You’re just somebody that I used to know

Un jour on prend la main d’un étranger et on marche, sans savoir où ça mène.  Si on pense qu’on sait, c’est seulement qu’on a rien compris.  On prend l’autoroute, le chemin de campagne, on fait la Main ou on s’aventure dans la petite ruelle sombre.  On explore.  On avance, on s’effleure, on se devine, on s’écoute, on se révèle chacun à son rythme pour finalement arriver (quand les étoiles sont bien alignées) au point où on sait l’autre par cœur.  Bien sûr, ça reste toujours un labyrinthe, mais on ne s’y perd plus.  L’intuition à son meilleur.  C’est quelque chose d’étrange et de fascinant.

Et arrive parfois un temps où on doit parcourir le chemin inverse.  Ça pourrait être triste, mais ce n’est pas vraiment le cas.  Simple nécessité.  La main a glissé et chacun reprend sa route.  Dormir dix ans dans le même lit, puis dans une lente valse désynchronisée, redevenir deux corps étrangers.  Ce chemin là me semble encore plus mystérieux que l’autre.  Apprendre à désapprendre.  Passer de repaire en repères perdus.

Je pensais que j’étais arrivée au bout de tout ça depuis longtemps déjà.  De perches tendues en terrains minés, finalement, le dernier fil ne se coupe tout à fait seulement à partir du moment où l’on se surprend soi-même à poser une action qui va à l’encontre de la nature profonde que l’autre a connu.  Sans plans précis ni par envie de déboussoler, de désorienter.  Plus qu’une frontière.  Un moment où on réalise non seulement la distance parcourue entre soi et l’autre, mais surtout celle accomplie quelque part en soi.  Là où être fondamentalement différente est devenu synonyme d’être fidèle à soi-même.  Parce que Je est maintenant un autre.

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7 réflexions au sujet de « You’re just somebody that I used to know »

  1. Imaginez 30 ans dans le même lit. Le temps que ça prends après, juste pour sortir du pilote automatique, d’abord voir qu’il y en avait un! ensuite trouver ses repères, un par un, se retrouver, se reconstruire. Et ainsi de suite, jusqu’à sortir définitivement de ces relations de co-dépendance, de ces névroses de compensation, où la peur de l’abandon se le dispute à la volonté de pouvoir, où de régressions en régressions le ‘je’ capitule sur tous les fronts.

    Essayez de comprendre ce qui a bien pu nous amener là…

  2. En plein dans le mile. La seule pensée que chaque soir il était couché à côté de moi, semble si surréelle maintenant, comme si ça n’était pas arrivé. Ça m’a toujours intrigué d’avoir cette perception alors que c’était tellement le quotidien auparavant.

  3. « Comme si ça n’était pas arrivé »
    C’est aussi exactement le feeling que j’ai à ce moment ci. Non seulement il n’y a plus de liens entre lui et moi, mais il n’y a plus de liens entre moi et moi. Un sentiment difficile à expliquer et à traduire.

  4. Juste pour (sa)voir, renversons la proposition rimbaldienne : l’Autre est un je.

  5. « Non seulement il n’y a plus de liens entre lui et moi,
    mais il n’y a plus de liens entre moi et moi.
    Un sentiment difficile à expliquer et à traduire. »

    Oh, mais comme je comprends cela, V…
    Et je me demandais si ce n’était pas peut-être
    une fonction de la mémoire pour une sorte de « préservation de soi »…
    que la mémoire fait son travail?

  6. « Je » est vivante et continue de se transformer, d’apprendre en mouvement.

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