The sky is falling all around [Will you take me across the Channel?]

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This once was an island [and I could not stay]

Avant, j’en aurais fait une histoire.  Mais de plus en plus, il y a la peur de gâcher avec les mots.  Nommer, décrire, définir, enfermer.  A vrai dire, je ne sais pas encore ce qui vient de se passer.  C’est peut-être tout, c’est peut-être rien.

Comment savoir s’il faut graver l’instant ou lentement laisser glisser les sensations jusqu’à l’oubli.

Pour le moment, tu es un silence (un regard, un sourire, un frisson) que je cultive délicatement, en secret.

« I need my memories.  They are my documents.  I keep watch over them.  They are my privacy and I am intensely jealous of them. » — L. Bourgeois

 

De la bouche des enfants [et de la manipulation qui frappe un mur]

Samedi soir, après un souper de famille, je suis l’élue de la prise 1 pour border mes nièces adorées.  Prise 1 parce que tsé, c’est l’âge où y’a mille excuses pour se relever (j’ai chaud, j’ai soif, j’ai envie de pipi, maintenant j’ai froid, etc.) jusqu’au moment où mon frère sort un autre ton de voix et les gros yeux.

Alors je les couche, mais on reste un peu à rigoler dans le lit, en jouant avec ce truc  alors autant dire que ça frise l’hystérie collective.  Un moment donné, parce qu’il faut bien, on ferme le jeu et on se couche pour vrai.  Je donne le calin et le bisou à la plus grande, puis, je me tourne vers la plus petite, ma filleule de 3 ans qui n’a manifestement pas envie que le jeu s’arrête.

— Bon Lauralie, tu me donnes un calin et un bisou de bonne nuit?

— nah!

— Ben voyons, je vais avoir de la peine si tu me fais pas ton câlin

— ben pleure! (sourire en coin)

The Moon Upon a Stick [All I want is]

Je me souviens vaguement d’un jeu de filles de 12-13 ans qu’on se passait en classe sur des petits bouts de papiers pendant le cours de math de Madame Poissant.  On écrivait 5 noms de garçons, 5 métiers, 5 destinations de voyage, 5 chiffres entre 0 et 10 et 5 chiffres entre 20 et 40.  Ensuite, on faisait un calcul un peu complexe dont le système faussement aléatoire n’était pas trop difficile à déjouer (fallait bien que ça serve à quelque chose, ce cours de maths là) et on obtenait ainsi le nom de notre futur mari, le lieu de notre voyage de noce, le nombre d’enfants et l’âge qu’on aurait à notre mariage.  Ça donnait aussi notre futur métier, mais ça, on s’en foutait un peu du moment que c’était pas prof de math.

On s’arrangeait pour que ça donne 2-3 enfants parce que ça parait bien et surtout, pour se marier avant 30 ans, parce que 30 ans, c’était tellement fucking vieux.  Pour les prénoms, c’était pas compliqué tant que ça.  Avec Alexandre, Eric, François (ou Jean-François, c’est pareil), Maxime et Patrick, tu pouvais nommer 95% des gars de ton âge.  La marge d’erreur semblait mince.  Et pourtant.

Je ne sais pas pourquoi ça nous préoccupait autant à cet âge là, parce que du moment que tout ça commence à arriver pour vrai, on arrête d’y penser.  Peut-être parce qu’on a l’impression que tout est possible.  Qu’on peut (qu’on doit?) tout vouloir.  Tout réaliser.  La famille.  La carrière.  Il y a quelques années j’me voyais encore sur le chemin de tout ça.  Tout vouloir, tout avoir, ça voulait aussi dire renoncer à rien.  Et puis un jour, je me suis rendue compte que renoncer à rien, c’était aussi ne pas choisir.  Ne pas me remettre en question.  Est-ce qu’on change autant que ça ou est-ce qu’on arrive seulement à y voir plus clair, je ne sais pas.

Mais de quoi t’as envie, là, maintenant?

De me faire prendre par derrière dans une ruelle, par un bel inconnu.

Je déconne (mais pas tant que ça).  J’ai envie de m’amuser.  De me sentir bien.  D’avoir une vie imparfaite.  D’accepter mes erreurs.  D’en faire d’autres.  De suivre mes désirs.  De refuser le poids immuable des choses et les routes toutes tracées d’avance.  De te dire, sourire aux lèvres, que si c’est pas toi, ça sera un autre.  Parce que je n’ai jamais compris comment il pouvait y avoir une seule réponse possible à une question donnée.

Finalement, si j’avais écouté pendant les cours de maths, ma vie serait forcément différente.

Ou peut-être pas.

 

You’re just somebody that I used to know

Un jour on prend la main d’un étranger et on marche, sans savoir où ça mène.  Si on pense qu’on sait, c’est seulement qu’on a rien compris.  On prend l’autoroute, le chemin de campagne, on fait la Main ou on s’aventure dans la petite ruelle sombre.  On explore.  On avance, on s’effleure, on se devine, on s’écoute, on se révèle chacun à son rythme pour finalement arriver (quand les étoiles sont bien alignées) au point où on sait l’autre par cœur.  Bien sûr, ça reste toujours un labyrinthe, mais on ne s’y perd plus.  L’intuition à son meilleur.  C’est quelque chose d’étrange et de fascinant.

Et arrive parfois un temps où on doit parcourir le chemin inverse.  Ça pourrait être triste, mais ce n’est pas vraiment le cas.  Simple nécessité.  La main a glissé et chacun reprend sa route.  Dormir dix ans dans le même lit, puis dans une lente valse désynchronisée, redevenir deux corps étrangers.  Ce chemin là me semble encore plus mystérieux que l’autre.  Apprendre à désapprendre.  Passer de repaire en repères perdus.

Je pensais que j’étais arrivée au bout de tout ça depuis longtemps déjà.  De perches tendues en terrains minés, finalement, le dernier fil ne se coupe tout à fait seulement à partir du moment où l’on se surprend soi-même à poser une action qui va à l’encontre de la nature profonde que l’autre a connu.  Sans plans précis ni par envie de déboussoler, de désorienter.  Plus qu’une frontière.  Un moment où on réalise non seulement la distance parcourue entre soi et l’autre, mais surtout celle accomplie quelque part en soi.  Là où être fondamentalement différente est devenu synonyme d’être fidèle à soi-même.  Parce que Je est maintenant un autre.