You spin me right round [just a little bit closer]

C’est devenu une seconde nature.  Quand je marche sur la rue, j’ai beau porter mes lunettes de soleil, être branchée sur mon ipod le volume au max, je suis quand même à l’affut de tout ce qui bouge autour de moi.  Ou de ce qui ne bouge pas.  Je ne sais pas exactement ce que je cherche, mais je finis toujours par trouver.  Avec la sensation d’avoir découvert un trésor là où personne n’y voit rien.   Parfois qu’une simple coquille vide…  Pas la première, ni la dernière.

Des maux d’amour [et d’esprit]

« L’amant, par définition, est réduit au silence.  On lui répond, on l’agace, on l’égare, on le défie, on ne croit jamais ce qu’il dit sauf pour lui demander d’en dire plus, sa parole est de toute façon en défaut, l’esprit est délégué aux femmes pour donner des leçons aux hommes, quoi qu’il arrive.« 

— Philippe Sollers, Le Style et l’amour (tiré de Liberté du XVIIIe siècle)

I can see you [see me]

Je suis retombée sur cet extrait d’une superbe chronique de Foglia qui m’avait tellement fait rire parce qu’il est vraiment right on.  Enfin, peut-être sauf pour Albert, mon chat jaune dépendant affectif qui veut être caressé de tous, même (surtout) par ceux qui le méprisent.   Comme s’il se donnait un défi.  Aucune fierté ce chat (mais de qui est-ce qu’il peut bien tenir ça???).  Alors, voici l’extrait :

« Tant qu’à dire des folies, savez-vous pourquoi le chien est le meilleur ami de l’homme? C’est Tonton, un de mes sept chats, qui m’a demandé ça l’autre jour. Il n’est pas censé parler, je sais bien, mais bon, ça lui est arrivé juste cette fois-là; depuis la mort de Picotte, Tonton est mon chat préféré, j’aime bien le prendre dans mes bras, le papouiller, le coller sur ma joue. C’est dans cette position que l’autre jour il m’a dit à l’oreille: sais-tu pourquoi le chien est le meilleur ami de l’homme?

Non, Tonton, je sais pas.

Parce que les chats ne voulaient pas, calvaire! Lâche-moi!« 

De l’artiste [et des petits carnets noirs]

J’étais au centre-ville et j’avais une heure à tuer avant un rendez-vous.  C’était pluvieux et un peu frais alors je suis entrée dans un café et je me suis commandé le réconfort extrême, un chocolat chaud.  Non, quand même, je n’ai pas trop exagéré, pas de crème fouettée, mais oui, encore un peu de mousse de lait chaud sur le dessus.

L’endroit était un peu désert dans ce temps flou entre la fin des heures de bureau et l’arrivée de la nuit aux mille et une paillettes clinquantes.  J’ai pris une table près de la fenêtre et j’ai sorti mon petit carnet noir, celui qui contient les histoires bien réelles ou fantasmatiques que vous ne lirez pas ici.  Elles ne supporteraient pas le passage de la sensualité à la fois hésitante et affirmée de l’écriture griffonnée (griffée?) à ce clavier impersonnel.  Je refuse de les voir passer du papier finement texturé à la froideur des écrans.  Ces histoires doivent être lues à même ce cahier.  Elles nécessitent le contact de l’œil avec celui du geste d’écrire à la main, ou mieux, elles doivent être lues, puis récitées avec douceur de la bouche à l’oreille, de la langue au reste, dans une chaleur moite au contact des draps froissés et des parfums imprégnés.

Je laissais couler les phrases dans mon cahier depuis un certain temps déjà lorsqu’un homme est venu s’asseoir à la table d’en face.  J’ai tenté de rester concentrée, toute pénétrée par ma tâche, mais je me sentais observée.  Il a, lui aussi, sorti un carnet noir de son sac.  À chaque fois que je relevais les yeux, dans un effort pour trouver le mot, la sensation parfaite, je rencontrais les siens.  Il ne s’en excusait pas.  Il ne détournait jamais son regard plus de quelques secondes, le temps de noter quelques mots que j’imaginais liés à la teinte particulière du tissus de ma robe, à l’éclat de mes yeux, au mouvement de mes cheveux légèrement ondulés par l’humidité ambiante, à la brillance de mes lèvres pleines ou au positionnement particulier d’un grain de beauté.  Je lui ai souri.  Il a répondu.  Je me suis repenché sur mon texte, me redressant de temps à autre pour reprendre la pose.  Il est entré peu à peu dans mon histoire, au rythme de ses lents regards indiscrets, pendant qu’il faisait mon portrait, d’un trait sûr, dessinant aussi parfaitement et réalistement ce qu’il ne pouvait, en fait, qu’imaginer.

De la littérature amoureuse

C’est écrit partout en grosses lettres à chaque fois que l’on parle de ce livre« Chef d’œuvre de la littérature amoureuse« .  Je l’avais acheté il y a plusieurs mois, mais finalement, il a traîné sur mon bureau.  Not in the mood.  Puis il n’y a pas si longtemps, j’ai décidé d’entreprendre la brique.  Après plus de la moitié,  still not in the mood.  Les personnages secondaires sont absolument savoureux, mais jamais une histoire d’amour ne m’a laissée si froide.  Je n’y crois pas du tout.  Et pourtant, c’est vraiment bien écrit.    

