Des fleurs et de la vie qui passe [Henriette]

Les zinnias ont explosés en couleur par centaines sur la longue façade du pavillon.  Au plus fort de la floraison, le mois passé, on a dû interdire la cueillette.  Les petites vieilles décimaient la plate-bande afin de s’offrir les plus beaux bouquets, c’était l’hécatombe.  Avoir su…  L’an prochain, j’en sèmerai aussi à l’arrière, au jardin, là où elles pourront sévir sans problème.

J’étais encore accroupie, en train de désherber par une de ces dernières chaudes journées du mois d’août.  J’écoutais le silence.  Le vrai.  Celui du délicat battement d’ailes des monarques qui papillonnaient autour de mes fleurs, celui de la sauterelle qui s’est posée au soleil sur le pavé, parce que je l’avais sans doute dérangée, celui des oiseaux et des cigales qui semblaient se répondre et le grincement de la balançoire où trois résidentes se berçaient ensemble, sans rien à se dire.  Celui des pas lourds et hésitants de Madame Hébert, appuyée sur sa canne, qui s’approchait lentement depuis l’éternité, dans l’espoir d’une conversation.

D’un même souffle, elle a demandé comment je pouvais bien travailler par un temps si chaud, si j’avais de l’eau, si j’avais de la crème solaire.  Rassurée, elle a continué en disant que je travaillais si bien, que c’était si beau ces fleurs là, que les roses étaient ses préférées, comment ça faisait du bien pour le moral d’avoir de la belle nature à regarder, que ça la faisait sortir un peu dehors tous les jours, que ça lui donnait un peu de bonheur dans sa journée.  Elle m’a encore remercié, la larme au coin de l’œil.  Elle a fait deux pas en direction de la balançoire, puis elle s’est arrêtée net.  Elle a soulevé un peu sa canne puis d’un geste aussi lent que ferme et résolu, elle l’a redéposé au sol en faisant une petite rotation du poignet.  Et à nouveau, le silence.  Celui de la sauterelle qui craque, écrasée entre la canne et le pavé.

Publicités

3 réflexions au sujet de « Des fleurs et de la vie qui passe [Henriette] »

  1. Merveilleuse anecdote, et un punch comme un point final.

    À l’histoire, à l’été et au temps chaud.

    merci,

  2. Ping : Du poids de la terracotta [et du poids des mots] « Le gris n'est pas une couleur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s