De la coïncidence

Quelqu’un me parlait des problèmes actuels en ce qui concerne le plagiat dans les universités et des moyens avec lesquels on tente de contrer le phénomène.  Les travaux sont numérisés et un logiciel fouille le net ainsi qu’une banque de données d’articles afin de comparer et de faire des recoupements.  Ça n’a effectivement plus rien à voir avec l’époque où je remettais mes travaux.

Mais de toute façon, jamais je n’ai compris cette mentalité qui met plus d’efforts à vouloir déjouer le système qu’à vouloir triompher dans les règles.  Ok, c’était moi la fatigante qui a toujours aimé l’école, aimé apprendre, aimé faire des dissertations et qui considérait qu’elle avait un échec si elle n’avait pas un A.  Est-ce que ça m’est déjà arrivé de plagier?  Jamais ça ne m’aurait traversé l’esprit.  Mais est-ce que j’ai déjà vécu une expérience de plagiat?  

Et c’est là qu’un souvenir de mes années de cégep m’est revenu.  Ces deux années où j’ai étudié les arts visuels sont comme une bulle d’expérimentations dans le reste de mon parcours académique.  C’est un des points tournants où ma vie aurait pu basculer dans un tout autre sens.  Deux années à vivre dans un groupe soudé comme une famille.  Nous étions 30 la première session et je crois que nous étions 19 ou 20 au fil d’arrivée.  Sur les 3 garçons du groupe, il n’en restait qu’un après les deux premiers mois.  David.  Il était si beau, toutes les filles étaient folles de lui.  Sauf que moi, j’avais un chum…  Mais je ne me souviens pas d’avoir lutté plus fort qu’à ce moment là contre l’attirance.  Qu’est-ce qu’on est bête à cet âge là…  La violence qu’on se fait pour demeurer fidèle à ce qu’on aime, ne vaut guère mieux qu’une infidélité (La Rochefoucault)

Mais je m’égare.  Le plagiat.  Dans le groupe, je m’étais davantage liée avec une fille sympa.  On avait aussi plusieurs cours réguliers ensemble, français, éduc, philo et un cours complémentaire en cinéma.  Le prof de cinéma était un peu étrange.  Il ressemblait à Albert Einstein, il était français et on se tenait toujours à une distance respectueuse de lui, question de ne pas se bruler les narines.  D’après lui, le meilleur film de tous les temps était Birth of a Nation.  Encore aujourd’hui, je comprends l’intérêt de ce film d’un point de vue historique, mais…  disons qu’il est plus efficace qu’un somnifère et que je ne lui trouve pas les qualités esthétiques du Cuirassé Potemkine ou de la Jeanne D’Arc de Dreyer.  Anyway.  On a eu une dissertation à faire sur Birth of a Nation.  J’étais relativement fière de mon travail dans les circonstances.  La veille de la remise, mon amie, complètement catastrophée n’avait pas encore écrit une ligne.  J’ai eu pitié et je lui ai fait lire mon essai.  Elle s’en est inspiré pour rédiger le sien.  J’aimerais bien revoir la tête que j’ai faite lorsque le prof a remis les cahiers et que j’ai vu qu’elle avait obtenue une note supérieure à la mienne.  Je pense que c’était définitivement la meilleure punition pour de me passer l’envie de recommencer… 

Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas pensé à ces années là.  La proximité du groupe, l’intensité.  L’amitié dans ce passage un peu confus entre l’adolescence et l’âge adulte.  Les cours, les profs, ma sculpture qui orne peut-être encore la cage d’escalier de l’aile A.  La bourse d’excellence que j’avais obtenue.  Les joints dans le café étudiant.  La fois où le beau David m’a embrassé la main dans un party sous le regard furieux de mon chum.  Dimanche soir, je me suis couchée en repensant à tout ça.  À tous ces gens que j’ai perdus de vue à l’université, en réintégrant un parcours plus académique. 

Lundi matin, je me suis réveillée une heure avant le cadran.  Je me suis fait du thé vert et j’ai ouvert l’ordi pour regarder mes courriels.  J’avais un message de cette fille avec qui je n’avais pas été en contact depuis près de quatorze ans.

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4 réflexions au sujet de « De la coïncidence »

  1. Superbe! Fais un vœu, sautes à pieds joints sur une distance de cinquante mètres et le beau David t’enverra un courriel ;-)

  2. J’adore ta nouvelle citation ! J’adore Woody Allen ! Heureusement qu’il a totalement tord et que je pense tout le contraire, mais mau… que c’est génial les gens totalement tordus !

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