Love is a lie, I’m a liar, you’re a liar [Love is a why, did you lie, to me]

D’une rencontre, on peut toujours, à la base, faire deux récits.  Avec le temps et la distance, quatre.  Puis on mélange les genres, le drame de moeurs devient horreur ou comédie.  Ça fait déjà sept versions possibles.  C’est le début raconté longtemps après la fin et pourtant, toi et moi, c’est même pas une histoire.  C’est rien.  C’est un soir, une nuit, un matin et une bouteille de vin cheap parce que tsé, c’était pas prévu.

On s’est parlé pendant des heures sans rien se dire.  En tout cas, rien d’important.  Parce que c’est plus simple comme ça.  Le sous texte s’embrouille moins.  On a joué longtemps à ce jeu stupide de celui qui céderait en premier.  J’aurais dû te laisser gagner.  T’avais pas tellement envie de moi.  T’avais juste foutrement envie que j’aie envie de toi.  C’était écrit dans tes yeux.  C’est quelque chose d’enfoui très loin en toi mais qui, ce soir là, crevait la surface.  Je sais rien de toi, mais ça, je le sais.  Et si je le sais, c’est parce que je suis addict à la même drogue que toi.  Du coup, on s’est partagé un fix.  Dilué.  Un vrai trip d’égocentriques.  T’as joué l’amant transi et j’ai dit toutes les niaiseries qu’on dit dans ces moments là.

La fin est arrivée, prévisible.  Je pense que tu ne t’es jamais rendu compte de rien.  Tu connais ton rôle tellement par cœur que t’as oublié que le jeu se fait à deux.  Je n’ai jamais voulu que tu m’aimes, mais j’aurais voulu que tu voies la même chose que moi.  J’ai désiré, si fort, la nudité crue, la tombée des masques.  Au lieu de ça, des regards aveugles, dévorants jusqu’à la nausée.   Ce n’est pas une histoire.  C’est rien.  Rien que la déception et une certaine colère devant les faux semblants qui existent sans raison.  Une insulte à l’intelligence.  Et de deux récits, voici le mien : c’est avec toi que j’ai compris qu’il n’est pas nécessaire de mentir à ceux qui ne demandent rien.

Pas parce que je t’ai menti.  Mais parce que je ne t’ai jamais rien demandé.

I don’t suffer from insanity [I enjoy every minute of it]

J’ai une fatigue qui s’empile dans le corps et dans la tête depuis des semaines, probablement depuis mon retour de Cuba.  Hier, dès 20h30, je luttais contre le sommeil.  Sachant qu’il m’est de plus en plus difficile de dormir plus de 6 heures en ligne, j’ai combattu avec acharnement jusqu’à minuit.  J’aime repousser cette limite.  Ressentir le lent engourdissement des sens.  Presque l’ivresse.  Anticiper la rupture, l’instant magique, où il suffit de poser, à peine, la tête sur l’oreiller pour se métamorphoser en pierre qui tombe, propulsée avec force tout au fond d’un puits.  Noir.  Étoilé.

Je me suis enfin glissée entre les draps.  Le corps, à cette seconde, est devenu aussi tendu que la corde sous ton archet, flottant, dans sa raideur toute crispée, au dessus du matelas.  Insubmersible.  Une impossibilité de tomber, comme un refus de la chute calculée qui frappe d’un coup de poing sur la table.  La lente procession de toutes les positions, l’étalement dans tout l’espace alternée avec le repli le plus instinctif, intercalé avec l’oreiller en ersatz, plaquée au dos.  Si je repousse le sommeil encore, encore juste un peu, demain, il sera meilleur, plus grand, plus fort.

Dans le noir de ma chambre, j’écoute en boucle cette chanson que je viens tout juste de découvrir, qui me berce doucement et que j’aurais voulu écrire.  Pour ça, il aurait fallu que je t’aime.  Ça parle de l’amour qui se joue lentement à la guitare et de pluie à Glasgow.  Je ne sais pas jouer la guitare et je n’ai jamais mis les pieds en Écosse, pas plus que je ne t’ai jamais rencontré.  Alors l’amour, c’est comme le sommeil qui ne vient pas.  Comme le sommeil que je repousse un peu plus chaque jour à demain.  Parce qu’il sera toujours meilleur, plus grand, plus fort.  Demain.

