Avant l’orage

Publicités

And You Don’t Give a F [urther Thought]

J’ai perdu le chemin qui me mène à toi.  Sans vraiment savoir, ou peut-être, inconsciemment, avant les faits, j’en parlais déjà ici.  Je ne sais pas comment c’est arrivé.  Un espace que je croyais solide, un terrain conquis, s’est ouvert sous mes pieds.  Le coeur à l’épicentre.  La terre qui devient mer.  Moi, sans repères et sans ancre, qui tard le soir, allais nager avec des roches dans l’estomac et le désir de couler au fond, pas pour vrai, mais juste pour un temps, pour cesser d’y penser.  J’ai senti tout le poids des cordes qui laissent leurs marques sur la peau.  Une boucle double nœud dont je n’arrivais pas à me défaire.  Et toi, de l’autre côté du câble, manoeuvrant avec une légèreté désarmante qui me faisait mal au ventre.

Longtemps, j’ai cru que tu étais là pour m’apprendre la confiance.  Mais est-ce que les gens ne sont jamais présents pour les raisons que l’on pense?  Tu m’auras appris le détachement.  Que le monde appartient à ceux qui n’ont pas besoin de sentir le sol sous leurs pieds.  L’ennui des sentiers (que je ne partage pas).  L’appel du vent (qui m’indiffère), le goût du feu (qui me heurte encore).  Les liens que l’on ne doit jamais lier trop serrés, mais plutôt laisser glisser sur le dos, comme les gouttes d’eau (je m’y entraîne, méthodiquement).

Je ne sais pas encore si j’arriverai un jour à me laisser porter par le vent.  Il me fouette au visage.  Je me consume, de temps en temps.  Ça ne dure jamais bien longtemps.  J’apprivoise lentement la peur du large et le goût pour la dérive.  Sans doute, on ne se refait pas si facilement.  L’envie de battre en retraite au centre de mes terres est toujours là.

Un jour peut-être, j’aurai moi aussi cet élan qui fait bondir d’une chose à une autre sans retour possible vers l’arrière.  Cette agilité qui me fait défaut et que je ne suis pas toujours certaine d’envier.

Parce qu’au fond, ça voudrait dire ne pas avoir une autre pensée pour tous ceux que je n’ai pas assez aimé.

Sing me a rainbow [Steal me a dream]

Je ne sais pas encore vraiment pourquoi, mais j’ai replongé dans l’abysse colossal du online dating.  Probablement parce que 3 choses que je considérais jusqu’ici comme impossibles se sont concrétisées dans la dernière année.  J’ai une première copine qui a rencontré l’homme de sa vie dans un Musée.  Une deuxième qui l’a trouvé dans un 5@7 (où je l’avais moi-même traînée de force!) et une troisième qui vit une grande passion amoureuse suite à une rencontre online.  Dieu sait que j’ai pas mal épuisé les deux premières options.  Alors reste la troisième (ou bien à l’impossible nul n’est tenu?).

Vaste, riche et trop souvent surprenante expérience sociologique qui en devient tristement banale.  Dans le pire des cas, tu jases à un gars qui sort de prison (check).  Dans le deuxième pire des cas,  le gars t’avoue lors de la première date qu’il trippe à passer deux semaines dans le bois sans se laver.  Et enchaîne en te demandant si tu aimerais aller faire du camping pendant tes vacances.  Malaise…  Dans le meilleur des cas, tu finis quand même par jeter le paquet de cigarettes qu’il a oublié chez toi.  C’est malsain comme fouiner dans un apple store.  Tu sais que si t’attends encore un peu, y’a mieux qui s’en vient, avec un ou deux bug de moins, une dizaine d’applications cool de plus (fin de la métaphore geek facile)…  Tu prends pas de chances, t’espères encore le deal du siècle.  Tu oublies la notion du risque et de l’investissement.  Mais t’en fait pas, lui aussi il l’a oublié.

