De l’impression de « déjà-vu » [notes de lecture]

«Certains êtres ont fait de la séduction un mode de vie.  Incapables de résister aux occasions, ils consacrent la primauté de l’état naissant; ce sont des collectionneurs de commencements. […]  Ils préfèrent les situations aux êtres, la chasse à la prise, la sensation à l’émotion. […]  La durée, l’échange ne les intéressent pas, ils trouvent leur joie dans le contact furtif, le tourbillon des rencontres.»

«Le net est un formidable accélérateur, toutes les lubies, même les plus risibles, y élisent domicile.  Beaucoup y préfèrent la chasse à la prise : ils sont saisis de vertige face au nombre des aventures possibles et vagabondent en sultans dans ce harem virtuel sans incarner ou rarement leurs appétits

«D’autres savourent la tentation pour y résister et se révèlent des goûteurs d’abîmes : ils marivaudent avec des inconnus pour se dérober ensuite. […]  Ils aiment éprouver leur pouvoir de séduction et leur force de caractère. […] Un tel exercice n’est pas d’un cœur stable mais d’un cœur fanfaron qui veut s’enivrer de sa force sans l’exercer.»

— Pascal Bruckner, Le paradoxe amoureux.

About a girl

Au début de l’automne, je suis entrée dans une zone de turbulences.   J’me suis un peu étourdie, j’ai couru, j’me suis essoufflée et finalement, un peu perdue aussi.  On m’a tendu des nouvelles perches.  J’en ai échappé quelques unes.  J’ai tiré la courte paille.  J’ai eu les coups de cœurs, les coups de chaleur, les coups de fouet et surtout, les coups de vent.  Des personnes importantes ont quitté ma vie.  Mais plusieurs autres affinités sont nées.

Quelque part vers la fin de l’ouragan, j’ai reçu un courriel d’une lectrice, drôle et allumée.  Plusieurs points en commun, histoire semblable, contexte différent.  En gros ça disait :   Tu sais quoi?  J’pense qu’on pourrait être amies! Après deux ans et demi de blog, de rencontres passionnées passionnantes, plein de découvertes sur les autres, mais surtout sur moi-même, je perdais un peu mes repères habituels.  C’était la première fois qu’une femme voulait me rencontrer.  Elle a fait ça dans les règles de l’art.  On a échangé quelques courriels, puis, elle m’a envoyé sa photo.  Bon, j’étais pas encore sûre si elle me cruisait ou pas, mais au moins, elle était fucking cute! Aller prendre un verre?  pourquoi pas!  Best blind date ever.  Même ma tête de lendemain de veille me faisait bien!  Ses histoires sont encore plus folles que les miennes, ça me change.  Je la regarde aller et j’apprends.  Elle dit les choses que je pense.  Même avec mille attaches plus lourdes que les miennes, elle a une facilité et un mouvement, une énergie que j’envie.

Samedi soir dernier, elle m’a tiré d’un demi-sommeil.  On va danser! t’es game? Et on a dansé, en se foutant du reste.  Ça nous donnait une odeur de miel (et y’avait pas que des mouches qui tournaient autour), mais on avait pas la tête à ça.  Ou si peu.  Merci, vraiment (du fond du coeur!), mais non merci.  Juste danser.  C’est tout.  Et c’est peut-être ça la vraie liberté.  L’amitié.

Du plaisir

Vu ici, ici et ici

Un plaisir des yeux?
Un petit détail qu’on est seul à remarquer

Un plaisir que l’on partage?
Une bouteille de vin

Un plaisir d’enfance?
Aller voir les bébés chats dans la grange, chez mononcle Jean-Paul

Un plaisir odorant?
Se glisser entre des draps qui ont passés la journée sur la corde à linge

Un plaisir égoïste?
Un moment de solitude

Un plaisir de l’oreille?
La chaconne de Bach

Un plaisir charnel?
Se faire mordiller le cou

Un plaisir inconnu?
Partir plusieurs mois pour l’Europe

Un plaisir du goût?
La crème brûlée

Un plaisir anachronique?
Danser comme une folle sur une musique de mon adolescence

Un plaisir qui ne coûte rien?
Un sourire, un calin

Un plaisir honteux ?
Les films de filles qui font croire au prince charmant

Un plaisir hors de prix ?
La petite robe à 275$ qui serait vraiment parfaite pour le party de Noël au bureau

Un plaisir défendu?
La petite robe à 275$ qui serait vraiment parfaite pour le party de Noël au bureau…

Un plaisir surestimé?
La carte Master Card

Un plaisir à venir?
Les vacances des fêtes

De l’adolescence perpétuelle [et de Facebook]

Depuis plusieurs mois j’entends à gauche et à droite un paquet d’histoires de gens qui retrouvent leurs amours d’adolescence via facebook et qui reprennent ça plus ou moins où ils s’étaient laissés, comme si la vie ne les avait pas changés en cours de route.  Comme si le premier était toujours le plus vrai, le plus beau, l’éternel, le modèle pour tous les autres. 

Oui, y’a une partie de moi qui trouve ça beau et romantique (ok, on ne parle pas du moyen, mais de la fin).  C’est comme engager quelqu’un qui a des références.  C’est rassurant.  Mais le problème, c’est que ça fait souvent oublier qu’il y a peut-être quelqu’un de plus compétant pour la job, avec un CV à jour…  

Et ça n’a rien, mais rien à voir avec le fait que je viens de découvrir que mon first love de cour d’école montre ses fesses dans un profil ouvert à tous sur facebook.  (Vive les photos de party!)