De celle qui porte la victoire [rien n’arrive pour rien]

«La « victorieuse » !  Par ma lecture des épopées du Moyen Âge je sais que de tels noms ou dénominations veulent souvent dire le contraire.  Une « victorieuse » est donc d’emblée une « perdante ».  Le secret des épopées, quand pour une fois l’aventure se termine bien, c’est que la « perdante » devient vraiment la « victorieuse », et quelle victorieuse !  Appelée ainsi pour que ou parce qu’elle pouvait ou devait le devenir dans la réalité.  Devenir victorieuse, c’était, pour la perdante de l’heure, sa destinée !  Et dans l’intervalle, se tend peut-être l’arc de l’aventure. »

Par une nuit obscure, je sortis de ma maison tranquille, Peter Handke

Lecture de vacances [YOLO]

« Je ne fait rien, c’est entendu.  Mais je vois les heures passer — ce qui vaut mieux qu’essayer de les remplir »

« Il ne faut pas s’astreindre à une œuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l’oreille d’un ivrogne ou d’un mourant »

« Quand on se refuse au lyrisme, noircir une page devient une épreuve : à quoi bon écrire pour dire exactement ce qu’on avait à dire? »

« On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu’on n’oserait confier à personne »

« Le temps pur, le temps décanté, liberté d’événements, d’êtres et de choses, ne se signale qu’à certains moments de la nuit, quand vous le sentez avancer, avec l’unique souci de vous entraîner vers une catastrophe exemplaire »

« Chacun a fait, à un moment donné, une expérience extraordinaire, qui sera pour lui, à cause du souvenir qu’il en garde, l’obstacle capital à sa métamorphose intérieure. »

« Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d’accorder de l’importance à ce qui n’en a pas. »

— Cioran, De l’inconvénient d’être né

Autant les choses de la métropole pouvaient toujours être agréables, autant elles n’avaient plus rien à dire.  Elles ne signifiaient plus rien, ne me faisaient plus rien pressentir, ne me rappelaient plus rien (ne se rattachaient à rien dans mes souvenirs d’enfance), avaient cessé de me rendre rêveur et inventif — et tout cela était nécessaire pour être enthousiasmé ou simplement avoir chaque jour le sentiment de vivre.

— Peter Handke, Mon année dans la baie de Personne

Du repentir

« Si tu réussissais à écrire sans une rature, sans un retour, sans une retouche — y prendrais-tu encore plaisir?  Ce qui est beau, c’est de se polir et de se préparer dans le calme à être un cristal. »

— Cesare Pavese, Le métier de vivre

De la réciprocité

« Qu’il soit clair, une fois pour toutes, qu’être amoureux est un fait personnel qui ne regarde pas l’objet aimé — même si celui-ci vous aime en retour.  Dans ce cas aussi, on échange des gestes et des paroles symboliques où chacun lit ce qu’il a en lui et que, par analogie, il suppose exister chez l’autre.  Mais il n’y a pas de raison, il n’y a pas de nécessité, que les deux contenus coïncident.  […]  Il y a en somme entre ces symboles et la réalité le même rapport qu’entre les mots et les choses. »

 — Cesare Pavese,  Le métier de vivre

De la voix qui hurle sans bruit

Il est de certaines combinaisons de regards d’une subtilité toute simple — où le caprice et la raison, le sérieux et la folie sont tellement confondus, que tous les langages de Babel déchaînés en même temps ne sauraient les exprimer — ils se communiquent et s’attrapent si instantanément, qu’on peut à peine dire de qui provient la contagion.  Je laisse à l’enflure de nos faiseurs de phrases le soin de noircir des pages à ce propos.

— Laurence Sterne,  Voyage sentimental en France et en Italie