Y’a toutes ces rencontres, tous ces noms, vrais et fictifs qui se mélangent un peu dans ta tête.   Toutes ces conversations qui se ressemblent un peu, que tu commences sans vraiment finir, qui s’enfilent sans jamais aller nulle part.  Puis, y’en a une particulièrement l’fun qui te reviens en tête, par bribes.  Ça parlait d’études au département de cinéma de l’UdeM…  Ça parlait de musique, d’art, de photographie, du temps et des technologies qui passent.  Des jobs qu’on a eues…  C’était plein d’humour, c’était facile, c’était relaxe.  Y’avait pas de pression.  C’était juste naturel comme deux personnes qui partagent les mêmes goûts, qui connectent d’une certaine façon.  Comme un début d’amitié.  Je fais défiler la liste de contacts, je repense à mes dernières dates.  Je ne retrouve pas.  Mais bordel, avec qui je peux bien avoir eu cette conversation là????

Deux jours plus tard, l’illumination.  FUCK

C’était pas une date, c’était avec mon nouveau coiffeur…  and I’m now a proud fag hag wannabe…

Don’t let a fool kiss you [Don’t let a kiss fool you]

Il n’y a pas de vide.  Je crois qu’il n’y en a jamais eu.  Y’a donc pas que la vie qui a horreur du vide.  Et who cares si ça a déjà ressemblé à une fuite aux yeux du reste du monde?  Moi, ça m’a rendu heureuse.  Souvent.  J’ai trop de choses à faire, à voir, à lire, à penser, à aimer.  Je suis en manque perpétuel de temps.  Comme un auteur que j’aime et que je me plais à redécouvrir à travers son journal intime ces jours-ci, j’ai toujours pensé que s’embêter, c’était s’insulter soi-même.  Je ne cherche pas de vide à combler.  Je cherche d’abord à me trouver, quelque part à mi-chemin entre la forteresse et le champ double ouvert aux pilleurs que l’on recouvre (parfois) de draps.

Depuis maintenant bientôt trois ans, je mène la vie la plus profondément égoïste qu’il soit possible d’imaginer.  Je vis plutôt bien avec l’idée de n’être fidèle qu’à moi-même.  Le monde tourne.  Le monde tourne autour de moi.  D’une course affolante, d’une ronde insouciante qui amuse, d’une valse sentimentale un peu triste et d’une douce dérive qui me nourrit.  Je prends à chacun et parfois, j’espère, je donne un peu aussi.  Lorsque la musique s’arrête, il manque toujours une chaise (tu vois? je te l’ai dit qu’il n’y avait pas de vide).  Ceux qui quittent la piste reprennent tôt ou tard leurs vêtements d’irréel.  Les liens qui s’usent et qui deviennent trop lourds pour l’un sont à leur tour inévitablement trop diffus pour l’autre.  C’est une question d’équilibre, un mystérieux rapport de proportions, sans doute.  Et ça devient facile, si facile, de penser que ce qui n’est plus n’a jamais été.

***

Mais j’ai trouvé des pièces d’Euro sous mon lit.  Elles ont dû tomber de ta poche.  Pourtant, il me semblait que cela faisait près d’un an que t’étais de retour.  T’es un peu sentimental et je trouve ça charmant, mais je ne suis pas certaine d’aimer l’idée que l’on perde ses porte-bonheur chez moi.  Mais qu’est-ce que je peux bien y faire maintenant?  Ça explique peut-être pourquoi je n’ai pas encore jeté tes cigarettes.  J’essaie de me faire croire que c’est parce que c’est la même sorte que celles que je fumais quand j’avais 16 ans…  Et que l’envie pourrait peut-être me reprendre, par une de ces chaudes nuits d’été sur mon balcon, juste pour me souvenir, encore une fois, de ce que ça fait…  avoir 16 ans.

Petite-Patrie, 8h24

La même scène se répète tous les matins.  Tu es au coin de la rue avec ce garçon très beau et très grand.  La lumière est rouge (c’est inévitable).  Il se penche vers toi et il t’embrasse, amoureusement.  Lorsque le feu devient vert, tu t’éloignes.  Tu traverses l’intersection pour aller attendre le bus.  Lui, il reste un peu là,  à te regarder.  Sa main est toute prête à te faire un signe si jamais tu venais à te retourner, son sourire est à la fois naïf et touchant.  Puis, il poursuit lentement son chemin vers le métro.  En marchant, il se retourne toujours au moins deux fois, juste pour garder une image de toi.  Mais je ne t’ai jamais vu regarder au dessus de ton épaule.  Tu n’as aucune idée de ce moment là qui se répète, jour après jour.  Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rend triste, un peu.