The Moon Upon a Stick [All I want is]

Je me souviens vaguement d’un jeu de filles de 12-13 ans qu’on se passait en classe sur des petits bouts de papiers pendant le cours de math de Madame Poissant.  On écrivait 5 noms de garçons, 5 métiers, 5 destinations de voyage, 5 chiffres entre 0 et 10 et 5 chiffres entre 20 et 40.  Ensuite, on faisait un calcul un peu complexe dont le système faussement aléatoire n’était pas trop difficile à déjouer (fallait bien que ça serve à quelque chose, ce cours de maths là) et on obtenait ainsi le nom de notre futur mari, le lieu de notre voyage de noce, le nombre d’enfants et l’âge qu’on aurait à notre mariage.  Ça donnait aussi notre futur métier, mais ça, on s’en foutait un peu du moment que c’était pas prof de math.

On s’arrangeait pour que ça donne 2-3 enfants parce que ça parait bien et surtout, pour se marier avant 30 ans, parce que 30 ans, c’était tellement fucking vieux.  Pour les prénoms, c’était pas compliqué tant que ça.  Avec Alexandre, Eric, François (ou Jean-François, c’est pareil), Maxime et Patrick, tu pouvais nommer 95% des gars de ton âge.  La marge d’erreur semblait mince.  Et pourtant.

Je ne sais pas pourquoi ça nous préoccupait autant à cet âge là, parce que du moment que tout ça commence à arriver pour vrai, on arrête d’y penser.  Peut-être parce qu’on a l’impression que tout est possible.  Qu’on peut (qu’on doit?) tout vouloir.  Tout réaliser.  La famille.  La carrière.  Il y a quelques années j’me voyais encore sur le chemin de tout ça.  Tout vouloir, tout avoir, ça voulait aussi dire renoncer à rien.  Et puis un jour, je me suis rendue compte que renoncer à rien, c’était aussi ne pas choisir.  Ne pas me remettre en question.  Est-ce qu’on change autant que ça ou est-ce qu’on arrive seulement à y voir plus clair, je ne sais pas.

Mais de quoi t’as envie, là, maintenant?

De me faire prendre par derrière dans une ruelle, par un bel inconnu.

Je déconne (mais pas tant que ça).  J’ai envie de m’amuser.  De me sentir bien.  D’avoir une vie imparfaite.  D’accepter mes erreurs.  D’en faire d’autres.  De suivre mes désirs.  De refuser le poids immuable des choses et les routes toutes tracées d’avance.  De te dire, sourire aux lèvres, que si c’est pas toi, ça sera un autre.  Parce que je n’ai jamais compris comment il pouvait y avoir une seule réponse possible à une question donnée.

Finalement, si j’avais écouté pendant les cours de maths, ma vie serait forcément différente.

Ou peut-être pas.

 

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6 réflexions au sujet de « The Moon Upon a Stick [All I want is] »

  1. Les maths, c’est important. ;)
    Je ne sais pas d’où tu viens, ni quel âge tu as, mais moi quand j’avais 12-13 ans, les «Maxime» étaient pas mal rare! héhé…

  2. Ah, faut pas croire que je n’étais pas bonne en maths, seulement (profondément) désintéressée. Avoir compris l’importance de tout ça à temps, je serais peut-être architecte…
    J’imagine que « Maxime » était peut-être plus populaire sur la rive-sud? ;)

  3. « Tout vouloir, tout avoir, ça voulait aussi dire renoncer à rien. Et puis un jour, je me suis rendue compte que renoncer à rien, c’était aussi ne pas choisir.  » C’est ce que j’ai lu de plus joli depuis longtemps. Parfois, c’est drôle combien la lucidité est implacable et merveilleusement libératrice.

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