De l’adolescence perpétuelle [et de Facebook]

Depuis plusieurs mois j’entends à gauche et à droite un paquet d’histoires de gens qui retrouvent leurs amours d’adolescence via facebook et qui reprennent ça plus ou moins où ils s’étaient laissés, comme si la vie ne les avait pas changés en cours de route.  Comme si le premier était toujours le plus vrai, le plus beau, l’éternel, le modèle pour tous les autres. 

Oui, y’a une partie de moi qui trouve ça beau et romantique (ok, on ne parle pas du moyen, mais de la fin).  C’est comme engager quelqu’un qui a des références.  C’est rassurant.  Mais le problème, c’est que ça fait souvent oublier qu’il y a peut-être quelqu’un de plus compétant pour la job, avec un CV à jour…  

Et ça n’a rien, mais rien à voir avec le fait que je viens de découvrir que mon first love de cour d’école montre ses fesses dans un profil ouvert à tous sur facebook.  (Vive les photos de party!)

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Sliding Doors

Je suis allée à l’OSM hier soir.  Oui, y’avait encore du Brahms au programme.  Je pourrais vous raconter comment le violoniste avait une technique absolument impressionnante, comment la foule a réagit avec tellement d’intensité (du jamais vu pour ma part et c’était totalement mérité) à la fin du concert ou encore, comment Claude Gingras est le critique le plus détestable à lire.  Mais ce n’est pas de ça que j’ai envie de vous parler. 

Juste avant le concert, on m’avait fait remarquer que la mode faisait définitivement un retour aux années 80.  Prions pour que le retour des épaulettes et de la moustache soit évité.  Il faisait beau malgré le vent un peu frais et les gens défilaient sur l’esplanade, en attendant l’heure du concert.  Curieusement, il y avait beaucoup d’adolescents (probablement en sortie scolaire) qui s’étaient mis spécialement chic pour l’occasion.  Voir des garçons qui se sentent enfin un peu hommes pour la première fois en tenant par la main des filles qui étrennent des jolies robes qui les vieillissent un peu trop, ça me donne systématiquement un sourire un peu ému.  Je trouve ça beau, ce désir maladroit d’être adulte, alors que l’inverse, le désir adulte d’être adolescent est toujours un peu triste…  

Quand j’ai gagné mon siège, je n’ai pas pu faire autrement que de remarquer la jeune fille de moins de vingt ans qui avait sa place à côté de la mienne.  Elle avait le look typiquement Madonna, époque Like a virgin.  Une brunette teint en blond vénitien, bouclée, une fausse fleur dans les cheveux, portant une jupe turquoise à volants, des dentelles noires et un peu trop de rouge à lèvres.  Rouge.  On sentait l’effort de la recherche.  La volonté de paraître femme.  La tentative d’élégance.  Elle ne faisait pas partie d’un de ces groupes.  Sa nervosité était palpable.  C’était sans doute sa première grande sortie en solo.  À la fin du concert, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer qu’elle avait pleuré.  J’aurais sans doute fait pareil si j’avais été seule.  On a toujours moins de retenue, lorsqu’on est seule dans la foule.  Avant de quitter la salle, elle est revenue un peu sur ses pas, ses pas mal assurés en talons hauts qu’elle n’est pas habituée de porter, et elle a jeté un dernier regard vers la scène qui se vidait de ses musiciens, comme pour immortaliser le moment.  Et elle est disparue.

*****Entracte*****

À la sortie, y’avait des piles de Elle Québec distribués gratuitement.  J’aime pas spécialement les revues féminines, je l’ai déjà dit.  Mais ce que j’aime bien dans celle là, c’est la section où un homme (connu) passe aux aveux en confiant 10 choses que les hommes ne disent (généralement) pas.  Je suis gâtée, dans mon exemplaire gratis, c’est Stéphane Dompierre qui confie non pas 10, mais 33 choses (…).  J’en ai une 34e pour lui.  Un homme ne prend habituellement pas un exemplaire du Elle Québec, même si c’est gratis, sous prétexte que c’est Kate Winslet sur le cover.

*****

J’ai voulu éviter la cohue qui se dirigeait vers le métro Place-des-arts.  Il était un peu tard et frisquet pour marcher jusque chez moi.  J’ai quand même décidé de marcher jusqu’au métro Sherbrooke, puisque de toute façon, ça revient à peu près au même que d’attendre à Berri pour le transfert de ligne.  J’en ai eu la preuve.  En poussant la porte pour entrer dans la station, au même moment, une jeune fille sortait.  De part et d’autre de la vitre, on a échangé un regard surpris et un sourire d’amusement.  C’était la jeune fille à la jupe turquoise.  