And You Don’t Give a F [urther Thought]

J’ai perdu le chemin qui me mène à toi.  Sans vraiment savoir, ou peut-être, inconsciemment, avant les faits, j’en parlais déjà ici.  Je ne sais pas comment c’est arrivé.  Un espace que je croyais solide, un terrain conquis, s’est ouvert sous mes pieds.  Le coeur à l’épicentre.  La terre qui devient mer.  Moi, sans repères et sans ancre, qui tard le soir, allais nager avec des roches dans l’estomac et le désir de couler au fond, pas pour vrai, mais juste pour un temps, pour cesser d’y penser.  J’ai senti tout le poids des cordes qui laissent leurs marques sur la peau.  Une boucle double nœud dont je n’arrivais pas à me défaire.  Et toi, de l’autre côté du câble, manoeuvrant avec une légèreté désarmante qui me faisait mal au ventre.

Longtemps, j’ai cru que tu étais là pour m’apprendre la confiance.  Mais est-ce que les gens ne sont jamais présents pour les raisons que l’on pense?  Tu m’auras appris le détachement.  Que le monde appartient à ceux qui n’ont pas besoin de sentir le sol sous leurs pieds.  L’ennui des sentiers (que je ne partage pas).  L’appel du vent (qui m’indiffère), le goût du feu (qui me heurte encore).  Les liens que l’on ne doit jamais lier trop serrés, mais plutôt laisser glisser sur le dos, comme les gouttes d’eau (je m’y entraîne, méthodiquement).

Je ne sais pas encore si j’arriverai un jour à me laisser porter par le vent.  Il me fouette au visage.  Je me consume, de temps en temps.  Ça ne dure jamais bien longtemps.  J’apprivoise lentement la peur du large et le goût pour la dérive.  Sans doute, on ne se refait pas si facilement.  L’envie de battre en retraite au centre de mes terres est toujours là.

Un jour peut-être, j’aurai moi aussi cet élan qui fait bondir d’une chose à une autre sans retour possible vers l’arrière.  Cette agilité qui me fait défaut et que je ne suis pas toujours certaine d’envier.

Parce qu’au fond, ça voudrait dire ne pas avoir une autre pensée pour tous ceux que je n’ai pas assez aimé.

Petite-Patrie, 8h24

La même scène se répète tous les matins.  Tu es au coin de la rue avec ce garçon très beau et très grand.  La lumière est rouge (c’est inévitable).  Il se penche vers toi et il t’embrasse, amoureusement.  Lorsque le feu devient vert, tu t’éloignes.  Tu traverses l’intersection pour aller attendre le bus.  Lui, il reste un peu là,  à te regarder.  Sa main est toute prête à te faire un signe si jamais tu venais à te retourner, son sourire est à la fois naïf et touchant.  Puis, il poursuit lentement son chemin vers le métro.  En marchant, il se retourne toujours au moins deux fois, juste pour garder une image de toi.  Mais je ne t’ai jamais vu regarder au dessus de ton épaule.  Tu n’as aucune idée de ce moment là qui se répète, jour après jour.  Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rend triste, un peu.

Crawling out of my skin [let me in]

Je sais comment tout ça va finir. Mais je sais surtout que tout ce que je sais ne sert à rien. Juste une vague impression d’avoir fait le tour de toutes les situations et d’être revenue au centre. Au degré zéro. Les aiguilles ont beau repasser sur les mêmes chiffres, je ne suis jamais tout à fait au même endroit, ni tout à fait la même qu’avant.

Il y a 360 pas qui claquent du talon comme autant d’aller-retour entre le vertige et that safe place, un espace à géométrie variable.  Au commencement, un jardin pour exister en dehors de moi et ensuite, des mots, pour habiter ma peau.  Mais l’abri n’a de sens qu’en présence du danger.

Il ne reste qu’une histoire qui attend.  Parce que c’est le problème avec les histoires.  Il n’y en a toujours qu’une seule à raconter.  Au début en tout cas.  Ensuite, toutes les autres peuvent exister.  Il faut commencer avec celle qu’on ne peut pas choisir.  Celle qui nous tombe dessus.  Celle qui est impossible à cacher.  Celle qui transpire, qui colle, qui tache.  Celle qui fait mentir.  Celle qui fait honte aussi.  Mais celle qui m’appartient.

