I’m trying to build a wall [walking by myself]

J’ai marché derrière lui l’espace-temps de 4 ou 6 coins de rues. Il a peut-être treize ou quatorze ans, il parle sans arrêt à l’homme qui l’accompagne (son père?), fin quarantaine, complet cravate générique à qui je n’accorde aucune attention. Je suis hypnotisée par l’être à part qu’est l’enfant. Son vocabulaire est recherché tout comme sa façon de s’exprimer, avec un accent particulier, non identifié. Il déverse un flot d’informations impressionnant pour quelqu’un de son âge, sans même prendre le temps de respirer entre les phrases. Il s’emballe un peu mais on sent qu’il tente de retenir l’excitation qui le traverse devant tant de choses à dire, tant de fascination. Son émerveillement est fabuleux. Il sait tout. La date de construction et les fonctions premières de tous les édifices qu’il croise, les noms de tous les architectes impliqués sur les projets, les événements historiques ou les faits divers qui se sont produits et on sent l’inquiétude dans sa voix quand il n’arrive pas à tout dire à temps, parce que son père marche trop vite. Son envie, immense, trop intense, de partager, d’entrer en contact est flagrante, autant que sa maladresse et sa particularité qui me bouleverse.

Lumière rouge, pause forcée.

Il ne reprend pas son souffle, poursuivant toujours le feu roulant de son érudition et je m’efforce discrètement de ne pas en perdre un mot. Le père se retourne enfin vers lui, retirant l’écouteur de son oreille gauche.
Thomas, c’est trop fort maintenant, je t’entends par dessus la musique. Baisse le ton un peu s’il-te-plait.

L’enfant a poursuivi en baissant d’un ton sans se laisser déconcentrer ou décourager, le temps que le père replace son oreillette.

Le feu est passé au vert et je suis restée là, les regardant s’éloigner.

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are you scared to wear your heart out on your sleeve? [You ain’t alone]

Blessure à la cheville qui n’en finit plus de dégénérer. Je ne marche plus la ville le soir, ou si peu, puisque je le paye chaque fois si chèrement.

Métro ligne orange, 17h45. Angoisse légère d’heure de pointe, encore sous contrôle. Trop de monde, trop de sons, trop d’odeurs. Tenter d’en faire abstraction, yeux mi-clos.

Joue froide d’enfant de 4 ans qui frôle à quelques reprises ma main agrippée au poteau de métal, qu’il a probablement prise pour celle de sa mère, distraite sur son téléphone à quelques pas. Candy crush.

L’enfant ne s’est pas trompé. Il me regarde maintenant de ses grands yeux marrons, léger sourire en coin. Il incline doucement la tête et colle de nouveau sa joue sur ma main, exerçant une petite pression. Caresse volée.

Crushed.