De l’immunité

Est-ce qu’il y a quelque chose de plus insultant que de se faire couper par la droite par quelqu’un qui roule à une vitesse excessive?  Surtout quand la voie de gauche est complètement dégagée… 

D’accord, on pourrait penser que je ne sais pas bien conduire…  Mais le hic c’est que moi, j’étais à pied.  Pas l’autre.  Son moteur était tellement silencieux, je ne l’ai pas entendu arriver.  Elle m’a donc coupé par la droite (alors qu’elle avait tout l’espace rêvé à gauche), à une vitesse complètement hallucinante, dans un espace beaucoup trop restreint pour elle, m’écrasant bien comme il faut, au passage, le pied. 

Une autre femme témoin de la scène a rattrapé la conductrice fautive.  En me pointant du doigt elle a dit : « Je pense que tu viens de lui passer sur le pied! »  Elles m’ont regardé (souffrir) un bref instant, puis, elles ont éclaté de rire et sont parties ensemble!

Qu’est-ce qu’on peut faire dans ce temps là?  Engueuler une femme obèse et handicapée qui se déplace en chaise roulante électrique c’est comme pas super gratifiant, même quand on sait qu’on a les meilleures raisons du monde.  On va juste se dire qu’elle a payé son karma d’avance.

En attendant…   J’ai mal au pied…

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De la volonté

« Volonté » est un mauvais mot, parce qu’en fin de compte vous pourriez appeler cela « désespoir ».  Car en vérité, cela vient du sentiment absolu qu’il est impossible de faire de pareilles choses, de sorte que je pourrais tout aussi bien faire n’importe quoi.  Et de ce n’importe quoi on verrait ce qui sort.

— Francis Bacon, L’art de l’impossible

De la honte [et des choses insignifiantes]

« Ils étaient l’un près de l’autre, debout, dans l’embrasure de la croisée.  La nuit, devant eux, s’étendait comme un immense voile sombre, piqué d’argent.  C’était la première fois qu’ils ne parlaient pas de choses insignifiantes.  Il vint même à savoir ses antipathies et ses goûts : certains parfums lui faisaient mal, les livres d’histoire l’intéressaient, elle croyait aux songes. […]  Elle souriait quelquefois, arrêtant sur lui ses yeux, une minute.  Alors, il sentait ses regards pénétrer son âme, comme ces grands rayons de soleil qui descendent jusqu’au fond de l’eau. »

« Il étendit la main gauche de son côté et la laissa toute grande ouverte, — s’imaginant qu’elle allait faire comme lui, peut-être, et qu’il rencontrerait la sienne.  Puis il eut honte, et la retira. »         

—  Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale

*****

Ils marchaient ensemble dans la ville.  La nuit était sans étoiles et le vent s’infiltrait sous la peau.  Ils parlaient de choses insignifiantes, s’échangeaient des questions comme autant de vaines tentatives pour apprendre à se connaître.  De temps à autre, lorsque leurs regards se croisaient, un éclat particulier jaillissait avant de s’éclipser, discrètement détourné, à l’ombre des sourires naissants.

Il a frotté ses mains l’une contre l’autre, pour les réchauffer.  Elle l’a imité.  Elle eut cette impulsion de poser ses mains transies contre les siennes et de les serrer, si fort.  Mais ne sachant si ce contact allait le glacer davantage (ou peut-être le brûler?), elle n’a pas osé.  Elle eut honte, et  détourna son regard.   Comme à regret, ils ont tous deux lentement remis leurs mains dans leurs poches, puis, doucement (inévitablement) repris la marche, sans but. 

Quelques changements…

Pas grand chose en fait.  Exit le rouge.  Exit le blog secondaire (les billets ont été rapatriés ici).  J’ai ajouté un système de vote qui donne la possibilité de montrer une appréciation d’un seul clic (deux en fait, puisqu’il faut d’abord aller dans la section des commentaires) pour ceux qui n’aiment pas trop commenter…  Mais je ne suis pas sûre de le garder.  Vous en pensez quoi? 

***J’ai vu que mon blog est absolument horrible sur un mac, les polices ne sont pas celles que j’ai choisi… et je ne sais pas quoi faire pour rectifier ça, désolée (non, tout mettre en helvetica ou en arial n’est pas une option)***

Je suis en train de transformer certains aspects importants de ma vie.  J’ai des nouvelles amitiés qui me font vraiment du bien.  Je sors plus.  Je travaille plus.  Je passe plus de temps avec ma famille.  Je vais nager de 2 à 3 fois par semaine depuis la fin de l’été… 

Alors j’écris moins.  Je sais.  Ce n’est pas l’envie qui manque, ça me démange.  Mais parfois, j’ai juste l’impression que ça serait réécrire plus ou moins les mêmes histoires.  D’autres fois ce qui m’arrive a tellement l’air arrangé avec le gars des vues que j’en suis blasée.  J’ai souvent l’impression que les histoires que j’aime le moins raconter sont celles que vous préférez lire.  Je ne sais pas trop quoi en penser. 

Mais les mots vont bien finir par retrouver leur chemin.   

 

De l’insaisissable

Samedi matin, j’ai traversé ce petit parc dans un quartier de la ville que je découvrais pour la première fois.  Le ciel était éclatant de lumière et l’air frais me traversait encore une fois de cette idée de toi qui n’existe pas, même quand tu murmures les mots les plus fous à mon oreille.  J’ai pris des dizaines de photos de la sculpturale fontaine de 1893 entourée d’arbres centenaires.  Aucune de ces images n’arrivait à transmettre la beauté des lieux, le bleu du ciel ou de tes yeux.  J’ai pointé la caméra sur l’eau stagnante, dans un geste d’impatience.  Un  abandon.

J’ai quitté les lieux sans me retourner, avec l’impression d’être passée si proche.  Un effleurement.  Toucher le ciel, capturer l’instant.  L’éclat entrevu une fraction de fraction de seconde au fond d’un regard.  Une étoile microscopique contenant l’univers, déposée sur un papier aux sels d’argent et j’aurais pu y vivre.  Pour un temps.  La mémoire numérique s’efface trop rapidement.  Les formes n’arrivent plus à s’ancrer dans mes paysages.  Et l’encre, numérique elle aussi, se fait de plus en plus rare.

Et je regarde cette photo ce matin, qui me donne à penser que le ciel ne se voit vraiment qu’au détour de l’eau, de la même façon que ton ombre, amour, sera toujours plus présente que toi-même dans ma vie.