Milf

Pendant que je suis à quatre pattes dans les plates-bandes (voir l’article précédant) ma mère, avec toute sa délicatesse habituelle, sermonne son employé de 15-16 ans: « Arrête de la regarder comme ça, c’est ma fille et elle a l’âge d’être ta mère ». Lui, du tac au tac : « ben voyons donc, c’est impossible, ma mère elle a 34 ans! »

CQFD

:)

A perfect sonnet [or one foolish line]

Je sais pas pourquoi ça me rend si heureuse de jouer dans la terre.  À la base, le jardinage, y’avait pas grand chose qui me prédestinait à ça.  Le goût des talons hauts et des jolies robes versus les vieilles fringues masculines pleines de terre.  Le travail intellectuel versus la sueur.  Le dédain des insectes versus…  ça s’améliore tranquillement.  Je crois que ça tient probablement du besoin de créer, de mettre en forme.  Pour moi, ce n’est pas différent de peindre, dessiner, sculpter.  C’est seulement que la matière est faite de vie et de temps.  Et puisque la vie de célibataire en ville me ruine joyeusement, j’ai décidé de joindre l’utile à l’agréable et de prendre des contrats d’aménagements paysagers cet été.

Je viens de passer les derniers jours à m’occuper des plates bandes d’un centre de soins de longue durée pour des gens âgés ou en phase terminale.  L’édifice qui appartenait à des religieuses  a été transformé en fondation il y a 3 ou 4 ans et personne ne s’est occupé de l’extérieur depuis.  C’est un travail monstre qui me convient.  Peut-être parce qu’il n’y a rien de mieux pour se vider l’esprit.  C’est automatique.  Dès que je plonge les mains dans le sol, plus rien n’est important.  Il n’y a plus d’angoisses, plus de questions.  Plus besoin de chercher un sens à la vie.  Installer un peu de beauté quelque part devient suffisant.

Un matin, j’ai entendu le cri affolé d’une infirmière : « Madame Lalonde, revenez ici tout de suite!  Vous avez eu votre fracture de la hanche l’hiver passé et si vous continuez comme ça vous allez vous casser le cou! »  La petite vieille avait laissé sa marchette dans l’allée pour aller cueillir le dernier lilas.  Pour certains, j’imagine que c’est un besoin, une impulsion vitale.  Je savais que la beauté faisait du bien, mais jamais je n’ai lu autant de gratitude que dans les yeux des bénéficiaires de l’endroit qui venaient voir l’évolution du travail d’heure en heures.  Je me suis dit que le sens de la vie, c’est peut-être juste ça.  Sentir qu’on fait une petite différence quelque part.  Que la sueur de notre front compte pour quelqu’un.  J’ai pris une gorgée d’eau et je suis retournée à quatre pattes dans la plate bande lorsque j’ai entendu derrière moi : «Regarde ça mon Maurice, on a une paysagiste qui fait beau dans le paysage».  C’est là que je me suis dit que vraiment, y’a rien comme se sentir pleinement et parfaitement apprécié.