Lavez, lavez…

78 chambres.  5 salons.  Une grande salle communautaire, une chapelle, deux cafétérias (celle des bénéficiaires et celle des employés), un salon de coiffure, une salle de couture et trois bureaux.  Ça fait environ 130 fenêtres à laver par les fins de semaines une fois la saison du jardinage terminée, en plus de ma so called glamourous job à temps plein dans un grand musée montréalais.  Il y a deux ans, ça a payé mon voyage à Vancouver.  L’an passé, ça a payé des freins à ma voiture et l’euthanasie de mon chat qui avait un cancer des voies respiratoires.  Cette année, ça va payer un alternateur et une partie des frais de vet de mon autre vieux chat qui se fait assurément larguer par ses reins, et donc qui tire à sa fin autant que mon char de douze ans.  Life is a bitch.  L’histoire qui se répète deux fois, sans comédie.  Faque j’ai une maîtrise et ça fait trois ans que je passe mes fins de semaines d’automne à laver des vitres.  Et j’vais dire une chose vraiment terrible à entendre, une chose qui m’a même pris bien du temps à assumer.

J’aime ça.

On va se le dire, j’aime pas le fait que ma vraie job ne me permet pas d’arriver à vivre moyennement aisément seule, on s’entend.  J’aime pas non plus le fait que ça réveille immanquablement la douleur à l’épaule héritée d’un accident de voiture (contre toute attente, non, c’est pas moi qui conduisait).  C’est pas non plus le sens du travail accompli, parce qu’on se sent vraiment accomplie quand on arrive à rétablir les faits preuves à l’appui concernant deux œuvres de Borduas aux titres et dates inter changées dans toutes les publications des 30 dernières années.  Mais faut pas s’attendre à une tape dans le dos de la part de personne, encore moins des supérieurs responsables des publications des 30 dernières années.  Et parce que sérieux, le monde s’en torche pas mal du titre et des dates des œuvres de Borduas.  Mais torcher la fenêtre de quelqu’un qui est trop faible et malade pour le faire de lui-même, c’est peut-être niaiseux, mais ça fait une petite différence dans une vie passée entre quatre murs d’octobre à mai quand c’est pas plus.  Alors au final, c’était une grande révélation pour moi de recevoir plus de reconnaissance et même j’ose dire de respect, à laver des fenêtres qu’à consigner l’histoire et le patrimoine culturel.  À aider les gens de la plus simple des façons plutôt que de les instruire.

J’aime prendre le temps de lire les noms et surtout les prénoms d’un autre temps sur chaque porte avant de frapper et de pouvoir les saluer.  J’aime voir sur leurs murs, les photos de mariages circa 1930 ou même parfois plus anciennes, celles de leurs parents.  J’aime les aider à se rendre au salon à petits pas de marchette, lorsqu’ils ont peur d’avoir trop froid pour rester dans la pièce.  J’aime bien aérer leur chambre pendant les quinze-vingt minutes que ça prend, pour chasser au mieux, l’odeur de petits biscuits au beurre et au pire, pas besoin de vous dire.  J’aime savoir sans aucun doute possible que si j’étais une des leurs, c’est sur le beau grand Monsieur LaHaye que j’aurais jeté mon dévolu, toujours tiré à quatre épingles, très cultivé, as du casse-tête, marchant sans canne ni marchette et ayant encore toute sa tête à 92 96 ans.  J’aime entendre leurs histoires.  Les écouter se répéter, être un peu mêlés et même se chicaner entre eux.  J’aime revoir « mes préférés » années après années et je suis triste quand certains manquent à l’appel.  Et finalement, je réalise que j’aime le temps et l’effort que je donne encore plus que la paye que j’en retire.

Parce que j’aurais pu le réécrire encore une fois

J’ai perdu le chemin qui me mène à toi.  Sans vraiment savoir, ou peut-être, inconsciemment, avant les faits, j’en parlais déjà ici.  Je ne sais pas comment c’est arrivé.  Un espace que je croyais solide, un terrain conquis, s’est ouvert sous mes pieds.  Le coeur à l’épicentre.  La terre qui devient mer.  Moi, sans repères et sans ancre, qui tard le soir, allais nager avec des roches dans l’estomac et le désir de couler au fond, pas pour vrai, mais juste pour un temps, pour cesser d’y penser.  J’ai senti tout le poids des cordes qui laissent leurs marques sur la peau.  Une boucle double nœud dont je n’arrivais pas à me défaire.  Et toi, de l’autre côté du câble, manoeuvrant avec une légèreté désarmante qui me faisait mal au ventre.

Longtemps, j’ai cru que tu étais là pour m’apprendre la confiance.  Mais est-ce que les gens ne sont…

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All the young douches

Si vous voulez vraiment me faire plaisir, allez tous lire ce texte qui fait ma journée sur un de mes blogs préférés.  Et tant qu’à y être, lisez également la très belle série de textes intitulée « Mathilde en dernier« .  Suivez les onglets au bas de la page principale, à droite (oui, je vous tiens par la main) pour trouver facilement les 16 textes dans l’ordre.