étais seule à circuler.  Le soleil se couchait dans un ciel rose et orangé d’où tombait doucement la première neige.  C’était magique comme l’espoir.

Puis plus rien, jusqu’à hier soir.  J’ai rêvé que j’avais garé ma voiture et que je n’arrivais plus à la retrouver.  J’étais dans ma ville natale, mais tous les noms de rues avaient été changés pour ceux de Montréal.  Comment on fait alors pour retrouver Papineau?  Pas sûre que même sa tête aurait suffit.

*****

Bon, tout ça pour dire que je me sens un peu perdue, dernièrement.  Mais je ne suis pas trop inquiète.  Même s’il faut que je fasse toutes les rues de la ville une à une, je vous jure que je vais y arriver.  De toute façon, y’a rien comme la marche à pied.

I will always remember [to forget about you]

Goujat n. Homme dont les qualités, joliment disposées comme les fraises dans une boîte au marché — les plus belles par le dessus — ont subi l’ouverture par le mauvais côté.  L’inverse d’un gentleman.

Ambrose Bierce, Le Dictionnaire du diable.

Sliding Doors

Je suis allée à l’OSM hier soir.  Oui, y’avait encore du Brahms au programme.  Je pourrais vous raconter comment le violoniste avait une technique absolument impressionnante, comment la foule a réagit avec tellement d’intensité (du jamais vu pour ma part et c’était totalement mérité) à la fin du concert ou encore, comment Claude Gingras est le critique le plus détestable à lire.  Mais ce n’est pas de ça que j’ai envie de vous parler. 

Juste avant le concert, on m’avait fait remarquer que la mode faisait définitivement un retour aux années 80.  Prions pour que le retour des épaulettes et de la moustache soit évité.  Il faisait beau malgré le vent un peu frais et les gens défilaient sur l’esplanade, en attendant l’heure du concert.  Curieusement, il y avait beaucoup d’adolescents (probablement en sortie scolaire) qui s’étaient mis spécialement chic pour l’occasion.  Voir des garçons qui se sentent enfin un peu hommes pour la première fois en tenant par la main des filles qui étrennent des jolies robes qui les vieillissent un peu trop, ça me donne systématiquement un sourire un peu ému.  Je trouve ça beau, ce désir maladroit d’être adulte, alors que l’inverse, le désir adulte d’être adolescent est toujours un peu triste…  

Quand j’ai gagné mon siège, je n’ai pas pu faire autrement que de remarquer la jeune fille de moins de vingt ans qui avait sa place à côté de la mienne.  Elle avait le look typiquement Madonna, époque Like a virgin.  Une brunette teint en blond vénitien, bouclée, une fausse fleur dans les cheveux, portant une jupe turquoise à volants, des dentelles noires et un peu trop de rouge à lèvres.  Rouge.  On sentait l’effort de la recherche.  La volonté de paraître femme.  La tentative d’élégance.  Elle ne faisait pas partie d’un de ces groupes.  Sa nervosité était palpable.  C’était sans doute sa première grande sortie en solo.  À la fin du concert, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’elle avait pleuré.  J’aurais sans doute fait pareil si j’avais été seule.  On a toujours moins de retenue, lorsqu’on est seule dans la foule.  Avant de quitter la salle, elle est revenue un peu sur ses pas, ses pas mal assurés en talons hauts qu’elle n’est pas habituée de porter, et elle a jeté un dernier regard vers la scène qui se vidait de ses musiciens, comme pour immortaliser le moment.  Et elle est disparue.

*****Entracte*****

À la sortie, y’avait des piles de Elle Québec distribués gratuitement.  J’aime pas spécialement les revues féminines, je l’ai déjà dit.  Mais ce que j’aime bien dans celle là, c’est la section où un homme (connu) passe aux aveux en confiant 10 choses que les hommes ne disent (généralement) pas.  Je suis gâtée, dans mon exemplaire gratis, c’est Stéphane Dompierre qui confie non pas 10, mais 33 choses (…).  J’en ai une 34e pour lui.  Un homme ne prend habituellement pas un exemplaire du Elle Québec, même si c’est gratis, sous prétexte que c’est Kate Winslet sur le cover.

*****

J’ai voulu éviter la cohue qui se dirigeait vers le métro Place-des-arts.  Il était un peu tard et frisquet pour marcher jusque chez moi.  J’ai quand même décidé de marcher jusqu’au métro Sherbrooke, puisque de toute façon, ça revient à peu près au même que d’attendre à Berri pour le transfert de ligne.  J’en ai eu la preuve.  En poussant la porte pour entrer dans la station, au même moment, une jeune fille sortait.  De part et d’autre de la vitre, on a échangé un regard surpris et un sourire d’amusement.  C’était la jeune fille à la jupe turquoise.