Les personnages principaux m’énaaarvent au dernier degré.  Deux êtres profondément narcissiques.  Lui psychologiquement impénétrable, elle, je dirais :  probablement légèrement déficiente intellectuelle.  Deux corps magnifiques aux dents parfaites qui me semblent bien trop en amour avec eux-mêmes pour trouver une véritable ouverture sur l’autre.  Le baiser passionné (vraiment?), déposé, littéralement ou pas,  sur le miroir (décidément, j’ai de la suite dans les idées).  Il n’y a rien d’autre à ressentir que ce trop plein de soi, en elle, en lui.  Je baille (ou je vomis), c’est selon.

Il paraît que l’auteur affirmait envers et contre tous que son roman n’était pas un roman d’amour.  Lui et moi, on s’entend bien là-dessus.  Chef d’œuvre littéraire, c’est incontestable.  C’est plein d’humour et d’invention.  Mais moi, j’ai peut-être l’amour tragique. 

Ou l’envie de relire l’Éducation sentimentale.

De la galanterie [et des portes closes]

En partant du café, je marchais d’un bon pas pour regagner mon bureau.  Puis je l’ai vu, à quelques pas devant moi.  Ce n’était que de dos, mais déjà, je savais qu’il me plaisait.  Son pas n’était pas particulièrement pressé, mais ses longues enjambées ne me permettaient pas de le rejoindre.  Il balançait un peu la tête, comme pour suivre le rythme musical d’un air qu’il était le seul à entendre.  Je fixais ses fesses sa nuque, dans l’espoir qu’il se retourne, mais c’était peine perdue.  Je ne suis pas certaine s’il a ralenti son pas en entendant mes talons hauts claquer sur le terrazzo.  Mais sur le coup, j’étais trop convaincue qu’il ne m’avait simplement pas remarqué.

Au moment de passer d’un édifice à un autre (vive le Montréal souterrain), je me dirige naturellement vers la porte de droite alors qu’il garde sa trajectoire vers celle du centre.  Je passe par ces portes de 4 à 6 fois par jour.  Je ne prends JAMAIS celles du centre.  On pourrait croire que c’est de la superstition, mais en fait, c’est seulement qu’elles sont presque toujours brisées, elles s’ouvrent mal et sont beaucoup plus lourdes que celles de gauche ou de droite.  Tant qu’à me faire claquer la porte au nez, parce qu’en ces lieux achalandés, la galanterie est chose plutôt rare sinon inexistante, autant choisir la plus légère.  J’avais donc déjà bifurqué vers la droite, lorsqu’à ma surprise, il a ouvert la porte dans un geste très cérémonial, la maintenant grande ouverte et se plaçant de côté afin que je passe devant lui.  Tournant (enfin!) la tête pour mesurer son effet, le regard fier et le sourire en coin, il s’est aperçu que j’avais (hélas!) changé de trajectoire.  Quel malaise…  J’ai figé d’étonnement devant le geste, il s’est un peu vexé, j’ai voulu me rattraper, j’ai bredouillé quelque chose d’incompréhensible et puis rouges de honte, nos chemins se sont séparés.

Environ un an plus tard, hasard ou destin, nous avons fait connaissance.

La maladresse semble toujours inscrite dans nos gènes.  Les blessures antérieures portées en effigie.  Ne jamais se compromettre.  Confirmer les autorisations.  Attendre que mon regard se pose avec insistance sur sa bouche pour oser m’embrasser.  Les mêmes recettes apprises par cœur pour un succès bref, mais facile.  Les mises en gardes, les sabotages multiples.  Surtout, toujours rester en surface.  Se concentrer sur l’épiderme.  Il y avait pourtant quelque chose de touchant dans sa manière d’être.  Sa fausse assurance.  Mes silences, toujours aussi mal interprétés.  Nos soupirs.  Synchronicité ratée.  À mon tour, j’ai tenu la porte ouverte.  Il est resté sur le seuil.  Il a appliqué la formule (sésame, ouvre tes jambes), ignorant que je savais déjà la réponse, que je reconnaissais le manège.  Mais au fond, pourquoi faire simple (et vrai) quand le mensonge fonctionne? Go on, take everything, I want (I dare) you to.

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Dans tous les livres sur le langage corporel, il est dit que pour plaire instantanément, il suffit de se faire miroir.  Imiter la gestuelle et les expressions de l’autre.  C’est un passage qui me plait particulièrement, surtout lorsque les auteurs insistent (et ils le font tous) en disant de ne pas craindre le ridicule de la chose, puisque l’autre ne s’en apercevra pas.  L’autre, que vous croyez définitivement plus simplet que vous si vous recourrez à ce genre de truc, croira plutôt à une forme de symbiose (!).  Désolée, c’est complètement faux.