Un défi

Volé ici

Règle du jeu :
Vous devez mettre sur votre blog une toune «marquante» de votre adolescence qui est maintenant presque oubliée. Cette toune doit être, de préférence, quétaine à souhait.

Bon, j’ai pas tout à fait réussi le défi.  Rien à faire, je trouve pas de toune qui m’aurait marqué qui est à la fois quétaine et oubliée.  Mais bon, j’ai trouvé ça, une toune que j’ai adoré, je devais avoir 15 ans.  Je crois que c’est le seul hit du groupe et j’ai l’impression que je dois être la seule qui s’en souviens. Quelqu’un d’autre?  Je trouve pas la toune quétaine (pffff moi quétaine? jamais voyons donc!), en fait je trouve que ça s’écoute encore bien…  Par contre, le vidéo-clip, lui est vraiment d’un quétaine absolu, mention spéciale aux cheveux gaufrés, ex-aequo avec le vieil alcoolo à l’âme en peine…

Joey, Concrete Blonde

Vol de nuit [pour un baiser]

***Désolée, c’est plutôt long comme billet. J’avais pensé l’écrire en deux épisodes et puis finalement, je me suis dit que si ça vous embête, vous n’avez qu’à prendre 2 jours pour le lire :P

C’était l’été de mes 15 ans. Par une très chaude journée de la fin juillet, on a déserté la petite ville de banlieue sans histoires en prenant le bus pour notre annuelle journée (une tradition incontournable entre 13 et 17 ans) à La Ronde. On était un quatuor plutôt intéressant en contraste. Il y avait C la blonde aux yeux bleus qui ressemblait à une poupée, G la grande brune sportive, M la rousse extravertie et moi, V la noire au tempérament d’artiste. Différentes, complémentaires, inséparables.

Puis, on les a remarqués. Ça devait faire un bon moment qu’ils nous suivaient, de manège en manèges, sans trop de subtilité. Le soir tombait déjà, ne restait plus que deux heures avant la fermeture du site. C’est dans la file du Disco Ronde qu’ils sont enfin passés à l’attaque. Celui qui semblait le leader du groupe, plutôt blond, du genre grande gueule charismatique légèrement bad ass et derrière lequel les autres s’effaçaient, a commencé à nous parler, avec deux trois phrases pour nous faire rire. Il a vite proposé que chacune d’entre nous monte à bord avec l’un d’eux, jetant lui-même son dévolu sur C, la jolie blonde, évidement.

Je n’ai pas eu vraiment le temps de montrer ma déception qu’une voix me glissait timidement à l’oreille : « Je peux monter avec toi? » C’est là que je l’ai vu. Je ne vous dirai pas s’il s’agissait d’un beau grand brun aux yeux verts, puisque j’aurais décidément l’air d’en faire une obsession (ce qui est loin d’être le cas!). Je me souviens d’avoir entendu un autre protester : « Criss t’as donc ben faite ça vite, t’avais peur que je lui demande avant, salaud? » Il avait souri en me disant : « Ne l’écoute pas, c’est un con. » Il avait 16 ans, il habitait Pointe-aux-Trembles, il trippait autant que moi sur l’album Violator de Depeche Mode qui venait de sortir, fallait voir ça comme un signe du destin.

Pendant le reste de l’été, à toutes les semaines, il faisait le long trajet pour venir me voir et régulièrement, je faisais aussi le trajet inverse. Il fumait des Export A (le paquet bleu) et il disait qu’il avait décidé de ne pas retourner à l’école en septembre. Malgré ses charmantes manières de garçon bien élevé, ma mère l’a tout de suite détesté. Je crois qu’il n’en fallait pas plus pour me faire succomber…

Je vous dis pas les factures d’interurbain que mes parents ont reçu (et m’ont gentiment refilé) cet été là. Ouais, je suis vieille, c’était avant internet et msn. Un soir donc, vers la fin de l’été, à quelques jours de la rentrée des classes, il m’a appelé pour me dire qu’il avait envie de me voir et qu’avec son copain (le blond bad ass qui voulait en profiter pour revoir G, parce que oui, il s’était déjà lassé de la blonde), il prendrait la route pour venir me voir, là, maintenant. Il était déjà très tard lorsqu’il est arrivé, et j’ai toujours trouvé qu’avoir ma chambre au sous-sol était infiniment pratique pour contourner le couvre-feu en sortant par la fenêtre.

