If you knew [that I could take the pain]

Parfois, c’est quand c’est fini qu’on ne sait plus par quel bout commencer.  Comment faire de l’ordre dans tout ça.  Comment retrouver le calme.  Comment arrêter d’oublier que tu n’es plus là.  Que tu ne reviendras pas.  Que les choses ne s’arrangeront pas.  Comment laisser enfin passer la peine par dessus la colère, parce que franchement, à quoi ça sert d’être encore en criss après toi, si t’es morte.

J’pense que le pire, c’est quand je t’entends presque me dire que c’est mieux comme ça.  Qu’au fond, t’as rendu les choses faciles.  Que le couteau bien planté au dos a ravalé mes larmes et m’a tenu debout, bien droite, au salon, à l’église et qu’il me tient encore un peu tous les jours.  Comme s’il avait tranché d’un coup sec le fil qui mène droit au cœur, laissant mes souvenirs en pièces détachées, coupés d’émotions.  Je n’ai pas pleuré.  C’est fou, mais je pense que tu serais fière.  Je t’ai répété si souvent que la colère était une émotion que je ne connaissais pas, alors que c’était une force qui t’habitait tellement que c’était un des premiers mots qui venait à l’esprit pour te décrire.  On pourrait presque dire que c’est là mon héritage.  Une colère qui dévore ma peine.  Une colère qui m’empêche de m’effondrer de la même façon qu’elle t’a gardé si forte dans ce corps si faible et usé.

Ce matin là non plus, je ne savais pas par quel bout commencer.  Et puis, parce qu’il fallait bien finir par le faire, j’ai pris une boîte de carton et j’ai ouvert tes tiroirs pour faire le tri.  J’ai empilé dans la boîte tes derniers effets personnels.  Des papiers, les agendas des cinq à dix dernières années, les photos de tes petits neveux, une boucle d’oreille orpheline, une brosse, un miroir, une tasse à café, des ustensiles, une vieille carte postale d’un ancien amant (devant tes soupirs, j’avais tellement pas osé te dire qu’il était mauvais poète, mais c’est pas grave, on en a toutes connu un comme ça), un petit chat en bois (oui, je sais pourquoi tu l’avais laissé là) et une photo de ton chum avec au dos, ton écriture en pattes de mouches : le plus beau des plus beaux.  J’ai eu un frisson.

J’ai gardé le vieux fond de Sambuca.