Breathe [Keep breathing]

Il y a des chemins, comme des grandes autoroutes bétonnées, où la vue est dégagée, libre de tout ce qui pourrait provoquer un instant de contemplation, de retour sur soi.  Juste une propulsion régulière vers l’avant, aux yeux du commun (l’idée reçue du sens de la vie).  Avancer à  vitesse réglementée, cruise control, habitacle de sécurité, lunettes fumées et musique d’ambiance.  Assez confortable pour ne pas se soucier de la panne du système GPS.  Parcours de longue distance où il est possible de gagner le fil d’arrivée sans se connaître plus qu’au point de départ.

En dehors de la grande voie, c’est comme si tout avait été laissé à soi-même.  La nature qui reprend ses droits.  Pripiat.  Je découvre le sentier que l’on se fraye, herse à la main et sueur au front.  Une alternance de l’effort et de moments de pause.  La perte de cette (fausse?) impression de progression, continue, rassurante.  Une désorientation complète.  Ne plus voir ni devant ni derrière.  Mais enfin, seulement, se voir.   Sans détour. Dompter les peurs.  Ne plus penser les destinations destinées.  Ne plus craindre l’absence de routes tracées d’avance.  Oublier l’urgence d’arriver avant la tombée de la nuit.  Apprivoiser le temps.  Dormir avec les loups, mais sans se laisser griffer.  Ou alors juste un peu, sans raisons particulières.  Pour le plaisir.  Voir les étoiles.  Dériver.  Réapprendre, tout, depuis le début.  Explorer le même brin d’herbe, sans parvenir à épuiser toutes les possibilités.

Mais parfois, aussi, accepter ce sentiment d’un vent qui souffle si fort que je peine à respirer.  L’angoisse devant le son régulier de l’autoroute qui passe tout près sans jamais s’arrêter, qui m’empêche de dormir pour quelques heures (ou quelques jours).  Puis cette peur* qui s’efface (un peu) dans un mouvement de danse fragile devant la grande certitude qui monte et redescend, aussi forte et fiable que les marées.  Conviction intime qui survit à toutes les tentatives d’étranglement.  Qui fini toujours par retrouver son air, rattraper son souffle (et son âme?)…

La gratitude, malgré tout, devant l’expérience, encore plus riche que cruelle, de la solitude.

*image trouvée sur post secret

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Une réflexion au sujet de « Breathe [Keep breathing] »

  1. C’est une belle métaphore que tu poses ici,
    chère V.

    Comme d’hab…
    You move me.

    Chantorelle

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