You’ll think I’m dead [but I sail away]

Des vraies vacances pour la première fois en cinq ans… Je reviendrai toute bronzée, avec du rhum cubain et un déhanchement de salsa de la mort. Sans doute trop de photos, mais plein d’histoires à raconter. En attendant, soyez sage… mais pas trop!

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And I never wanted anything from you [except everything you had… and what was left after that too]

Je marchais seule sur la Main, à l’heure des prédateurs, c’est-à-dire entre onze et minuit.  C’est un fait que je ne savais pas avant il y a peu de temps.  Il paraît que c’est prouvé, statistiques à l’appui.  C’est  plus risqué pour une fille de marcher seule entre onze et minuit qu’à n’importe quelle autre heure de la nuit.  Je n’ai toujours pas de grand danois oups! de grand danois mais je me prive de moins en moins des ballades nocturnes dont j’avais pris l’habitude il y a quelques années, avant mon retour à Montréal.  Pendant les deux dernières semaines, il y a eu des nuits où on se serait cru en mai, même les étoiles se laissaient voir dans le ciel jamais complètement sombre de la ville.  D’accord, vous êtes probablement pas du même avis, mais ça aurait été fou de ne pas en profiter.

Je marchais, donc, seule sur la Main, quand j’ai remarqué leur jeu.  Elle, environ vingt ans et lui, pas tellement plus.  Look artsy, un peu paumés, visiblement nouvellement amoureux, main dans la main, ils courraient d’une vitrine à l’autre devant les boutiques de meubles et d’accessoires design les plus raffinés, choisissant avec le plus grand soin chaque pièce qui viendrait s’insérer dans le loft hypothétique de leurs rêves sur lequel ils n’auront probablement jamais les moyens de se prendre une hypothèque.  Je me suis demandé s’ils avaient conscience que même avec tout l’argent du monde, jamais ils n’arriveraient à égaler la perfection de ce moment précis, cette course folle parsemée d’éclats de rires, de conversations passionnées entre les baisers volés.

— Aparté —

J’ai souvent l’impression d’avoir vécu à l’envers.  D’avoir bâti une réalité avant même d’avoir appris le rêve.  Pas étonnant que tout ait volé en éclat.  Et ça explique peut-être tout le temps que je passe maintenant à rêver.  Comme si le rêve suffisait, comme s’il devenait refuge ou finalité.  Je suis à la frontière entre le vouloir tout et rien du tout.

Le diable est dans les détails

Je n’ai pas d’image nette de toi.  Lorsque je ferme les yeux, je n’arrive pas à me rappeler les traits de ton visage.  Trop d’informations, trop de données cruciales à saisir d’un coup pour pouvoir ensuite les assembler d’une façon cohérente.  Même juste à côté, tu es tellement intolérablement loin que tu en deviens trop proche.  Flou artistique.  Mes perceptions se décomposent en de minuscules fragments qui viennent se glisser directement sous la peau.  D’une fois à l’autre, comme une idiote, j’oublie la couleur de tes yeux.  Je remarque d’abord le cercle noir, plutôt élargi, de ta pupille qui fait graduellement place non pas au brun pétillant que j’ai imaginé, mais à un bleu très sombre et profond qui me surprend, mais que j’oublie aussitôt pour mieux revivre la surprise au prochain regard.  Pour garder vivante cette sensation troublante de trouver quelque chose chaque fois que j’y plonge.

Du chien qui est mort [part 2]

TOUJOURS demander à la blague au gars cute, sympa et amusant qui jure qu’il n’est pas psychopathe et qui veut que t’ailles prendre un premier verre directement chez lui sans l’avoir rencontré auparavant dans un lieu public, s’il n’a pas, par le plus grand des hasards, déjà fait du temps.

Ça se pourrait qu’il se transforme soudainement en Mr. Hyde et qu’il passe en mode défensive borderline agressive et qu’il réponde que OUI, mais que ça fait longtemps, qu’il était pas tout à fait à sa place là dedans, qu’il n’a pas de temps à perdre avec une fille qui va le juger avec ça, parce que (et je cite) seul Dieu a le droit de le juger et que c’était une question vraiment pas rapport…

Note à moi-même : online dating, y’en aura pas de facile…

You can count on me [to split]

J’écoutais le bruit de la pluie qui frappe dans ma fenêtre.  La pluie et Schubert (merci Jonathan!) pendant que je lisais en diagonale les dernières pages d’un triangle amoureux qui m’ennuyait un peu, tout en me faisant vraiment apprécier le vide du moment présent.

Et c’est dans cet instant de léthargie d’un dimanche de pluie que t’es réapparu.  C’était hors de ta volonté, bien sûr.  Un courriel automatique de facebook qui me rappelle qu’il y a plus d’un an, toi, 2  blogueurs/lecteurs et 17 magrébins m’avaient fait parvenir une invitation facebook sur le mauvais compte courriel.

Je me suis dit que tu étais sans doute à des années lumières de tout ça maintenant.  Moi aussi.  Mais ça m’a rappelé que c’est toi qui m’as fait comprendre qu’une fois que c’est terminé, c’est exactement comme si ça n’avait jamais existé.  Parce que le jeu des possibles est infini et que tous les mots qui t’ont conduit entre mes draps peuvent aussi se porter à l’envers.

Je ne crois plus ceux qui embrassent trop.  Trop bien.  Ceux qui ne prennent pas le temps d’attacher leurs souliers avant de partir.  Ceux qui ne disent pas à mardi ou à jeudi, mais ceux qui, comme toi, disent à bientôt.

Self-portrait as a dead bird [most of us need the eggs]

Il y a environ un an, à pareille date, j’avais remarqué la mère pigeonne qui faisait son nid, bien perchée sur la lumière à l’entrée du tunnel qui sépare mon fabuleux quartier du très joli parc Laurier.  Puis elle s’y est installée pour couver ses œufs.  Je jetais un coup d’œil vers elle soir et matin au passage, honnêtement plus dans la crainte de recevoir la fiente que dans l’attendrissement maternel.

Par un matin ensoleillé de la mi-avril, j’ai vu le nid déserté pour la première fois depuis plusieurs semaines.  Gisant au sol, l’oisillon à peine sorti de sa coquille, tombé du nid.  Je ne sais pas pourquoi j’ai tout de suite pensé qu’elle n’avait pas su quoi en faire.  Qu’elle l’avait poussé en bas du nid et qu’elle était partie.

Le nid est resté à l’abandon tout l’été.  Puis la nature étant plus forte, la pigeonne est revenue fin août.  Je l’ai observé à nouveau d’un bref coup d’œil lors de chaque passage.  Fin septembre, par un matin où le vent surprend et pique un peu, j’ai revu une petite masse duveteuse d’un jaune éclatant comme endormie au sol.  À ma grande surprise, la nature n’avait pas appris.  Le nid était déserté à nouveau.  Puis, j’ai changé de trajet.  Les mois ont passé et j’ai oublié.

Hier, en fin de soirée, je suis repassée par le tunnel d’un pas lent, trainant, synchronisé.  J’ai jeté un œil curieux vers le nid.  La pigeonne couve un œuf.  Je me demande si celui là aura le temps de vivre un peu.