I have been to hell and back (And let me tell you, it was wonderful)

Être artiste est une garantie pour vos congénères que les dommages de la vie ne feront pas de vous un meurtrier.

 Unconscious guilt makes you cruel.

 Exorcism is healthy.  Cauterization, to burn in order to heal.  It’s like pruning the trees.  That’s my art.  I’m good at it.

I have a total confidence in what I am doing because I have none in what I am.  My feminity is eaten up by the rats.

I need my memories.  They are my documents.  I keep watch over them.  They are my privacy and I am intensely jealous of them.

As La Rochefoucauld said, why do you talk so much?  What is it that you have to hide?  The purpose of words is often to hide things.  I want to have total recall and total control of the past.  Now what would be the sense in lying?  I am suspicious of words.  They do not interest me, they do not satisfy me.  I suffer from the ways in which words wear themselves out.  I am a very concrete woman.  The forms are everything.

The spiral is somebody who doesn’t have a frame of reference.  The only thing is this hanging, this fragility.  The spiral represents control and freedom.  An attempt at controlling the chaos.

Louise Bourgeois, 1911 – 2010

The way you burst the clouds [it makes me want to try]

Depuis les premiers beaux jours d’avril, je m’installe pour écrire près de la fenêtre de ma chambre qui est toute grande ouverte.   J’aime sentir la brise (quand il y en a une) mais surtout, entendre le bruit du vent dans les feuilles des arbres qui longent la rue, 3 étages plus bas.  Mes chats se couchent sur le rebord intérieur de la fenêtre et suivent incessamment des yeux et des oreilles  le mouvement et le chant des oiseaux en claquant parfois frénétiquement des dents.  Bon, y’a aussi une femme à voix rauque qui habite quelque part en face et qui passe son temps à chicaner ses 5 ou 6 chiens japeux de taille propice à encaisser le botté du siècle, mais ça, on essaie d’en faire abstraction.  Alors, je m’installe pour écrire.  Mais je n’écris pas vraiment.  Je cherche.  Peut-être la façon de faire tomber les dernières inhibitions.  Mes yeux finissent toujours par se détourner de l’écran et regagner l’extérieur.

La première fois que je l’ai vue, elle a  miaulé discrètement pour annoncer son arrivée sur mon balcon.  Les fois d’après, elle considérait déjà que l’espace lui appartenait.  Traverser de chez elle à chez moi en passant entre les barreaux est trop simple pour son corps effilé.  Alors elle le fait autrement.  Elle préfère se faire remarquer en courant tout au long de l’étroit rebord de la rampe, comme une funambule qui se moque autant des hauteurs que de la crise cardiaque de sa maîtresse.  De la rampe, elle a commencé à  sauter sans filet, pour atterrir sur le minuscule rebord extérieur de ma fenêtre.  Mes chats, qui en ont vu d’autres, la reniflaient sans trop se formaliser de l’intrusion.  Puis, un beau matin, elle a décidé que le rebord intérieur de la fenêtre lui appartenait aussi. Confortablement couchée sur le banc de cèdre que j’entrepose sur mon balcon, elle ne quitte pas ma fenêtre des yeux.  Aussitôt qu’un de mes chats fait mine de s’y installer, elle s’élance d’un bond au dessus du vide et atterrit dans la moustiquaire en crachant et feulant.  Après deux jours, mes deux gros niaiseux n’osaient plus aller à la fenêtre.

Je m’installe pour écrire, mais entre deux soupirs, j’observe plutôt la petite chatte de la voisine.  Elle me regarde avec sa petite face d’effrontée.  Elle sait  prendre toute la place qu’elle croit mériter.  Elle ne connaît pas la peur.  Petite crisse.

Crawling out of my skin [let me in]

Je sais comment tout ça va finir. Mais je sais surtout que tout ce que je sais ne sert à rien. Juste une vague impression d’avoir fait le tour de toutes les situations et d’être revenue au centre. Au degré zéro. Les aiguilles ont beau repasser sur les mêmes chiffres, je ne suis jamais tout à fait au même endroit, ni tout à fait la même qu’avant.

Il y a 360 pas qui claquent du talon comme autant d’aller-retour entre le vertige et that safe place, un espace à géométrie variable.  Au commencement, un jardin pour exister en dehors de moi et ensuite, des mots, pour habiter ma peau.  Mais l’abri n’a de sens qu’en présence du danger.

Il ne reste qu’une histoire qui attend.  Parce que c’est le problème avec les histoires.  Il n’y en a toujours qu’une seule à raconter.  Au début en tout cas.  Ensuite, toutes les autres peuvent exister.  Il faut commencer avec celle qu’on ne peut pas choisir.  Celle qui nous tombe dessus.  Celle qui est impossible à cacher.  Celle qui transpire, qui colle, qui tache.  Celle qui fait mentir.  Celle qui fait honte aussi.  Mais celle qui m’appartient.

Et parce qu’elle m’appartient, je peux défaire les points de suture.  Je peux rassembler les pièces d’un patch work qui s’étend à l’infini comme les courtepointes magiques de ma grand-mère.  Je peux la coudre et la découdre autant de fois qu’il me plaît.  Je peux la laver, la teindre, l’user, la porter à l’envers ou à l’endroit.  Je peux faire du haillon, une robe de bal qui me laissera ma nudité.  Et peut-être qu’après tout ça, cette histoire, je pourrai enfin l’aimer.

You don’t fight fair [Hit me with your best shot]

Tout me ramène toujours à toi.  Ton ombre qui n’en finit pas de planer au dessus de moi.  T’es toujours là où je m’y attends le moins.  Dans un rêve, au détour d’une phrase, dans le regard d’un autre.  Oui, bien sûr, après toi il y en a eu d’autres.  Mais tu serais fier de savoir que malgré tous mes efforts, ils te ressemblent tous.  À travers eux, je nous mets en scène.  Juste pour tester, voir, si tu peux encore m’atteindre.  Et malgré tout le raffinement déployé (trust me), tu n’y arrives pas.  Pas plus qu’eux.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai longtemps souhaité le contraire.  J’aurais voulu pouvoir pleurer, que ce soit de peine ou de rage.  Pleurer, ou pouvoir dire je t’aime (et le penser).  Essaie encore, juste une fois.  Fais-moi mal.  Frappe plus fort.  Comme si c’était la seule façon qu’il m’était donnée de savoir que j’existe encore.