Starting over [is not what life’s all about]

On a tous des dates qui nous semblent marquantes.  Des grands événements significatifs, des croisées de chemins.  Parfois on les aperçoit loin devant, comme des phares à atteindre.  D’autre fois, on les voit uniquement dans le rétroviseur.

Et puis il y a des moments où tout est plus subtil, comme maintenant.  Pas de phare devant.  Pas de port derrière.  Plus de route sous mes pieds.  La sensation d’avoir donné le dernier coup de volant, le dernier coup de frein, en vain.  La dérive.  Je pense que pour la toute première fois, je viens de  comprendre le vrai sens de « lâcher prise ».

Chute libre.  Entre l’insoutenable sentiment de panique, à l’instant où le sol se dérobe sous nos pieds et le bruit sourd qui marque la fin, l’irréversible, il y a ce moment qui passe à la vitesse d’une étoile filante.  Une euphorie grisante à travers le détachement de tout.  Une liberté sans compromis.  Un temps d’absolu.  Et d’acceptation.

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Have we met before? [Tasmanian devil]

Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.  Je n’avais jamais été dans cet état.  Jamais.  Ou du moins, je n’avais jamais été dans cet état sans pouvoir fournir d’explications rationnelles.  Là, ce matin, tout est devenu clair (enfin).  Je ne connaissais pas ça.  J’avais aucune idée de l’impact réel de trois lettres.  J’étais même sur le point de penser que c’était une forme de légende urbaine, le seul et unique secret bien gardé par solidarité féminine.  Jusqu’à ce que je réalise qu’entre deux crises de larmes, je pourrais moi aussi renverser Gengis Khan.  Avec une main dans le dos.  On dit que c’est fort, les hormones… alors imaginez lorsqu’elles décident tout revirer à l’envers pour se pointer avec presque deux semaines d’avance.  Not good

L’air de rien je viens de faire le post que toutes les blogueuses finissent par faire et que je m’étais dont jurée de ne jamais faire.  Check.

Du spectre des couleurs

Quand je me suis installée dans mon appartement actuel, je ne voulais rien qui puisse me rappeler la vie, les lieux d’avant.  Un peu comme lorsqu’on choisit un nouvel amant antithèse de celui qui précède, avec le désir (inavoué) de mieux pouvoir anéantir son souvenir.

Depuis des mois je regarde cet appartement qui devrait être mon reflet et je ne m’y retrouve pas.  J’avais tellement envie d’un lieu différent de ceux qui ont précédés que j’en ai fait un lieu qui n’est plus moi, qui ne me ressemble pas…  ou si peu.  Les couleurs vives que j’avais l’habitude d’étaler partout sont devenues sobres.  Je peux encore vivre avec le jaune un peu éteint de la cuisine, pour le peu de temps que je passe là.  J’ai réveillé le vert un peu terne du salon lorsque j’ai changé les housses de divan crème pour un rouge éclatant, là, ça va.  Mais quand je regarde la grande pièce double qui me sert de chambre et de bureau (donc là où je passe le plus clair de mon temps), la seule chose que je peux me dire c’est qu’elle me fait penser à certains réveils, lorsqu’on tourne la tête vers l’autre oreiller.  Merde, veux-tu bien me dire à quoi j’ai pensé?

Des murs neutres.  Désert de je-ne-sais-plus-quoi.  Oui, désert.  Fallait quand même avoir de la suite dans les idées.  J’ai mis une couverture fleurie par-dessus le malaise.  Et trop de coussins pour meubler le vide.  Et une fois que le mal est fait?  Les compromis.  Repeindre les meubles plutôt que les murs.  Utiliser la fonction réversible de la couverture.  Ranger les coussins dans l’armoire.  Voir si tout ça peut fonctionner pour un temps.  J’ai trop la flemme pour repeindre ma chambre… à la place, je suis allée repeindre celle de ma filleule.

— Aparté —

Investir les efforts ailleurs.  Là où il n’est pas trop tard.  Là où ça vaut vraiment la peine.  S’étourdir, sortir de soi ou encore reprendre ses sens, revenir à soi?  Je ne sais plus.  Peut-être, seulement, ne plus y penser.  Chercher, mais ne pas savoir comment faire pour revenir au temps où le miroir rendait une image fidèle de soi.  Échouer.  C’est toujours l’infime partie que l’on refuse de montrer (de reconnaître?) qui est vue en premier.  Le reste, on aura beau le crier, il n’y a que des murs pour entendre.  Si tout pouvait être aussi simple que des murs à repeindre.  Il n’y a pas de soustraction possible.  La vie, ça tache.  Une fois qu’on a échappé du rouge dans le bleu, ça donne du mauve.  Ecchymoses.  Deal with it.

He’s just perfect [for another girl]

Ou les joies du online.
strike 1
Il est amateur de sport extrême.
Je confie que le seul sport extrême que je pratique, c’est la marche.
Il hésite, il affirme qu’il n’est pas si sportif que ça.
Je regarde ses 10 photos de profil facebook : 1 en alpiniste, 3 en marathonien, 2 en ski, 2 en plongée, 1 en parachute et 1 au volley-ball de plage.
Son idée d’une first date (ou le naturel qui revient au galop) : m’emmener faire du vélo sur le mont Royal.
Ah, j’ai pas de vélo?  Pas grave on peut toujours aller faire du roller? 
Non???
a) Il sait pas lire
b) Il s’est trompé de fille
c) Il s’est jamais fait dire non
d) Toutes ces réponses

