sometimes I think it’s me but you know, I know when it’s a dream [Strawberry fields forever]

Dire que je n’aime pas les fruits ça serait mentir.  Ça n’a rien à voir avec le j’aime ou j’aime pas qui relève du goût, de l’expérience et de la préférence, des affinités électives.  Du plus loin que je me souvienne c’est une profonde répulsion accompagnée d’une réaction physique intense, les haut-le-cœur que je ne contrôle pas, dans le pire des cas jusqu’au vomissement.  Je ne me rends souvent même pas à l’étape de goûter, l’odeur suffit.  «Mais comment tu peux savoir que t’aimes pas ça si tu n’y as jamais goûté ?»  À ceci, maintenant, je répondrai simplement ta gueule.

Mais ça n’a pas toujours été aussi simple.  Mes parents ont longtemps associé mon dégoût à un caprice, et moi, j’ai longtemps eu l’ambition d’être la petite fille parfaite.  Parfaite, mais wise quand même.  Ou mieux, parfaite, parce que repoussant la confrontation à plus tard.  Alors ça donne quelque chose comme moi qui viens tout juste d’avoir 5 ans et qui jure à mon père que quand je vais avoir 6 ans, oui, c’est promis, je vais en manger des fraises.  Parce que d’abord, c’est dans une éternité, tellement que ça en devient abstrait…  et que si ça se trouve, et ben il aura oublié.

Il n’a pas oublié.  Sitôt les bougies du gâteau d’anniversaire soufflées, mon père a déposé un plateau de fraises devant moi.  Non seulement c’était des fraises de janvier, mais encore, faut dire que là, je m’attendais plutôt à une belle tranche de gâteau avec la rose en sucre.  Dans ma tête, ce moment là n’était pas supposé se produire.  Et là ce n’est pas que je ne veux pas, mais je ne peux pas.  Le corps qui refuse.  Je n’y arrive pas.  C’est là que j’ai réalisé que les fraises, même les plus belles, les plus sucrées de juin, c’est pas pour moi. Ni à 6 ans, ni jamais.  Et mon père est passé par autant d’émotions que moi, du rire de sa blague et de m’avoir coincé dans ma promesse à la culpabilité de faire pleurer un enfant le jour de sa fête.

Cette histoire m’est revenue en pensant à toi. Par la façon dont tu proposes toujours la semaine prochaine, t’es libre, la semaine prochaine, oui ça te tente, mais la semaine prochaine.  Tu booke une date, oui mais toujours dans l’abstrait.  Et ça me fait un peu sourire d’imaginer ta moue d’enfant de 6 ans confrontée au jour où il reçoit sa paire de billets.  Tsé des fois ce n’est pas qu’on est pas prêt ou qu’on est pas rendus là.  Faut peut-être juste être capable de s’avouer que les fraises, ben c’est pas pour tout le monde.

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2 réflexions au sujet de « sometimes I think it’s me but you know, I know when it’s a dream [Strawberry fields forever] »

  1. Ah Mademoiselle V. ! En commençant de lire un de vos textes, on se demande toujours où vous allez nous mener… Merci!

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