Et parce qu’elle m’appartient, je peux défaire les points de suture.  Je peux rassembler les pièces d’un patch work qui s’étend à l’infini comme les courtepointes magiques de ma grand-mère.  Je peux la coudre et la découdre autant de fois qu’il me plaît.  Je peux la laver, la teindre, l’user, la porter à l’envers ou à l’endroit.  Je peux faire du haillon, une robe de bal qui me laissera ma nudité.  Et peut-être qu’après tout ça, cette histoire, je pourrai enfin l’aimer.

You don’t fight fair [Hit me with your best shot]

Tout me ramène toujours à toi.  Ton ombre qui n’en finit pas de planer au dessus de moi.  T’es toujours là où je m’y attends le moins.  Dans un rêve, au détour d’une phrase, dans le regard d’un autre.  Oui, bien sûr, après toi il y en a eu d’autres.  Mais tu serais fier de savoir que malgré tous mes efforts, ils te ressemblent tous.  À travers eux, je nous mets en scène.  Juste pour tester, voir, si tu peux encore m’atteindre.  Et malgré tout le raffinement déployé (trust me), tu n’y arrives pas.  Pas plus qu’eux.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai longtemps souhaité le contraire.  J’aurais voulu pouvoir pleurer, que ce soit de peine ou de rage.  Pleurer, ou pouvoir dire je t’aime (et le penser).  Essaie encore, juste une fois.  Fais-moi mal.  Frappe plus fort.  Comme si c’était la seule façon qu’il m’était donnée de savoir que j’existe encore.

We’re trying to be faithful [but we’re cheatin’, cheatin’, cheatin’]

Quand j’ai ouvert les yeux je me suis sentie désorientée.  Ça a pris quelques secondes pour que je reconnaisse cette chambre qui n’était pas la mienne.  Puis je t’ai vu, endormi.  Et j’ai vu le soleil qui entrait tout grand par la fenêtre.  J’ai enroulé un drap autour de moi et me suis dirigée vers la cuisine.  J’ai trouvé un verre dans l’armoire et j’ai enfilé les verres d’eau pour calmer la soif causée par le vin corsé de la veille.  Celui de la bouteille de trop.  Par la grande fenêtre de la cuisine, je pouvais voir la terrasse que t’avais construit avec une autre que moi.  Elle avait un style mexicain, avec des cactus bizarres.  Je la trouvais cool cette terrasse, même si elle était si différente de ce que moi j’en aurais fait.  Je me suis demandé si on aurait le temps de s’y étendre un peu pour profiter langoureusement des rayons du soleil, avant son retour.  La sonnerie du téléphone t’a réveillé.  La voisine, aux aguets de l’autre côté du mur de papier, se plaignait du tapage nocturne de la veille.  Tout ce que t’as trouvé à faire c’était de rire aux éclats.  Moi aussi.  Tu m’as tendu le combiné en disant tiens, tu veux lui parler? On se sentait légers, complices dans le crime comme dans les caresses.

Et j’ai enfin ouvert les yeux, une fois de plus, désorientée.  J’ai reconnu ta chambre.  J’ai vu ton cœur, laissé bien en évidence sur la table de chevet.  Je me suis retournée vers la fenêtre.  Le ciel était tout gris comme le premier jour d’une longue semaine de pluie.  T’as ouvert les yeux et on s’est dit bonjour, un peu gênés par l’haleine du matin.  Il restait un peu de vin dans ta coupe.  T’as fait glisser lentement (très lentement) ta main, de mon dos jusqu’à mes fesses et tu m’as demandé si je voulais quelque chose à boire.  Je t’ai demandé un grand verre d’eau.  Pendant que je buvais, tu t’es pris un seven-up.  J’ai dû prendre un drôle d’air, malgré moi.  T’as dit tu dois me trouver dégueulasse de boire ça à 8h du matin.  J’ai dit ça pourrait être pire.  T’as dit oui, ça pourrait être du Coke.  On a ri.  Mais l’atmosphère était lourde.  Je me suis habillée.  Avant de partir, j’ai jeté un coup d’œil rapide à la cuisine juste pour confirmer un doute.  Il n’y avait pas de fenêtre.  Pas de terrasse.

J’aurais voulu qu’il n’y ait pas de regrets.