I don’t believe that anybody feels the way I do [about you now]

J’ai longtemps donné à voir l’image d’une fille faite pour la vie de couple.  C’est un rôle que j’ai pris très tôt et que j’ai tenu à l’affiche, du mieux que j’ai pu, pendant très longtemps.  On pourrait dire que je l’ai pris beaucoup trop tôt et pendant bien trop de temps, mais c’est une autre histoire.  Celle où un jour, le miroir s’est cassé.  Il y a eu ces années passées à ne plus ressentir.  Ne plus comprendre la scène, mais quand même tout donner, parce que c’est souvent un jeu facile qui n’engage à rien.  Puis, après un temps, je me suis demandé si on joue davantage le rôle que l’on veut ou celui qu’on nous donne.  À quel point le regard de l’autre devient le miroir qui module nos actions.  Est-ce que je suis ce que je ressens ou est-ce que je suis ce que je donne à voir?

Enfin, il y a eu ce soir là, où j’ai pu mesurer la distance précise entre deux graphiques.  Un triangle bleu électrique à découper au couteau composé de l’espace entre tes yeux caressants, mes seins invitants et ta main posée à plat sur la table, près de ton verre de vin.  Triangle chevauché par l’ellipse d’un regard effleurant ton épaule, se mouvant, s’émouvant de la couleur de ta peau jusqu’à tes fesses, pour remonter ensuite à mes lèvres dont le tremblement soudain est réprimé d’un mordillement.  Un abîme, peut-être, creusé entre l’émotion, l’interprétation et la traduction.  L’obscur objet, comme une inéquation à variable inconnue, impossible à résoudre.

Et cette question, infernale, informulée et pourtant sans trêve.  Dis, est-ce que tu vois la même chose que moi?

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3 réflexions au sujet de « I don’t believe that anybody feels the way I do [about you now] »

  1. Bonjour…
    Je découvre…ça me plait…
    Je laisse une trace de mon passage.
    Amitié et bonne journée.
    *Jean-Pierre*

  2. Entre l’image que l’on présente aux autres et celle que l’on croit qui nous ressemble réellement et qui serait en mesure de traduire nos sentiments, il y a souvent une distorsion.

    La trilogie newyorkaise de Paul Auster a généré plusieurs en moi plusieurs interrogations au sujet de ce qu’on appelle notre identité.

    C’est un beau sujet de discussion

  3. Sujet de discussion, de réflexion inépuisable, il me semble.
    Après avoir lu sa femme (j’ai bien aimé, merci de la suggestion!), il faudrait bien que je lise cette fameuse trilogie newyorkaise…

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