Il semblait plutôt nerveux et il disait qu’il ne pouvait pas rester longtemps. Dans le petit parc, on s’est embrassé pendant une bonne demi-heure puis, il m’a raccompagné chez moi. Au moment de repartir, ça a été la catastrophe. La voiture est tombée en panne. La police municipale s’est pointée, et comble de malheur, le chat est sorti du sac : l’automobile, qui appartenait au beau-père du blond, avait en fait été « empruntée » en douce pendant son quart de travail de nuit. Elle venait tout juste d’être déclarée volée…

La romance s’est terminée à peine une semaine plus tard (au grand soulagement de ma mère), alors que le père de mon grand brun avait posé un ultimatum à son fils, qui décidément ne faisait plus que des bêtises (comme voler une voiture pour aller embrasser une fille) depuis qu’il était revenu de La Ronde très tard un soir, fébrile, ne pouvant s’empêcher de réveiller sa mère pour lui confier qu’il venait de tomber en amour.

Lanaudière

Lundi dernier, j’ai franchi une frontière psychologique. J’ai pris le chemin de la rive-nord. En digne fille de quelque part pas trop loin sur la rive-sud, je pense que je n’avais même jamais conduit la voiture au nord de Jean-Talon. Je me suis retrouvée dans une petite maison bleue, tout en haut, là où les oreilles se bouchent, au sommet d’une montagne qui surplombe un lac, dans la forêt, en compagnie d’une amie, d’alcool et de vin, d’une multitude d’oiseaux chanteurs, des cigales, des maringouins et des mouches à chevreuils qui à mon grand désespoir, m’aiment bien. Cette idée aussi, d’hydrater ma peau avec une crème qui sent un peu la vanille… On a failli aller se baigner dans le lac, de l’autre bord du quai « parce que de ce côté là y’a presque jamais de sangsues« , mais j’avais comme « oublié » mon maillot, mais pas encore assez bu pour oublier les convenances (ou les sangsues).

Une journée comme un baume, dans un ciel chargé d’orage qui s’est éclairci après à peine quelques gouttes malgré le tonnerre qui gronde. Une journée où on m’a dit les mots que j’avais besoin d’entendre. Une journée pleine de poésie, jusque sur les pancartes vertes de la 25 nord annonçant le rang du ruisseau des anges, ou encore, dans la visite nostalgique d’une plage, en face de l’ancien couvent, avec à côté, la vieille baraque où l’adolescente avait fumé son premier joint en compagnie d’un gars surnommé Ti-beu.

Seventeen seconds

Un geste non calculé, une occasion saisie au vol, une invitation impossible à refuser. Je vais le voir ce soir. Il a fait partie des années les plus intenses de ma vie. Puis est arrivé ce qui arrive toujours, on a pris nos distances. Je l’avais vraiment perdu de vue ces derniers temps, mais le son de sa voix est toujours présent, ses mots, enfouis en moi, qui savent me surprendre alors que je croyais que le temps les avaient effacés. On a vieilli tous les deux, mais l’émotion, que j’espère présente au rendez-vous, nous fera oublier les années passées trop vite. Mon cœur, mon âme, aura 17 ans à nouveau pendant quelques heures. Plaisir intense non-renouvelable. Se laisser bercer et atteindre les étoiles, ça fera du bien.

La Lettre

Comme ça, pour rien, parce qu’on est de grands nostalgiques et aussi, avouons-le, parce qu’on a tous un peu bu, on est là, à se raconter nos premières expériences amoureuses adolescentes. Pas les premières expériences sexuelles, ni mêmes les premiers vrais baisers, non. Juste l’éveil des sentiments, des attirances. Les premières approches maladroites, les premiers désirs avoués.

Il a raconté cette lettre qu’il avait reçu. Une longue lettre, assez bien écrite, avec un dessin, son portrait. Elle avait signé sa lettre et avait même ajouté son numéro de téléphone, précaution probablement inutile, car dans une si petite ville, un numéro de téléphone n’est jamais un secret d’état, et ce, bien avant l’invention du net. La fille lui plaisait. Mais il n’a jamais répondu. Il n’a jamais appelé non plus. Pourquoi? Il ne sait pas. Probablement parce que c’est l’âge où on est niaiseux. Elle a sûrement pensé qu’il avait froissée la lettre aussitôt lue, et qu’il s’était sans doute moqué du dessin, avant de le déchirer. Au bout de deux mois, elle s’est vengée de son indifférence en l’oubliant.

Mais cette lettre, il l’a gardé pendant plus de 10 ans.