Like ghosts they want me to make ’em all [They won’t let go]

Je dormais paisiblement, survolant le quartier à bord d’un petit appareil léger qui permettait de faire des courtes distances. C’était comme un test à savoir si j’aimais ça pour vrai, les airs, la liberté. Ça faisait un drôle de sentiment dans le ventre. C’est peut-être ça, l’euphorie. Je sais pas trop, j’ai pas encore l’habitude. En posant l’appareil du bon côté de la rue, parce que rêve ou pas, les interdictions de stationnement en ville, on s’en sauve pas, j’ai passé la commande sur le net (intégré au tableau de bord, c’est pratique) pour l’app qui une fois branché dans le moteur du petit bolide pourrait me permettre de faire des plus longues distances, parce que tsé, quand t’as fait 3-4 fois le tour du carré, t’as envie d’aller voir ailleurs, c’est sûr. Petit message automatique, délais d’une semaine à prévoir avant la livraison, mais c’est correct, ça me laissera le temps de me pratiquer.

Je marche donc vers l’appartement avec déjà en tête les images du prochain vol et il est là, assis dans les marches extérieures qui montent vers chez moi, sourire arrogant comme toujours. Je pars pas d’ici et je te laisse pas tranquille avant que tu me donnes l’appareil, parce que c’est à moi. L’euphorie, c’est toujours éphémère ou ben c’est juste pour les autres. Ma boule de plomb revenue dans l’estomac. Tout lui appartient encore, même après tout ce temps. J’arrive pas à comprendre pourquoi, ce n’est pas logique, mais je ne m’oppose pas, comme s’il y avait toujours un lien, la force des choses ou seulement l’emprise sur un envol que je n’arrive toujours pas à maitriser. Plaquée au sol. Maintenue par la chaîne que plus personne ne voit mais qu’on devine encore parfois, juste au son, ou à l’instinct. À l’odeur peut-être, un peu comme la peur.

Il s’est levé pour partir, mon bolide, son dû, tout replié sous son bras. Il a fait deux trois pas, puis, toujours avec la même assurance, il s’est retourné pour dire : quand tu vas recevoir l’app la semaine prochaine, tu m’appelleras, je vais passer la chercher. Elle va te servir à rien maintenant de toute façon... J’ai explosé. Je viens juste de la commander, ça fait huit ans que c’est fini, tu veux l’app? ben commande-la toi-même, criss, là ça va faire. C’est la dernière fois, y’a plus rien qui t’appartient chez-moi . Je veux plus jamais te revoir ici.

Freud, c’est pas encore parfait, je sais. Il est encore capable de me prendre le bonheur du moment, mais je te le dis cette fois, c’est vrai, watch out la semaine prochaine. L’osti, je te jure qu’il va finir par repartir les mains vides.

Ou avec ma boule de plomb, tiens.

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Une réflexion au sujet de « Like ghosts they want me to make ’em all [They won’t let go] »

  1. J’aime vous lire Melle V. Ce texte prend une résonance particulière ces jours-ci dans ma vie…ne l’exprime pas aussi bien que vous, le garde par devers-moi, qui sait… il ne faut pas casser les choses…
    Mouais, ce n’est peut-être pas la meilleure solution.. ;-)

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