strike 2
Il est plutôt intello.
Il parle beaucoup.
Ça facilite la conversation.
À moins que… ça ressemble pas plutôt à un monologue?
Il adooooore le jazz.
J’avoue candidement que c’est bien le seul type de musique que je ne supporte absolument pas.
Son idée d’une first date : m’emmener prendre un verre… dans une boîte de jazz!!!
Ok, est-ce qu’il écoute quand je parle?
a)  Si lui aime ça, tout le monde intelligent doit aimer ça
b)  Il sait ce qui est bon pour moi
c)  Il n’écoute pas, il attend pour parler
d)  Quand il jouit, il crie son propre nom

strike 3 *fausse balle?*
On a trop de points en commun.
On dirait vraiment du sur mesure (jackpot!)
***Il me répète souvent qu’il est un homme très galant et que c’est une qualité importante à ses yeux***
Un soir, sans que je l’aie demandé (pffff, j’oserais jamais!), il me donne son numéro de cell.
Fair trade, je lui donne le mien.
Il offre de m’appeler dès le lendemain pour qu’on aille prendre un verre.
Je suis d’accord.
Quelques heures plus tard, il me recontacte pour répéter qu’il a très hâte de me rencontrer et qu’il va appeler le lendemain.  (ok he’s drunk now!)
Et le lendemain…
… (tadam!) il n’appelle pas!
a)  Il est hang over sur la corde à linge
b)  Son ex l’a rappelé
c)  Sa mère est morte
d)  Il pense que si je suis intéressée, je vais appeler.  (Parce que c’est sûr qu’appeler un gars en lui disant « heille, tu devais pas m’appeler???« , ça part tellement bien…)

Sabotage?  Niaisage?
Ou manières complètement machiavélique de tester mon intérêt?
I’m clueless (and offline!)

Just because you feel it doesn’t mean it’s there

L’invite sexuelle directe […] l’obscénité trop brutale pour être vraie, trop impolie pour être malhonnête, — l’obscénité comme défi, et donc de nouveau comme séduction.  C’est qu’au fond la pure demande sexuelle, l’énoncé pur du sexe sont impossibles.  On ne se libère pas de la séduction. […] Leurre de croire en la réalité du sexe et en la possibilité de le dire sans autre forme de procès, leurre de tout discours qui croit à la transparence.

« I’ll be your mirror ».  « Je serai votre miroir » ne signifie pas « Je serai votre reflet » mais « Je serai votre leurre ».  Séduire, c’est mourir comme réalité et se produire comme leurre.

Est-ce de séduire, ou d’être séduit, qui est séduisant?  Mais être séduit est bien encore la meilleure façon de séduire.

Le secret de la séduction est dans cette évocation et révocation de l’autre, par des gestes dont la lenteur, dont le suspense est poétique comme l’est le film d’une chute ou d’une explosion au ralenti, parce que quelque chose alors, avant de s’accomplir, a le temps de vous manquer, ce qui constitue, s’il en est une, la perfection du « désir ».

Jean Baudrillard, De la séduction. Extraits.

De la baignade [et de l’humour en 1870]

Comment les bains de mer peuvent servir à guérir l’hypocondrie en produisant des accès de bonne humeur : En nageant entre deux eaux, saisir les jambes d’un monsieur qui vous est désagréable, lui faire faire une petite promenade sous-marine jusqu’au fond des Bêches, et le déposer sans connaissance sur l’escalier, en admirant la finesse et l’éclat des tons violets que la nature prodigue aux noyés.  Quand on voit un monsieur d’un tempérament sanguin s’essouffler à remonter le courant, lui tendre précipitamment la perche d’une manière assez heureuse pour le faire couler à fond.

Telles sont les bonnes plaisanteries que nous recommandons aux hypocondriaques et qui sont bien faites pour éclairer d’un pâle sourire leurs visages méli-mélo mélancoliques.  Joignons-y ce principe dont il ne faut pas s’écarter sous peine de… morgue certaine :  Il est imprudent aux baigneurs qui ignorent les premiers éléments de la natation, de se précipiter dans un endroit ayant plus de quarante pieds d’eau, et surtout de s’attacher des poids de vingt livres aux pieds sous prétexte puéril qu’à se baigner sans péril, on nage sans gloire.

Texte signé A. De Lavalette, dans L’Opinion publique (journal publié le 18 août 1870)

De la nature des désirs [et des bien-pensants]

Y’a ceux qui pensent que ça contrevient à l’ordre naturel des choses. 

Y’a celle qui pense que l’ordre naturel des choses est en conflit d’intérêt.

Y’a ceux qui pensent que je ne devrais tellement pas parler de ces choses là, franchement, de quoi j’ai l’air.

Y’a celle qui pense que beaucoup plus de femmes oseraient non seulement en parler, mais assumer leurs désirs, si elles n’étaient pas si préoccupées par ce que le reste du monde va penser.

Y’a ceux qui voient ça comme un défi.  Ils en profitent pour mettre leur ligne à l’eau.  Vantent les mérites de l’expérience.  Tite-fille-tu-sais-pas-ce-que-tu-manques.

Y’a celle qui dit whatever.

Y’a ceux qui se rappellent uniquement d’une dizaine de textes sur plus de six cent cinquante.  1.5% sonne désormais comme une fixation et ils sont convaincus que je viens de faire fuir l’homme de mes rêves, parce qu’on sait bien que l’homme de nos rêves est toujours un grand insécure effarouché devant la femme qui désire.  La femme ne désire pas, son rôle se limite à être désirée.

Mais y’a celle qui pense encore que dans un monde idéal, son homme aurait entre 28 et 36 ans.  Tant qu’à faire, elle pense aussi qu’il serait amoureux d’elle, beau, grand, sans enfants, cultivé, drôle, non-fumeur et il aurait un cheval noir (parce que le blanc, c’est salissant).  Elle exagère, c’est sûr.