De l’athéisme expliqué aux enfants

J’ai trois ans et deux mois.  Mon petit frère vient d’arriver à la maison et jusqu’à maintenant, je peux pas dire que j’aime tellement ça.  D’abord, je voulais une sœur comme mes cousines.  Et puis il est malade et il pleure TOUT le temps.  J’ai pas le droit de le prendre.  Faut que je sois sage.  Faut que j’écoute.  Faut que je sois une grande fille.  Des fois, faut que j’aille me faire garder même la fin de semaine parce qu’il est à la pital.  On fait plus rien pareil comme avant.  Je comprends pas tout ce qui se passe.  C’était plus facile quand c’était moi le bébé.

Je me suis trouvé une nouvelle activité qui me vaut un peu d’attention.  Je demande un verre d’eau ou de jus à ma mère.  Elle m’en verse un et me le donne.  Je le prends.  Au lieu de le boire, je la regarde dans les yeux et je verse le contenu du verre sur le plancher.  Maintenant, c’est elle qui ne comprend pas.  Elle fronce les sourcils et je pleure (c’est instantané).  Je vais à genoux dans le coin.  Mais je recommence.  Encore et encore.  Un jour, elle s’est fâché plus fort (c’était un beau jus de raisin bien collant sur le plancher frais ciré).  Elle a serré mon bras et elle m’a dit que le petit Jésus avait de la peine.

Je me souviens encore de ma réaction genre : WOWZA!!!, mais c’est qui lui?!?  Veux-tu bien me dire qu’est-ce qu’il vient faire là dedans???  Elle a pointé un crucifix en fer forgé accroché sur le mur en insinuant qu’il pouvait voir tout ce que je faisais de pas gentil.  Et moi de me dire (probablement en d’autres mots) Ben voyons donc, criss, voir si ça s’peut des niaiseries de même.

 

Du repentir

« Si tu réussissais à écrire sans une rature, sans un retour, sans une retouche — y prendrais-tu encore plaisir?  Ce qui est beau, c’est de se polir et de se préparer dans le calme à être un cristal. »

— Cesare Pavese, Le métier de vivre

The words are coming out all weird [Where do we go from here?]

Revivre tout pareil et différent à la fois.  Retrouver des vieux textes qui expriment exactement comment je me sens, ici et maintenant.  Se couper de la nécessité d’écrire, pour un temps.

Les noms et la vie interchangeable, sans contexte, cent contextes.  Quelque chose qui reste à comprendre, ou pas.  Comme les images qui nous hantent sans qu’on sache pourquoi.  Comme la toune qu’on écoute en loop jusqu’à l’épuisement.

Un autre tour complet sur soi qui ramène encore à la même place, ou peut-être en fait, pas vraiment. Décalée, décentrée.  La spirale au lieu du cercle.  Jeter le compas, la balance, fuir la mesure autant que la démesure.

Chercher les étoiles du mois d’août et ne rien voir du tout, pas même tes yeux.  Savoir qu’il faut parfois une noirceur totale pour bien saisir les choses.  Le sentiment d’avoir perdu ta main avant même de la trouver.

Enfiler les kilomètres malgré la lumière jaune du check engine qui clignote.
(C’est pas grave, fille, c’est juste ton sensor qui fait défaut)

Écouter le son de mon coeur qui bat.

Intermittent.

Et se dire qu’il reste encore, dans l’abstrait, quelque part, le ciel de Reykjavik à découvrir.