You’ll be the victim [of your own dirty tricks]

Ce n’est pas que je n’ai plus envie d’écrire.  En fait, je n’ai jamais eu autant envie d’écrire.  Et c’est peut-être ça.  Comme un désir trop fort, trop lourd de conséquences, qui glace, qui fige l’élan qui ne vient pas.  Du premier pas au premier mot, l’exécution d’une savante marche arrière qui ravale les phrases pour mieux ne pas prendre ta main.  La peur d’écrire la saleté qui te donne le droit d’exister.

La voix disait don’t go there.

Cette nuit, j’ai décidé de l’étrangler.

Tu vivras.  Juste assez longtemps pour gagner le fond du tiroir.  Et me redonner la légèreté que tu m’as volé.

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Quand y en a plus [et ben y en a encore!]

Y’a des longs mois tranquilles où tout se passe sans bruit.  Surtout la vie.  Puis y’a des jours qui font cohabiter les plus grands bonheurs avec les plus grandes peines.  Lundi dernier était pour moi un de ceux là.

Comme si j’avais eu le choix, la mauvaise nouvelle est arrivée en premier.  Le déni s’était bien installé depuis deux ans.  Je ne connais pas la rage, mais j’ai souvent vu la sienne.  Rage de vivre, rage d’aimer, rage tout court.  Maintenant, c’est la tristesse trop lourde du poids des larmes.  Métastases.  Cancer agressif.  Elle ne va pas guérir.  Tout ce qu’ils peuvent faire maintenant, c’est la soulager, peut-être la prolonger un peu.  Et je sais qu’elle a décidé, il y a longtemps déjà, qu’elle ne va pas traîner.  Horrible sentiment d’impuissance où y’a rien à dire, rien à faire.  Juste être là, quand elle le voudra…  Si elle le voudra.

Il faisait -20ºC ressenti d’après météomedia, mais j’ai quand même marché les 55 minutes qui séparent le bureau de l’appartement.  Sans me presser.  Sans me soucier des larmes ou de la neige qui tombe (qui fera vraiment la différence?), comme dans un état second.  Arrivée chez moi, je me suis déshabillée dans l’entrée.  Je suis restée un bon trois quart d’heure sous la douche brûlante.  Je n’ai pas soupé.  J’ai regardé vaguement le fond de ma bouteille de rhum, puis, au même moment le téléphone a sonné.

La voix joyeuse de mon frère qui me dit que ma filleule veut absolument me chanter une chanson au téléphone avant d’aller dormir.  Déjà, je fonds.  J’entends sa voix de fillette de trois ans qui chantonne cette comptine que tous ceux qui ont des vieilles matantes férues de power point musicaux avec des petits minets pastels ont sans doute déjà entendu.  Un grand classique qui va comme suit :

Prout-prout-prout que je t’ai—me
Viens ici mon petit—ami
J’ai un secret à te dire dans l’o—reille…
(et soudainement la finale revisitée)

Ma Maman a un bébé dans son ventre!

C’était vraiment inattendu.  Enfin, pour ma part, puisque eux, ils essayaient depuis quelques mois déjà.  Je vais être matante pour une troisième fois.  J’ai senti l’explosion de joie en dedans (sans aucun doute, les voisins l’on entendu au dehors) et ce, malgré toute la peine encore là.  Si triste et si heureuse, en même temps.  La vie qui se trame, se tisse et s’entrecroise.  Celle qui est toujours là et celle qui n’y est pas encore.