And I never wanted anything from you [except everything you had… and what was left after that too]

Je marchais seule sur la Main, à l’heure des prédateurs, c’est-à-dire entre onze et minuit.  C’est un fait que je ne savais pas avant il y a peu de temps.  Il paraît que c’est prouvé, statistiques à l’appui.  C’est  plus risqué pour une fille de marcher seule entre onze et minuit qu’à n’importe quelle autre heure de la nuit.  Je n’ai toujours pas de grand danois oups! de grand danois mais je me prive de moins en moins des ballades nocturnes dont j’avais pris l’habitude il y a quelques années, avant mon retour à Montréal.  Pendant les deux dernières semaines, il y a eu des nuits où on se serait cru en mai, même les étoiles se laissaient voir dans le ciel jamais complètement sombre de la ville.  D’accord, vous êtes probablement pas du même avis, mais ça aurait été fou de ne pas en profiter.

Je marchais, donc, seule sur la Main, quand j’ai remarqué leur jeu.  Elle, environ vingt ans et lui, pas tellement plus.  Look artsy, un peu paumés, visiblement nouvellement amoureux, main dans la main, ils courraient d’une vitrine à l’autre devant les boutiques de meubles et d’accessoires design les plus raffinés, choisissant avec le plus grand soin chaque pièce qui viendrait s’insérer dans le loft hypothétique de leurs rêves sur lequel ils n’auront probablement jamais les moyens de se prendre une hypothèque.  Je me suis demandé s’ils avaient conscience que même avec tout l’argent du monde, jamais ils n’arriveraient à égaler la perfection de ce moment précis, cette course folle parsemée d’éclats de rires, de conversations passionnées entre les baisers volés.

— Aparté —

J’ai souvent l’impression d’avoir vécu à l’envers.  D’avoir bâti une réalité avant même d’avoir appris le rêve.  Pas étonnant que tout ait volé en éclat.  Et ça explique peut-être tout le temps que je passe maintenant à rêver.  Comme si le rêve suffisait, comme s’il devenait refuge ou finalité.  Je suis à la frontière entre le vouloir tout et rien du tout.

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2 réflexions au sujet de « And I never wanted anything from you [except everything you had… and what was left after that too] »

  1. Le rêve c’est bien, à condition qu’il ne nous fasse pas passer à coté de la perfection du moment, en rêvant de mieux, alors que le meilleur est déjà là, dans le réel.
    Tu accordes de l’importance à ce qui doit en avoir, tu t’orientes plus vers le tout que le rien du tout.
    Je te le souhaite.
    Beau texte.

  2. « Je suis à la frontière entre le vouloir tout et rien du tout. »

    Merci de trouver les mots parfaits qui expriment mon état du moment. Quel beau texte encore une fois.

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