I’ll explain everything to the geeks

Ça doit bien faire dix fois que la lumière change de couleur mais ils sont encore là, à discuter, sur le coin de la rue.  Lui sur son vélo, un peu penché vers elle et elle à pied, bien droite, tête levée vers lui.  Il questionne sur un sujet qui la passionne, manifestement.  Elle explique.  Mais c’est plus que ça.  On sent qu’elle communique enfin tout ce qu’elle a l’habitude de garder pour elle.  Cultiver pour elle.  Ses yeux brillent et son sourire est contagieux.  À une certaine distance, on se demande par contre s’il écoute vraiment.  S’il se concentre sur le sens, ou plutôt sur le son de sa voix.  Puis, sans la quitter des yeux, il a ce geste incontrôlé, hors de propos, qu’elle n’avait pas prévu.  Il tend doucement la main vers le collier qu’elle porte à son cou et prend une bille métallique qu’il roule entre ses doigts, effleurant délicatement, à peine (comme si c’était réellement fortuit), sa peau au passage.  Bref silence.  Ton collier, c’est de l’argent?  Elle rit un peu, pour mieux masquer sa gêne.  Elle a détourné les yeux.  Non, c’est du toc.  Et elle a peut-être ajouté, quelque part en elle-même, comme le cœur qui est en dessous.

All secrets sleep in winter clothes

Avec lui, j’ai toujours deviné les chapitres de l’histoire avant même de les vivre.  L’hiver est un homme prévisible même lorsqu’il s’invite à souper un soir d’automne.  Je savais que c’était trop froid, mais son grand air me donnait le rose aux joues et une vague impression de vivre, un peu, enfin.  C’était à l’image d’un repas improvisé où à force d’avoir peur d’en faire trop, on n’en fait pas assez.  On a manqué de vin et puis les saisons ont passé.

Un jour, si loin déjà, l’été est partie en Afrique et c’est comme ça que l’hiver est revenu par une nuit de printemps.  J’avais fermé les fenêtres mais dehors, on entendait si bien la musique.  Pourquoi résister.  Mes promesses ne sont pas les siennes.  La suite était déjà écrite, mais la pièce, interdite.  On l’a joué en secret, sans costumes et sans amour, jusqu’à la morsure.  Jusqu’au froid qui blesse et qui ralentit le pas, qui fait perdre lentement sa trace.

Le monde a tourné encore une fois et l’hiver qui s’annonçait timidement depuis le soleil de juin m’a donné une heure d’octobre volée au soleil d’Afrique.  Pour la première fois et même avec ce foulard qui m’étranglait doucement le cou, l’hiver était doux.  Quand j’ai fait remarqué que c’était la dernière fois, il a même fait semblant de ne pas y avoir pensé.  S’attarder doucement sur la dernière page avant de ranger le livre avec peut-être, aux lèvres, un sourire de contentement.  Le froid m’a quitté en même temps que lui, par l’escalier.

C’est aujourd’hui novembre et l’hiver est parti pour de bon.

Il faudra maintenant m’inventer une nouvelle saison.

Un autre nom.