There’s no returning from the places we’ve been [the storm moved away]

J’ai fermé la lumière du bureau sans fenêtre plus tard que d’habitude et franchi la porte de verre trempé sans entendre le déclic de la serrure magnétique.  La grille de métal était déjà abaissée sur l’escalier.  L’ascenseur surchauffé est descendu de deux niveaux avec la lenteur des choses qui laissent planer l’incertitude.  Après le long et étroit corridor blanc où on n’entend que le bourdonnement des néons, j’ai enfin poussé la porte d’acier qui donne sur la petite entrée de côté.  Dehors, la lumière grise tirait sur le blanc, on voyait presque de la brume.  La première bouffée d’air attendue depuis huit heures sentait l’huile, les botchs de cigarettes, le café froid renversé et la merde de pigeon.

Après une dizaine de pas, la bruine s’est changée en gros flocons de neige mouillée qui simulait l’orage.  J’ai opté pour le métro.  Toujours cette odeur oppressante d’huile mêlée cette fois à celle du métal, de l’humidité et de la sueur.  Attendre en écoutant Oh! you pretty things à plein volume.  Laisser passer un métro parce que trop de monde.  Activer la touche replay au moins cinq fois.  Fuir un regard louche, insistant.  Changer de ligne à Berri.  L’air semble si lourd, de plus en plus rare.  Respirer lentement, profondément.  En vain.  Manquer d’air.  Sentir un long frisson désagréable qui précède les étourdissements.  Se concentrer sur la musique de Bowie, sur chaque note, chaque mot, pour ne pas laisser la panique prendre toute la place.  Le monde devient flou.  État second.  Puis, retomber en mode random.

Je ne me souviens pas comment j’ai atteint la sortie.  Mais étrangement, la première chose que j’ai perçu en passant la porte, c’est les rayons du soleil et une lumière chaude, tellement qu’au cinéma, on aurait cru à un mauvais raccord.  Au même moment, dans mes oreilles, y’avait Weather Reports, de Bright Eyes et c’était magnifique.  Le ciel était drôlement divisé, un peu rose orangé à gauche, bleuté au dessus de ma tête et toujours d’un gris sombre derrière, au dessus du centre-ville.  J’ai eu l’impression de ne pas savoir si le trajet de métro a duré 10 minutes ou 5 ans.  Comme deux univers éclatés dont on ne sait plus trop où ils s’entrecroisent.  C’est soudainement redevenu facile de respirer.  D’oublier.  De regarder ma vie avec la même distance.

J’aurais même pu dire que le moment était parfait, s’il n’y avait pas eu ce rat mort sur le trottoir, à trois maisons de chez moi.

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Une réflexion au sujet de « There’s no returning from the places we’ve been [the storm moved away] »

  1. Je suis tout simplement bouchebée. Wow.

    J’arrive même pas à dire précisement le sentiment qui m’habite en lisant ces lignes. Ça ramène tant de souvenirs. Montréal est une ville « Irréelle » parfois.

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