You stand this close to me [like the future was supposed to be]

« Si seulement il s’était avancé vers moi, en disant une parole ou en faisant un seul pas, s’il avait tenté de me prendre, à cette seconde j’étais perdue« 

« Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé. »

« Toujours est-il qu’elle était là comme une jeune fille, pudiquement troublée par le souvenir et rendue honteuse par son propre aveu. »

— Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

 

« Et il sut tout d’un coup que tout ce bavardage placide n’était qu’un mensonge, qu’il y avait encore dans leur relation quelque chose de réfréné et d’irrésolu et que toute cette amitié n’était qu’un masque plaqué sur un visage nerveux, changeant, troublé par l’inquiétude et la passion. »

— Stefan Zweig, Le Voyage dans le passé


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How I loved the man [Nobody knows, body knows]

On s’habitue
À ne rien prendre, à ne rien donner
Comme la marée
Avance d’un pas, recule de dix
On glisse sur la surface
Puis on s’efface
On lance un jet, insaisissable, qui se fond dans l’air
Suivi d’une vague qui fracasse le rocher, sans laisser de marques
Une danse sur laquelle on n’a aucune emprise
Qui érode doucement

Jusqu’au jour où on s’infiltre
Les yeux fermés
Traçant un chemin inconnu vers le port
Suivant une veine trop forte, trop vite
Le corps qui sait
Bien avant tout le reste
L’oreille et la bouche qu’on voudrait poser sur son cœur qui bat (ou pas)

Mais les voiles restées en travers de la gorge
Dans un silence assourdissant

I don’t believe that anybody feels the way I do [about you now]

J’ai longtemps donné à voir l’image d’une fille faite pour la vie de couple.  C’est un rôle que j’ai pris très tôt et que j’ai tenu à l’affiche, du mieux que j’ai pu, pendant très longtemps.  On pourrait dire que je l’ai pris beaucoup trop tôt et pendant bien trop de temps, mais c’est une autre histoire.  Celle où un jour, le miroir s’est cassé.  Il y a eu ces années passées à ne plus ressentir.  Ne plus comprendre la scène, mais quand même tout donner, parce que c’est souvent un jeu facile qui n’engage à rien.  Puis, après un temps, je me suis demandé si on joue davantage le rôle que l’on veut ou celui qu’on nous donne.  À quel point le regard de l’autre devient le miroir qui module nos actions.  Est-ce que je suis ce que je ressens ou est-ce que je suis ce que je donne à voir?

Enfin, il y a eu ce soir là, où j’ai pu mesurer la distance précise entre deux graphiques.  Un triangle bleu électrique à découper au couteau composé de l’espace entre tes yeux caressants, mes seins invitants et ta main posée à plat sur la table, près de ton verre de vin.  Triangle chevauché par l’ellipse d’un regard effleurant ton épaule, se mouvant, s’émouvant de la couleur de ta peau jusqu’à tes fesses, pour remonter ensuite à mes lèvres dont le tremblement soudain est réprimé d’un mordillement.  Un abîme, peut-être, creusé entre l’émotion, l’interprétation et la traduction.  L’obscur objet, comme une inéquation à variable inconnue, impossible à résoudre.

Et cette question, infernale, informulée et pourtant sans trêve.  Dis, est-ce que tu vois la même chose que moi?